Les difficiles relations de Blaine Higgs avec les minorités

Blaine Higgs est-il raciste? Ses plus récentes décisions, en particulier à l’encontre des Autochtones, poussent certains à franchir le pas, y compris un député. Une situation pour laquelle le premier ministre n’a que lui à blâmer.

Blaine Higgs a annoncé cette semaine qu’il cessera de verser des millions de dollars aux Premières Nations. Un programme existant depuis des décennies et qui permet le remboursement de la majeure partie de la taxe provinciale payée dans les commerces des réserves sera tout bonnement aboli.

Le lendemain, M. Higgs a tenté de justifier sa décision en parlant d’équité pour les contribuables, lors d’une émission de radio à la CBC. Un auditeur lui a alors demandé pourquoi il ne cherche pas plutôt à faire payer aux entreprises «super riches», comme Irving ou McCain, leur juste part d’impôt.

Le premier ministre a rétorqué que le programme de remboursement de taxes créait des communautés autochtones «super riches» et que cela se fait au détriment des Néo-Brunswickois non autochtones.

La phrase est très maladroite. Elle laisse sous-entendre que les Premières Nations sont des parasites et qu’elles sont privilégiées comparativement au reste de la population.

Elle démontre aussi l’ignorance de M. Higgs en ce qui a trait à leur niveau de vie. Dans plusieurs réserves, les Autochtones vivent dans des conditions qui ne sont pas loin de ressembler à celles du tiers-monde.

Même dans celles qui sont mieux nanties, comme la Première Nation malécite du Madawaska, les trottoirs ne sont pas exactement plaqués or. Le niveau de vie n’est en rien comparable avec celui de riches banlieues comme Quispamsis, où réside Blaine Higgs.

Laisser entendre le contraire revient à propager de vieux stéréotypes et souffler sur les braises de la division.

La déclaration du premier ministre a fait réagir le député du Parti vert, Kevin Arseneau, dont la circonscription comprend la réserve autochtone la plus populeuse de la province (Elsipogtog, anciennement Big Cove). Il a traité M. Higgs de «raciste» et d’«impérialiste».

Cette controverse rappelle le fait que Blaine Higgs a démontré pendant toute sa carrière politique un manque d’empathie et d’ouverture à l’endroit des minorités visibles et linguistiques.

L’un des points centraux de la vision politique de M. Higgs consiste à traiter également tous les Néo-Brunswickois. Dans les faits, cela a pour conséquence un désengagement à l’égard des communautés qui ont besoin d’un rattrapage.

C’est ainsi qu’il a ordonné l’élimination des fonds de développement économique du Nord et de la Miramichi au profit d’un fonds rural accessible à toutes les communautés, sauf les quatre plus grandes cités.

C’est au nom de cette même vision réductrice que son gouvernement a d’abord refusé d’augmenter l’effort de vaccination dans le Nord-Ouest et qu’il s’obstine à ne pas nommer un porte-parole politique francophone.

Blaine Higgs gouverne à partir d’une bulle, pour reprendre un terme à la mode. Il s’agit d’une bulle unilingue qui comprend Saint-Jean et Fredericton et où des enjeux comme le nucléaire, la double taxation des logements non occupés par leur propriétaire, l’équilibre budgétaire ou la prospérité d’Irving Oil sont plus importants que toute autre chose.

Ce qui est à l’extérieur de cette bulle n’est pas sur son écran radar. Il ne met d’ailleurs à peu près jamais les pieds dans le Nord.

Résumons. Blaine Higgs a refusé d’instaurer une enquête publique sur le racisme systémique, a congédié son ministre Jake Stewart parce qu’il différait d’opinion sur le sujet, a honteusement interdit aux Autochtones de Listuguj, au Québec, de se rendre en classe à Campbellton pendant la majeure partie de la pandémie et coupe désormais les vivres aux Autochtones, tout en soutenant que certaines de leurs communautés sont «super riches».

Il a aussi joué un rôle important dans les événements qui ont mené au dépôt d’accusations contre le Dr Jean Robert Ngola, à la suite d’une éclosion de COVID-19 dans le Restigouche. Celui-ci affirme avoir été visé en raison de la couleur de sa peau.

Il a tenté de devenir le chef du parti CoR. Il a affirmé que les francophones du N.-B. parlent des dialectes acadiens.

Cela fait-il de notre premier ministre une personne raciste? Pas nécessairement.

Cela démontre toutefois une grande insensibilité de sa part à l’égard des communautés raciales et linguistiques minoritaires et aux défis particuliers qui sont les leurs.

Quand on bâtit un projet politique sur le dos des groupes minoritaires, il faut s’attendre à être dénoncé. Blaine Higgs doit retenir les leçons de cet incident et apprendre à gouverner en tenant compte aussi de leurs besoins.