Un bon budget pour les Néo-Brunswickois

Pour son premier budget en deux ans, le gouvernement Trudeau n’a pas lésiné sur les dépenses. Bonne nouvelle, plusieurs des investissements prévus pourraient profiter à la population néo-brunswickoise.

Pandémie oblige, l’argent n’est semble-t-il plus un problème.

Le déficit budgétaire peut atteindre des proportions pharaoniques sans que le gouvernement ne paie un prix politique. Les libéraux ont décidé de profiter de cette occasion. Plus de 100 milliards $ en nouvelles dépenses ont été annoncées.

Pour les Néo-Brunswickois, les nouvelles sont bonnes.

Le gouvernement fédéral maintient ses mesures d’appui en lien avec la COVID-19 au moins jusqu’à l’automne.

Le Nouveau-Brunswick est la province où l’aide aux citoyens et aux entreprises est la moins généreuse au Canada. Peu avant le dépôt du budget, Blaine Higgs a même fait pression auprès du fédéral afin qu’il mette fin aux mesures d’aide puisqu’elles découragent, selon lui, les gens à retourner au travail.

Ce n’est pas la voie qui a été retenue par la ministre des Finances, Chrystia Freeland.

Les travailleurs saisonniers n’ont pas été oubliés. Un projet-pilote qui permet aux chômeurs d’obtenir jusqu’à cinq semaines supplémentaires d’assurance-emploi est maintenu jusqu’en octobre 2022.

Des fonds sont prévus pour l’industrie forestière, si importante au Nouveau-Bruns­wick, de même que pour le tourisme et les arts, lourdement touchés en Acadie par la pandémie.

Le budget prévoit aussi des investissements pour les personnes âgées. Le Nouveau-Brunswick est une province vieillissante. Les annonces de lundi seront très bien reçues auprès de cette tranche de l’électorat.

La ministre Freeland accorde de plus 6,4 millions $ sur deux ans pour la modernisation de la Loi sur les langues officielles et 121 millions $ sur trois ans pour le secteur de l’éducation postsecondaire dans la langue de la minorité, ce qui pourrait profiter à l’Université de Moncton.

Le gros morceau est toutefois la création d’un système pancanadien de garderies basé sur celui en vigueur au Québec. L’objectif est que les frais de garde coûtent en moyenne 10$ par jour d’ici 2026.

Ce n’est pas la première fois que les libéraux fédéraux promettent une telle chose en fin de mandat ou alors qu’ils sont minoritaires. Rien ne garantit que cette fois-ci sera la bonne. Néanmoins, nous applaudissons la volonté de la ministre Freeland d’aller de l’avant avec cette initiative.

Nous vivons dans une province où le coût des services de garde est relativement élevé (environ 36$ par jour), où les intervenantes sont sous-payées et où il n’y a pas suffisamment de places pour suffire à la demande. De voir le fédéral investir massivement dans ce domaine est une très bonne nouvelle.

Il y a toutefois deux bémols, et ils sont de taille.

La pandémie a démontré la fragilité de notre système de santé. Les gouvernements de l’Atlantique s’entendaient tous sur la nécessité d’une augmentation majeure des transferts en santé.

Celle-ci n’est pas au rendez-vous.

Chrystia Freeland ne ferme pas la porte à de nouveaux investissements dans ce domaine, mais prévient toutefois que ceux-ci seront conditionnels à un meilleur accès à l’avortement. Le budget nomme spécifiquement le Nouveau-Brunswick et son refus de rembourser le coût des interruptions de grossesse à l’extérieur des hôpitaux.

Nous saluons cet engagement d’Ottawa. La seule manière de convaincre le gouvernement Higgs de mettre fin à son entêtement idéologique sur cette question est de frapper là où ça fait mal: dans son porte-monnaie.

Deuxième bémol: Blaine Higgs a accueilli très froidement la plupart des mesures phares contenues dans le budget.

Le premier ministre n’aime pas en général les nouveaux programmes ni les nouvelles dépenses. Il a par le passé refusé de dépenser de l’argent fédéral qui était offert.

Or, la plupart des nouveaux programmes annoncés ne verront le jour que si le gouvernement Higgs accepte de payer sa part. Les garderies à 10$ pourraient donc n’être qu’un mirage pour les parents néo-brunswickois.

Disons-le tout de suite, il serait inacceptable que toutes les provinces de l’est, de l’Ontario à Terre-Neuve, aient enfin accès à des services de garde abordables, à l’exception du Nouveau-Brunswick.

Le premier ministre Higgs a le devoir de négocier de bonne foi avec son homologue fédéral afin de faire des garderies à 10$ une réalité, comme c’est le cas déjà au Québec depuis plus de 20 ans et comme ce sera éventuellement le cas un peu partout au Canada.