Cannabis NB: la bonne décision

Le gouvernement Higgs a annoncé que Cannabis NB ne sera finalement pas vendue. Si nous avons depuis le début exprimé des réserves devant la création de cette nouvelle entité, nous croyons toutefois que le premier ministre a pris la bonne décision en mettant fin au processus de vente potentielle.

Cannabis NB a été fondée par les libéraux de Brian Gallant en 2018, à la suite de la légalisation de la consommation de cannabis par le gouvernement du Canada.

Les débuts ont été difficiles. Le gouvernement Gallant a en effet opté pour le modèle le plus coûteux, soit la création de succursales dans de nouveaux édifices. Des problèmes d’approvisionnement et des prix trop élevés ont d’abord fait de cette filiale d’Alcool NB un gouffre financier. Elle a encaissé des pertes de plusieurs millions de dollars au cours de ses premiers mois d’activité.

Elle a depuis renversé la vapeur. Ajustement des prix, vente de produits comestibles, réduction des coûts (y compris des mises à pied), sans oublier la pandémie qui a eu un effet dopant sur les ventes, ont changé la donne. Cannabis NB est désormais rentable. Elle prévoit terminer son année fiscale avec des profits nets de plus de 10 millions $.

Officiellement, la situation financière de l’exploitant n’a rien à voir avec la volonté initiale du gouvernement progressiste-conservateur de vendre.

Dans son programme électoral de 2018, il est mentionné que le rôle du gouvernement devrait être «de réglementer et appliquer les règlements pour protéger la santé et le bien-être de nos citoyens». Il était ajouté que les activités de vente au détail seraient un domaine «où le secteur privé pourrait être une meilleure option».

Dans les faits, c’est la situation financière à l’origine désastreuse de l’organisation qui a convaincu Blaine Higgs de peser sur l’accélérateur. Le secteur privé a vite flairé la bonne affaire. Pas moins de huit entreprises ont déposé une proposition d’achat.

Quand le gouvernement a lancé son processus de privatisation, Cannabis NB était un trou noir financier. Mais au moment où les négociations atteignaient un stade critique, elle était en voie de devenir une vache à lait.

Ce scénario n’était pas imprévisible. En mars 2019, l’Acadie Nouvelle partageait en éditorial ses préoccupations par rapport aux millions de dollars disparus en fumée. Toutefois, nous avions aussi rappelé que la légalisation des produits comestibles à base de cannabis et la fin prévisible des problèmes d’approvisionnement allaient avoir un effet positif sur le bilan.

Il ne faut pas prendre de décision précipitée et plutôt laisser à Cannabis NB le temps de démontrer qu’elle peut faire croître sa clientèle sans que les contribuables n’y perdent leur chemise, avions-nous tranché.

Exactement deux années plus tard, c’est mission accomplie. Les profits sont au rendez-vous. En prime, ils sont tellement importants que Fredericton ne peut pas se permettre de cracher dessus. D’où le changement de cap d’un premier ministre qui ne souhaiterait pourtant rien de mieux que de se débarrasser de cette société de la Couronne.

L’idée de base, soit la privatisation, n’est pas une hérésie en soi. Le problème est que l’initiative a été lancée sous une mauvaise prémisse, soit que la société était un boulet financier. Pendant des mois, le ministre des Finances Ernie Steeves et le premier ministre Higgs ont dénoncé «le modèle d’affaires trop coûteux» et le fait que la province n’avait pas les moyens d’absorber éternellement ces déficits.

Quand Cannabis NB est devenue rentable, les politiciens progressistes-conservateurs ont dû changer de discours. Blaine Higgs a promis que les profits des mois précédents seraient reflétés dans l’analyse de la valeur de la société.

L’ennui est que Fredericton n’avait alors aucune idée de ce qu’il avait entre les mains et ne le sait sans doute toujours pas. Cannabis NB rapportait des profits de 500 000$ pour ses trois premiers mois d’exploitation de 2020 et de 1,4 million $ pour les trois suivants. Ces surplus, d’abord minimes, ont depuis explosé.

Personne dans la capitale n’avait prévu un tel retournement de situation. Surtout, personne ne sait si les profits continueront de grimper à un rythme spectaculaire ou s’ils stagneront.

La décision la plus sage, du point de vue des contribuables, est de faire preuve de patience. Laissons Cannabis NB développer son marché et réaliser des profits.

Nous ne sommes pas à la base opposés à la privatisation de Cannabis NB (ou même d’Alcool NB). Mais si les progressistes-conservateurs décident un jour de relancer le processus, cela ne doit pas se faire à l’aveugle, mais bien en sachant combien de profits Cannabis NB réalise en moyenne chaque année. Ils auront alors, en cas de vente, le fardeau de démontrer de quelle manière ils remplaceront ces millions de dollars qu’ils souhaiteront transférer annuellement au privé.