Trop chiche pour régler le problème

Plusieurs raisons peuvent expliquer des pénuries d’employés, certaines n’ayant rien à voir avec la capacité de payer des gouvernements. Fredericton pourrait doubler ou tripler les salaires de tous les médecins spécialistes au Nouveau-Brunswick, il n’arriverait pas à pourvoir tous les postes dans tous les hôpitaux.

Le dossier des psychologues scolaires est différent.

Ceux-ci sont moins bien rémunérés que leurs collègues qui oeuvrent dans les régies de la santé. La différence est encore plus grande avec ceux qui travaillent à leur compte dans le secteur privé.

Résultat, la plupart des finissants dans ce domaine préfèrent ne pas travailler dans le système scolaire, à l’exception des passionnés qui sont prêts à sacrifier beaucoup d’argent pour aider les élèves.

Cette problématique a retenu l’attention du gouvernement Higgs. En 2018, il a même tenté d’en faire un enjeu électoral.

La solution proposée cette semaine par le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, a toutefois de quoi faire sourciller. Il propose que certains enseignants approuvés et formés puissent effectuer des évaluations psychologiques d’élèves.

Sans surprise, le Collège des psychologues du Nouveau-Brunswick est monté aux barricades. C’est le propre des associations professionnelles de défendre ses membres.

Or, le ministre Cardy ne demande pas aux enseignants de devenir des psychologues. Il fait plutôt une analyse pragmatique de la situation. Des dizaines de postes sont vacants dans les écoles. Ceux-ci ne seront pas pourvus à brève échéance.

Entre ne pas donner accès du tout à un service de psychologie aux élèves qui en ont besoin et demander à certains enseignants d’offrir un minimum, M. Cardy a choisi la deuxième option.

L’idée n’est pas mauvaise. Mais la vérité est que si Dominic Cardy doit demander à des enseignants de jouer ce rôle, c’est parce que son gouvernement a brisé une promesse électorale et, surtout, qu’il refuse d’investir plus d’argent dans ce domaine.

Dans une déclaration fascinante, le ministre a en effet indiqué qu’il est inacceptable que le Collège des psychologues propose à Fredericton de se tourner vers le privé.

Or, c’est exactement ce que le premier ministre Blaine Higgs a promis de faire! Dans le programme électoral de 2018, le Parti progressiste-conservateur s’engage à recruter «des psychologues du secteur privé jusqu’à ce que les postes à pourvoir au sein de la fonction publique aient trouvé preneur».

M. Higgs avait été encore plus précis pendant la campagne électorale, en promettant d’embaucher à forfait 20 psychologues du secteur privé pour répondre à la demande immédiate.

Que s’est-il passé pour que le ministre Cardy trouve désormais inacceptable ce qui était en 2018 un engagement de son chef?

Bien qu’il ne l’a pas expliqué, nous pouvons deviner que cela revient toujours à la même chose, soit la volonté du gouvernement Higgs de dépenser le moins possible, avec les conséquences que cela suppose.

Nous parlons après tout d’une administration qui a coupé les vivres à l’organisme Le Maillon, présent dans les écoles, afin d’économiser… 40 000$!

Le Maillon ne remplace pas les psychologues. Il s’agit néanmoins d’un outil qui a permis de sauver des vies. Les accompagnateurs du Maillon mettent les élèves en contact avec les bonnes personnes et les ressources appropriées.

Pour sauver quelques miettes, le gouvernement Higgs a cessé de financer ce programme qui a fait ses preuves, quitte à abandonner en chemin les élèves les plus à risque.

Vous devinerez qui si verser 40 000$ par année au Maillon représente une dépense trop importante au goût du premier ministre et de son équipe, augmenter le salaire des psychologues scolaires afin de faciliter leur recrutement est encore plus inacceptable. Et l’idée d’embaucher à fort prix des psychologues du secteur privé représente une hérésie.

C’est ainsi que ce gouvernement, qui a fait de la santé mentale une priorité et qui a promis d’embaucher des psychologues du secteur privé, en est réduit aujourd’hui à faire appel aux enseignants afin d’effectuer ce travail.

Un dossier prioritaire, oui. Mais à condition que ça ne nous coûte à peu près rien.

Le manque de services en santé mentale, en particulier auprès des jeunes, est récurrent au Nouveau-Brunswick. La vérité est qu’au-delà des belles paroles, le gouvernement Higgs est trop chiche pour allouer des fonds et essayer de véritablement venir à bout du problème.