Les conséquences de l’attente

La situation ne va pas en s’améliorant dans le Nord-Ouest. Le coronavirus continue de s’y propager en raison de la présence d’un variant plus contagieux. Un plan de vaccination accéléré était nécessaire depuis longtemps dans cette région.

La bonne nouvelle est que le gouvernement provincial et la Santé publique sont enfin arrivés aussi à cette conclusion.

Nous disons «enfin» parce que cette décision aurait dû être prise dès janvier.

La situation particulière du Nord-Ouest est évidente depuis des mois aux yeux de quiconque s’intéresse le moindrement au sujet. L’Acadie Nouvelle défend depuis décembre en éditorial le fait que la campagne de vaccination doit être adaptée aux régions, selon le degré de propagation du virus.

À ce moment-là, le gouvernement provincial n’avait même pas encore présenté de plan d’immunisation collective digne de ce nom.

Il y a un mois, alors que le Nord-Ouest sortait à peine d’une douloureuse phase de confinement total, nous avons demandé en entrevue à la médecin-hygiéniste en chef si les citoyens de cette région seraient vaccinés en priorité. La Dre Jennifer Russell a laissé entendre que personne n’avait encore eu de réflexion à ce sujet au sein de son équipe, en se contentant de rappeler que la priorité était alors d’immuniser les résidents des foyers de soins partout au Nouveau-Brunswick.

Il n’y avait clairement pas en boîte de plan de vaccination spécifique aux régions frontalières ni en cas d’éclosion.

Le 23 mars, alors que le variant britannique commençait à faire ses ravages dans la région d’Edmundston et celle du Haut-Madawaska, la Dre Russell a annoncé pour la première fois que la Santé publique priorisera l’immunisation dans la zone 4.

Dès le lendemain, elle a cependant été contredite par la ministre de la Santé, Dorothy Shephard. Il aura fallu pas moins d’une semaine à celle-ci et au gouvernement provincial pour se laisser convaincre. C’est ainsi que mardi, il a été confirmé que la région d’Edmundston recevra 3100 doses de vaccins supplémentaires d’ici la semaine prochaine, dans le but d’accélérer les efforts de vaccination.

Entre l’annonce initiale de la Dre Russell et le feu vert du gouvernement, le nombre de cas a explosé dans la zone 4. Le 23 mars, la région comptait 33 cas. Le 30 mars, c’était 100, soit une augmentation de 203%. On comprend mieux pourquoi le gouvernement Higgs a fini par se décider à agir.

Le fait que le Madawaska soit tombé en rouge, que cette phase s’applique désormais aussi à la région de Grand-Sault et que 109 des 135 cas actifs au Nouveau-Brunswick en date de mercredi proviennent de cette région n’était pas quelque chose d’inévitable.

C’est une bavure politique.

Le gouvernement a attendu le plus longtemps possible avant de donner le feu vert à une stratégie spécifique au Nord-Ouest. Il n’est pas difficile de deviner pourquoi. Alors que le nombre de doses disponibles était encore relativement faible, il n’a pas voulu donner l’impression d’accorder un traitement de faveur à cette région.

Ce n’est que maintenant, alors qu’il y a une crainte de perdre le contrôle de l’épidémie et que le nombre de doses de vaccins disponibles est en forte hausse, qu’il fait enfin preuve d’ouverture sur cette question.

Ces doses seront offertes aux citoyens à travers des cliniques de vaccination organisées par le Réseau de santé Vitalité. Il s’agit là aussi d’un changement significatif et attendu.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement a surtout misé sur les pharmacies, sans doute parce que cela est moins coûteux.

La province verse 13$ aux pharmacies par vaccin administré, ce qui n’est pas exactement un incitatif suffisant pour embaucher du personnel supplémentaire. Pendant ce temps, elle n’a pas besoin de louer des locaux et d’engranger d’autres dépenses.

Or, les pharmacies ont une capacité d’accueil limitée. Même les plus importantes n’ont pas toutes le personnel pour vacciner autant de patients sur une courte période.

D’autres sont fermées certains jours ou ne disposent pas suffisamment d’employés la fin de semaine pour vacciner la clientèle. Et c’est sans compter les situations où un pharmacien ou ses techniciens doivent s’isoler à la suite d’une éclosion, par exemple dans une école fréquentée par leur progéniture.

Les autres provinces l’ont compris et organisent depuis des semaines des cliniques de vaccination de masse en mesure de recevoir des centaines ou même des milliers de personnes chaque jour.

Autant le Nouveau-Brunswick a brillé pendant la majeure partie de la pandémie dans sa lutte contre la COVID-19, autant il n’impressionne pas avec ses efforts de vaccination moins soutenus qu’ailleurs au Canada.

Souhaitons que Fredericton retienne la leçon de ses hésitations en ce qui a trait au Madawaska. Il faut une stratégie d’immunisation musclée pour la zone 4, encore plus que ce qui vient d’être annoncé. Et une volonté politique pour accélérer la vaccination dans le reste de la province.