La bulle peut attendre… un peu

La bulle de l’Atlantique, version 2.0, aurait normalement dû être créée lundi. Mais nous sommes à l’ère de la COVID-19, où la moindre éclosion peut rendre caduc le plan le mieux ficelé. Les gouvernements ont choisi d’attendre encore un peu. Une bonne décision. Ils n’auront toutefois pas le loisir de patienter éternellement.

La bulle de l’Atlantique a été, l’été dernier, le symbole de la réussite du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve-et-Labrador. Alors que le nombre de victimes de la COVID-19 s’accumulait dans les autres provinces, les résidents de l’Atlantique pouvaient circuler comme ils l’entendaient sur leur territoire.

Les frontières extérieures avec le Québec et le Maine demeurent fermées. Cette mesure a contribué à réduire la propagation du coronavirus.

Il le faut bien. Le Madawaska compte une centaine de cas actifs. Ces éclosions ont été suffisantes pour pousser à la limite l’Hôpital régional d’Edmundston, au point où des patients ont dû être transférés dans d’autres régions de la province.

Imaginons maintenant que le Nouveau-Brunswick comptait au prorata autant de cas que l’Ontario.

Depuis le début de la pandémie, l’Ontario a dénombré 416 995 cas. Si le virus se propageait à la même vitesse au Nouveau-Brunswick, il y aurait 22 232 cas, soit 12,4 fois plus qu’à l’heure actuelle.

L’Ontario a compté pas moins de 4250 cas lundi. Pour vous donner une idée, cela équivaudrait à 226 en une journée dans notre province. Et cela se répéterait demain, après-demain, etc. En janvier, au coeur de la plus grosse éclosion au N.-B., le plus grand nombre de cas quotidiens qui ont été recensés est de 36 (le 17 janvier).

Il y a 41 588 cas actifs en Ontario en ce moment. L’équivalent pour le Nouveau-Brunswick serait 2217. Nous n’en avons jamais eu plus que 331.

En tenant compte des enseignements des dernières semaines dans la zone du Nord-Ouest, il est à se demander si une crise comme celle que vit l’Ontario signiferait l’effondrement de notre système hospitalier. La même préoccupation vaut sans doute pour les trois autres provinces de l’Atlantique.

Dans ces circonstances, nous comprenons l’extrême prudence des gouvernements et des responsables de la Santé publique de l’Atlantique. La crise semble pour le moment circonscrite au Nord-Ouest. Mais cette région n’est pas entourée de murailles. Des gens entrent et sortent pour des raisons essentielles, même si les voyages vers et hors de la zone confinée sont découragés.

Le coronavirus se fiche des limites frontalières. Il n’y a aucune garantie que les éclosions d’Edmundston et du Haut-Mada­waska ne finiront pas par se propager dans d’autres régions. La Nouvelle-Écosse avait déjà invité sa population à éviter la zone 4. Mais c’est seulement quand des éclosions ont commencé à apparaître dans les secteurs de Saint-Jean et de Moncton que les gouvernements provinciaux ont commencé à être plus nerveux à l’égard de la bulle de l’Atlantique.

Il a finalement été décidé de retarder le rétablissement de celle-ci d’au minimum deux semaines, au 3 mai. Ne soyons pas surpris si cela est repoussé d’autres fois.

L’ironie est que cette initiative est retardée en raison de la situation néo-brunswickoise. En mars, le premier ministre Blaine Higgs avait émis des doutes sur l’ajout de Terre-Neuve. L’île sortait d’une grave éclosion qui a bouleversé sa campagne électorale. M. Higgs avait alors précisé vouloir procéder plus prudemment avec cette frontière.

Or, ce sont les hésitations du gouvernement Higgs à organiser une campagne de vaccination massive dans le seul point chaud en Atlantique (la zone 4) qui ont pour effet que la situation continue de dégénérer et que la bulle de l’Atlantique est désormais menacée.

Heureusement pour M. Higgs et ses collègues, le temps joue pour le moment en leur faveur. Si le report de la bulle a des conséquences économiques, touristiques et humaines, on sent que la plupart des citoyens font contre mauvaise fortune bon coeur.

Ce ne sera toutefois peut-être pas encore le cas quand viendra le temps des vacances.

La bulle 2020 a existé de juillet à novembre. Pas sûr que les Néo-Brunswickois accepteront de bon coeur de rester «prisonniers» de leur province pendant les chauds mois d’été.

Le premier ministre Higgs avait avancé en mars que l’interdiction partielle de voyager dans le reste du Canada pourrait tomber en juillet. Il s’agissait moins d’un engagement que d’un espoir.

La réussite de cet objectif dépendra du succès de la campagne de vaccination. Comme le report de la bulle de l’Atlantique vient de nous le démontrer, les échecs du gouvernement en cette matière ont des conséquences.