Dans le mauvais siècle

Les efforts visant à moderniser les pratiques de l’Assemblée législative afin de la rendre plus accueillante aux femmes et aux nouveaux parents doivent porter leurs fruits. Il est inacceptable qu’encore aujourd’hui, en 2021, les femmes qui souhaitent faire de la politique se butent à autant d’obstacles.

Après avoir été porté au pouvoir pour la première fois, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a annoncé que son premier conseil des ministres serait paritaire. Il compterait autant d’hommes que de femmes. Interrogé à savoir pourquoi il avait pris une telle décision, M. Trudeau a eu une réponse parfaite: «Parce que nous sommes en 2015!»

Nous sommes maintenant en 2021, mais en ce qui a trait aux règles de l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, nous sommes plutôt quelque part dans les années 1960. Ou plus loin encore.

Dans notre province et malgré quelques améliorations, la politique reste encore et toujours un boys’ club. Les règles qui la régissent ont été rédigées et adoptées par et pour des hommes.

Au Canada, le droit de vote a été accordé aux femmes en 1917. Le Nouveau-Brunswick a suivi deux ans plus tard, mais en prenant néanmoins la peine d’interdire aux femmes d’être candidates aux élections provinciales. Ce droit ne leur sera accordé qu’en 1934. Notre province est la seule où le gouvernement a procédé en deux étapes.

Les temps ont changé, mais le nombre d’élues est toujours resté faible. Pierrette Ringuette, aujourd’hui sénatrice, et Aldéa Landry sont devenues les premières femmes francophones élues à la législature néo-brunswickoise. C’était… en 1987! Ça ne remonte pas à Mathusalem.

Il y a par ailleurs dans l’édifice de l’Assemblée législative un endroit où sont exposées les photos de toutes les femmes qui s’y sont fait élire. Leur nombre ne suffit même pas à remplir un mur.

Un groupe de pression nommé Femmes pour 50% milite depuis quelques années afin de convaincre les chefs des formations politiques d’assurer une représentation égale des sexes dans leurs candidatures.

Leur cause est essentielle. La vérité, toutefois, est que rien ne changera tant que nos politiciens et nos politiciennes ne feront de cet enjeu une priorité.

Heureusement, ça bouge sur ce front. Une motion a été adoptée à l’unanimité la semaine dernière par les députés.

Celle-ci, il faut le préciser, n’est pas particulièrement contraignante. Elle donne le mandat à un comité de députés d’étudier des initiatives qui inciteraient plus de femmes à présenter leur candidature en politique provinciale. L’initiative est louable, mais nous sommes encore en mode discussions. Le gouvernement Higgs n’a pris aucun engagement contraignant.

La question de la place des femmes en politique est revenue dans l’actualité récemment après que la députée Megan Mitton, du Parti vert, a annoncé qu’elle est enceinte.

Elle prévoit accoucher en juin. Or, les règles de l’Assemblée législative ne prévoient pas d’accommodements. Elle ne pourra pas participer de façon virtuelle à la période des questions ou aux comités législatifs. Con­trairement au Parlement canadien, il n’y a pas de services de garderie sur place. Il n’y a même pas de tables à langer dans les salles de bain de l’édifice!

L’environnement de travail est encore pensé comme à l’époque où les députés étaient tous de sexe masculin, prenaient les décisions importantes ensemble avant d’ensuite discuter des grands enjeux le soir de façon informelle autour d’une bière à l’hôtel Beaverbrook, pendant que leurs épouses s’occupent des enfants à la maison.

Il faudra malheureusement beaucoup de temps avant de changer les mentalités. Les dinosaures prennent encore beaucoup de place.

L’un des enjeux discutés consiste à forcer le gouvernement à dévoiler à l’avance l’horaire des travaux législatifs, quelque chose que tant les libéraux que les progressistes-conservateurs ont toujours refusé de faire et qui faciliterait pourtant la vie des députés pères et mères de famille.

Le leader parlementaire du gouvernement, le progressiste-conservateur Glen Savoie, est l’un de ceux qui ne voient pas l’urgence d’agir. Il se contente fort bien du statu quo, n’hésitant pas à même affirmer que les députés «devraient être au courant» des obligations associées au fait de se lancer en politique.

Des obligations, répétons-le, qui représentent des barrières plus importantes pour les femmes que pour les hommes.

M. Savoie n’est pas le seul député à penser de cette manière. Cela doit changer.

L’adoption à l’unanimité de la motion de la députée libérale Isabelle Thériault est un premier pas. Cela doit toutefois mener à des améliorations concrètes.

Nous sommes en 2021. Il est temps que l’Assemblée législative abandonne le siècle précédent et nous rejoigne.