Abandonnés à leur sort

Le Nouveau-Brunswick donne le feu vert à la création d’une bulle de l’Atlantique et ressuscite aussi le concept des minibulles avec les régions québécoises limitrophes. Il s’agit d’une nouvelle positive que doit être saluée.

À compter du 19 avril, il sera à nouveau possible de voyager à travers les provinces de l’Atlantique sans s’isoler pendant 14 jours.

Une «bulle régionale» sera aussi créée avec les régions du Témiscouata et d’Avignon. Leurs citoyens pourront circuler au Nouveau-Brunswick à condition d’avoir reçu une première dose du vaccin contre la COVID-19 ou encore de ne pas avoir voyagé dans une autre région du Québec dans les deux semaines précédentes.

C’est une bonne décision.

La pandémie est largement sous contrôle dans ces deux régions éloignées de Montréal, où le coronavirus a fait le plus de ravages. Le risque zéro n’existe pas. Mais dans ce cas-ci, il est minime.

Évidemment, l’allégement des restrictions de voyage est lié à l’évolution de la situation. Autant la bulle de l’Atlantique que les bulles régionales avec le Québec disparaîtront si, par exemple, des éclosions surviennent à la suite de la longue fin de semaine de Pâques.

Cette ouverture de Blaine Higgs à l’égard des régions frontalières québécoises est néanmoins surprenante.

Il avait été très difficile à convaincre l’été dernier. Le premier ministre et ses ministres avaient montré une méconnaissance et un désintérêt pour ce dossier. Les questions portant sur la situation sanitaire dans Avignon et au Témiscouata étaient accueillies avec des réponses portant sur Montréal ou Toronto.

Pas plus tard que mardi, lors de l’annonce initiale de ce qui n’était alors que la bulle des Maritimes (sans Terre-Neuve-et-Labrador ni le Témiscouata et Avignon), Blaine Higgs a déclaré vouloir y aller plus «prudemment» et que cela prendrait un peu plus de temps avant qu’il donne son feu vert.

Qui aurait pu croire qu’en moins de 24 heures, sa méfiance s’envolerait? Ce ne sont pas les citoyens du Madawaska et du Restigouche qui s’en plaindront.

Les régions néo-brunswickoises du Nord et québécoises sont bien intégrées les unes avec les autres. La fermeture partielle de la frontière a eu des impacts sociaux et économiques. Certaines entreprises ont perdu du jour au lendemain la moitié de leur clientèle.

L’assouplissement des restrictions aux limites interprovinciales donnera à de nombreux entrepreneurs une dose d’oxygène dont ils ont besoin, eux qui ont été abandonnés à leur sort par Fredericton.

Le budget provincial ne comprend pas de plan de relance digne de ce nom. Oppor­tunités NB a bien reçu le mandat (de même que 5 millions $) d’être à l’écoute des entrepreneurs menacés de faillite afin de déterminer s’il est possible d’empêcher leur fermeture. Mais nous sommes ici plus dans les relations publiques que dans une réelle volonté d’aider les entreprises en difficulté.

Vous avez des doutes? Allez écouter la Période des questions de mercredi (17 mars). À une question du chef libéral Roger Melanson à propos du peu d’aide économique offerte, le premier ministre a répliqué en laissant entendre que cela n’était pas son problème.

«Si vous aviez une entreprise viable avant la COVID-19, elle devrait l’être aussi après la COVID-19. Si votre entreprise n’était pas viable, vous ne devriez pas vous attendre que le gouvernement la rende viable», a-t-il déclaré à la stupéfaction de plusieurs, y compris sans doute dans son propre parti.

Il a ensuite ajouté que «Ce n’est pas à propos de ce que je peux obtenir de la COVID-19. C’est à propos de…», avant d’être interrompu pour avoir dépassé son temps de parole.

Cette déclaration montre l’arrogance et  l’insensibilité du premier ministre à l’égard de ceux et celles qui souffrent en raison des décisions qu’il a pourtant prises lui-même.

Elle met en valeur une facette de Blaine Higgs qui est apparue à quelques reprises depuis le début de la pandémie, soit celle d’un politicien qui, du haut de sa tour d’ivoire, est déconnecté de la réalité sur le terrain.

C’est ce même Blaine Higgs qui, l’année dernière, avait interdit aux travailleurs étrangers temporaires de se rendre dans notre province et qui était convaincu qu’ils seraient adéquatement remplacés par des Néo-Brunswickois au chômage ou sur la PCU (Prestation canadienne d’urgence).

La décision de fermer les frontières était politique. Elle n’était pas basée sur une recommandation de la Santé publique. Si elle peut se justifier dans le contexte d’une pandémie, il reste qu’elle a eu un impact économique profond. Le gouvernement Higgs a donc la responsabilité d’intervenir, ce qu’il refuse de faire.

Dans ces circonstances et en tenant compte du succès de nos efforts pour limiter la propagation du virus, autant au N.-B. que dans les provinces et régions avoisinantes, faciliter la circulation de la population représente un strict minimum.