Vaccination: faire plus et mieux

Après une éclipse de huit jours, le gouvernement Higgs et la Santé publique ont pris la parole au cours d’une conférence de presse, jeudi. Bonne nouvelle, l’effort de vaccination s’est accéléré, en particulier dans le Nord-Ouest. Moins bonne nouvelle: il ne fonctionne toujours pas à plein régime.

La stratégie de communication des autorités provinciales est l’un des plus grands mystères de cette pandémie.

La région du Nord-Ouest est présentement en phase rouge. L’Hôpital régional d’Edmundston peine à suffire à la demande, au point où des patients doivent être transférés. Des jeunes dans la trentaine et la quarantaine sont frappés durement par une souche encore plus virulente du coronavirus, certains après avoir été vaccinés. Un patient est décédé à l’âge de 38 ans, ébranlant du même coup tout le Madawaska. Et en prime, le retour en classe à temps plein soulève moult inquiétudes.

Le feu est pris et pourtant, le premier ministre Blaine Higgs et sa ministre de la Santé, Dorothy Shephard, ont jugé que le moment était parfaitement bien choisi pour prendre une pause de conférences de presse.

Un manque de jugement et d’empathie incompréhensible.

Le point de presse de jeudi a permis à la Santé publique de faire le point sur la vaccination. Nous avons ainsi appris que 18,4% de la population a reçu au moins une dose de vaccin, un taux supérieur aux autres provinces de l’Atlantique. Dans la zone 4 (Nord-Ouest), aux prises avec de multiples éclosions, ce taux atteint 28,5%, grâce à la livraison de 3100 doses supplémentaires.

Nous commençons aussi – enfin! – à voir plus de cliniques de vaccination communautaire être mises sur pied. Il y en aura une à compter de samedi au Centre E.&P. Sénéchal de Grand-Sault, pour les personnes ayant pris un rendez-vous. Les bénévoles et les vaccinateurs étaient déjà recrutés. Ne manquaient que les vaccins et, surtout, le feu vert de la Santé publique, lesquels tardaient.

D’autres cliniques ont été annoncées un peu partout sur le territoire, mais plusieurs ont ensuite été annulées. Le Réseau de santé Vitalité en a reporté 13 en raison d’un trop petit nombre d’inscriptions.

Inacceptable.

Si peu de gens se sont inscrits à ces cliniques ces jours-là, ce n’est évidemment pas parce qu’ils sont tous opposés à la vaccination. C’est plutôt parce qu’ils ignoraient l’existence de celles-ci!

Vous avez bien lu. Le gouvernement Higgs, la Santé publique et le Réseau de santé Vitalité font tellement un mauvais travail de communication qu’à peu près personne ne réserve sa place à certaines de leurs cliniques. Et ce, en pleine pandémie, alors que tant de gens attendent pourtant désespérément le jour où ils pourront se faire vacciner et retrouver l’espoir d’une vie normale.

C’est gênant. Heureusement, Vitalité donne des signes d’avoir retenu les leçons de cet incident et promet de plus grands efforts afin de désormais mieux informer la population des dates des cliniques.

Celles-ci ne seront pas de trop. Elles donneront un coup de main aux pharmaciens, à qui le gouvernement Higgs a jusqu’à maintenant confié le gros de l’effort de vaccination.

Pendant qu’au Québec, les personnes âgées de 55 ans et plus peuvent se rendre sans rendez-vous dans une clinique communautaire et recevoir en moins d’une heure (souvent en moins d’une demi-heure) une dose d’AstraZeneca, rien de tel n’est possible dans notre province.

Plutôt que d’organiser de telles campagnes, Fredericton a d’abord préféré miser sur les pharmacies. Or, celles-ci ont rapidement été débordées par l’ampleur de la demande.

Le plan provincial de vaccination contre la COVID-19, dévoilé le 12 mars, prévoyait surtout des cliniques pour les travailleurs de la santé, les premiers répondants, les enseignants, etc. La stratégie pour la population en général reposait presque exclusivement sur le secteur privé. Consciemment ou non, le gouvernement a choisi ce qui était le moins coûteux et non le plus efficace.

On peut imaginer quelles seraient les conséquences si tout le Nouveau-Brunswick était en rouge, plutôt qu’une seule région.

Le gouvernement commence à peine à réagir avec un plus grand nombre de cliniques de vaccination. Ne reste plus qu’à les organiser d’abord là où elles sont le plus nécessaires (le Nord-Ouest), simplifier l’accès à celle-ci… et bien sûr à aviser convenablement la population de leur existence!

Le Nouveau-Brunswick finira un jour par atteindre ses objectifs de vaccination, fort probablement comme prévu avant la fin juin.

Nous ne pouvons toutefois pas nous montrer satisfaits des résultats de la campagne jusqu’à maintenant ni lever les yeux sur les ratés de celle-ci. Cessons de nous taper dans le dos parce que nous faisons mieux que le cancre néo-écossais et inspirons-nous plutôt des meilleures pratiques.