Pour des municipalités fortes

Le ministre Daniel Allain insiste: il n’a aucune idée préconçue concernant la réforme de la gouvernance locale que son ministère et lui sont en train de planifier. Sa réflexion est toutefois plus avancée qu’elle ne l’était au début du processus.

L’Acadie Nouvelle a accueilli M. Allain à son siège social de Caraquet, plus tôt cette semaine, lors d’une rencontre éditoriale.

Il est délicat d’essayer de comprendre quelles sont les intentions du ministre. Il vient d’entreprendre une tournée de consultation. Il ne peut pas commencer à partager ses préférences sans risquer de discréditer tout le processus.

La rencontre éditoriale nous a cependant permis de clarifier plusieurs éléments.

Le statu quo n’est pas dans les cartes. Le ministre Allain a l’intention d’aller plus loin que tous les autres gouvernements qui ont suivi Louis J. Robichaud.

Il ne cherche pas non plus le consensus ni à faire plaisir à tout le monde. «Des décisions doivent être prises et elles vont être prises», a-t-il déclaré à quelques reprises.

La réforme comprendra des regroupements, que ce soit sous une forme ou une autre. Le N.-B., avec ses 340 cités, villes, villages, communautés rurales, municipalité régionale et districts de services locaux, compte trop d’entités. Cela va changer.

Le ministre penche vers un transfert de responsabilités (il a cité le logement et l’immigration) du gouvernement provincial vers les municipalités et les régions. «Qui dit que Fredericton est la meilleure entité pour offrir des services?», s’est-il exclamé pendant l’interview. Ce transfert serait accompagné d’une enveloppe budgétaire.

Daniel Allain a aussi ouvert la porte à la possibilité d’une réforme qui ne serait pas uniforme à travers le Nouveau-Brunswick. Il estime qu’il n’y a pas de «formule magique» qui s’applique de façon homogène à toute la province.

Au fil de sa tournée, M. Allain a compris que certaines régions, en particulier en Acadie, sont prêtes à une régionalisation plus poussée, voire à des fusions, alors que les banlieues des trois grandes cités (Moncton, Saint-Jean et Fredericton) craignent comme la peste l’idée d’être avalées par des entités au fort taux de taxation et plus endettées.

Nous pourrions ainsi voir un scénario où le rapport Finn, qui proposait en 2008 de regrouper toutes les entités de la province en 53 municipalités, pourrait être appliqué dans une partie de la province, mais pas dans les régions où les villes et les banlieues sont déjà suffisamment viables. Dans leur cas, une collaboration accrue et un meilleur partage des dépenses pourraient être privilégiés.

Le ministre a accepté d’élaborer sur cette possibilité à la suite de plusieurs questions de l’Acadie Nouvelle. Il a par contre chaque fois rappelé qu’il s’agit de l’un des scénarios à l’étude, mais qu’il y en a d’autres.

Sa prudence est compréhensible. À peine l’Acadie Nouvelle avait-elle publié un texte sur le sujet que l’Association francophone des municipalités du N.-B. diffusait un communiqué de presse dans lequel elle se dit «grandement préoccupée par les commentaires du ministre».

L’AFMNB craint plus que tout une réforme à la pièce qui aurait pour conséquence d’augmenter les iniquités financières entre les principales cités et toutes les autres communautés.

Daniel Allain marche sur un terrain glissant et il le sait. La ligne est mince entre partager ses idées et donner l’impression que les dés sont pipés d’avance.

Sans même que l’Acadie Nouvelle aborde le sujet, il a d’ailleurs réitéré sa volonté de respecter les principes de Chances égales pour tous. Pas question, dit-il en substance, d’accoucher d’une réforme qui aurait pour effet de renforcer certaines régions et d’en affaiblir d’autres. Il a répété le vieux slogan de l’ancien premier ministre Bernard Lord voulant que le Nouveau-Brunswick sera fort quand toutes ses régions le seront aussi.

Est-ce possible de réussir ce coup de force avec une formule hybride, qui mise sur des pôles régionaux dans les zones urbaines du Sud et sur des fusions forcées comme celles préconisées par le rapport Finn dans les autres régions?

C’est un peu ce qu’avait tenté Frank McKenna dans les années 1990. Il avait ordonné des fusions à Edmundston et à Miramichi. Il avait toutefois reculé dans le Grand Moncton, notamment pour des raisons linguistiques, et avait plutôt imposé la fusion des services de police de Dieppe, de Riverview et de Moncton.

Les prochains mois seront cruciaux.

Daniel Allain a réuni une équipe de fonctionnaires venant de divers ministère – «les meilleurs d’entre les meilleurs», dit-il – fait le plein d’avis d’experts, connaît le rapport de l’AFMNB sur le bout de ses doigts et est en mode consultation.

Nous ignorons ce qu’il décidera. Une chose est toutefois certaine: il faut absolument qu’il accouche d’une réforme qui rendra nos municipalités et nos régions plus fortes, sans augmenter les disparités.