Pas le budget dont le N.-B. a besoin

Le ministre des Finances, Ernie Steeve, a déposé le budget provincial, mardi. Surprise, il abandonne temporairement le dogme du retour à l’équilibre budgétaire coûte que coûte. Si ce choix évite au gouvernement d’imposer en pleine pandémie de douloureuses compressions, il ne lui permet pas d’avoir un impact significatif dans les secteurs où le N.-B. en a le plus besoin.

Le ministre Steeves prévoit des déficits pour les trois prochaines années.

C’est un changement d’attitude majeur. La lutte pour le retour au déficit zéro est la priorité absolue du premier ministre Blaine Higgs depuis son accession au pouvoir, en 2018.

Rappelez-vous son discours sur l’État de la province, en décembre 2020. Nous attendions un plan pour préparer le N.-B. à l’après-pandémie. Blaine Higgs a plutôt mis de l’avant sa rigueur budgétaire et la résilience du secteur privé en temps de crise.

En bref, il a donné l’exemple d’un chef déconnecté de la réalité de ses concitoyens et qui privilégie son idéologie, même en temps de pandémie. Et voilà que seulement quatre mois après son fameux discours, il donne le feu vert à une série de déficits qui atteindront 760 millions $.

Que s’est-il passé entretemps?

Blaine Higgs n’a pas vécu une épiphanie. Le budget de mardi n’est pas celui d’un gouvernement devenu interventionniste.

Il est plutôt un rappel que son administration n’a pas équilibré les livres en prenant des décisions difficiles. Elle l’a plutôt fait en profitant de la générosité du gouvernement fédéral, qui a beaucoup augmenté ses transferts, en particulier en raison de la pandémie.

Or, la générosité d’Ottawa atteindra bientôt ses limites. Pour compenser, Fredericton devrait imposer des compressions budgétaires majeures en pleine crise de COVID-19. Il n’a pas pu s’y résoudre.

C’est la bonne décision.

Cela dit, le premier ministre n’a pas voulu non plus aller trop loin dans l’autre direction. Il dessert les cordons de la bourse, mais pas suffisamment pour changer la donne.

Alors que nos entreprises souffrent comme jamais en raison de la pandémie et de la fermeture des frontières, on ne retrouve pas de plan de relance digne de ce nom.

En gros, la stratégie de relance du gouvernement qui, rappelons-le, a éliminé les fonds de développement économique du Nord, consiste à demander aux entrepreneurs menacés de faillite en raison de la pandémie de contacter individuellement Opportunités NB afin de «déterminer comment faire pour empêcher cela». Cinq millions de dollars ont été mis de côté à cette fin.

À titre comparatif, 20 millions $ seront dépensés pour le développement de petits réacteurs nucléaires modulaires dans la région de Saint-Jean. C’est quatre fois le montant réservé pour appuyer les entreprises en difficulté dans toute la province!

Le ministre Steeves était aussi très fier de ses investissements dans les soins de santé mentale et dans les services sociaux.

On y trouve de bonnes choses. Des millions sont prévus pour recruter plus de médecins et d’infirmières, notamment dans ce que le gouvernement appelle les «régions éloignées», ainsi que pour augmenter les salaires des travailleurs des foyers de soins et des éducateurs de la petite enfance.

Comme promis, des fonds seront injectés pour faire face à la demande croissante de soins en matière de santé mentale et de traitement des dépendances.

Ce ne sont toutefois pas des sommes énormes. Si le ministre Steeves croit réellement qu’investir 7 millions $ suffira à empêcher qu’un autre drame comme celui de Lexi Daken (une ado qui s’est enlevé la vie après s’être fait refuser des soins auxquelles elle avait droit), il se met un doigt dans l’oeil.

Même chose pour la création de logements abordables. Investir 10,8 millions $, c’est bien. Mais il faudrait beaucoup plus.

S’il y avait une année pour justifier un déficit majeur, c’est pourtant bien celle-ci, alors que la pandémie achève et que l’aide fédérale à la province, aux entreprises et aux citoyens commencera à se tarir.

Or, le premier ministre Higgs a préféré retenir les rênes. Il augmente – un peu – les dépenses en santé mentale. Il injecte – un peu – d’argent pour appuyer l’économie.

Cela donne un budget sans réelle vision, où le gouvernement tente surtout de garder le déficit sous contrôle sans y arriver tout à fait. Il dissémine un peu d’argent là où les besoins sont si criants qu’il ne peut plus complètement les ignorer, mais sans s’accorder la marge financière nécessaire pour donner un grand coup de barre.

Contrairement à ce qu’a déclaré le ministre des Finances, ceci n’est pas le budget dont le N.-B. a besoin. C’est même le contraire.