Trop loin, beaucoup trop loin

En ordonnant aux Néo-Brunswickois de s’isoler dans un hôtel préautorisé au retour d’une autre province, le gouvernement Higgs franchit une ligne. La situation sanitaire ne justifie pas cette mesure.

Les personnes qui reviennent au Nouveau-Brunswick après un voyage d’agrément, de même que plusieurs autres groupes ciblés, devront à leur retour dans la province s’isoler pendant au moins sept jours dans un hôtel désigné et à leurs propres frais.

En termes plus clairs, le gouvernement Higgs tente de faire indirectement ce qu’il ne peut pas faire directement, soit interdire aux Néo-Brunswickois d’aller ailleurs au Canada.

Le Nouveau-Brunswick est la seule province au Canada à imposer une telle restriction pour les voyages à l’intérieur du pays.

Il crée ainsi deux classes de citoyens: ceux qui ont les moyens de payer l’hôtel et qui pourront donc quand même visiter leurs proches cet été et ceux qui devront se priver en raison de ces nouveaux frais.

Pire, une fois à l’hôtel, le voyageur confiné pourra retourner à la maison poursuivre sa période d’isolement de 14 jours à domicile à la suite d’un test de dépistage négatif, mais seulement s’il n’y a personne d’autre dans sa demeure. Outre les célibataires, cela signifie que seules les personnes qui ont une résidence secondaire ou un chalet pourront quitter l’hôtel après cinq jours. Les autres devront y rester deux semaines, même après un test négatif. Une facture de près de 3000$ visant à satisfaire la paranoïa du gouvernement.

Soyons clairs. L’Acadie Nouvelle, par ses éditoriaux, appuie depuis le début de la pandémie les restrictions à nos droits visant à mieux combattre la propagation du virus. Fermeture des commerces non essentiels, confinement, phases de couleur, port du masque obligatoire, quarantaines obligatoires et bien plus encore… toutes ses mesures étaient et, pour plusieurs d’entre elles, sont encore nécessaires.

Nous dénonçons les complotistes, les désinformateurs, les antivax et autres égoïstes qui mettent en danger la vie d’autrui par leurs actions, leurs manifestations et leur mépris des règles sanitaires en vigueur.

En imposant le confinement à l’hôtel pour les Néo-Brunswickois qui commettent le ‘‘crime’’ de voyager dans une autre province, le premier ministre Blaine Higgs tombe toutefois dans l’autoritarisme.

Ce n’est pas un signe de force, mais de faiblesse. Cela prend plus de courage de prendre des décisions difficiles tout en respectant les droits fondamentaux des citoyens que d’imposer des règles arbitraires.

L’Ontario a connu un épisode de ce genre la semaine dernière. Face à une troisième vague hors de contrôle, le premier ministre Doug Ford a imposé à sa population un ordre de rester à la maison. Il en a profité pour donner à la police le pouvoir de contrôler de façon aléatoire les mouvements des citoyens.

Vous étiez en train de marcher seul dans la rue? La police avait le droit de vous interpeller, de demander votre adresse de même que la raison de votre déplacement.

La décision a été qualifiée de «vendredi noir». Le danger d’accorder des pouvoirs excessifs à la police et de permettre une éruption de profilage racial a été mis en lumière. Peu après, Doug Ford, en larmes, est revenu sur sa décision et s’est excusé.

Blaine Higgs nous a fait vivre un scénario semblable il y a un peu moins d’un an. Il avait tenté d’obtenir pendant la durée de la pandémie le droit de modifier ou de suspendre des lois provinciales et les arrêtés municipaux à huis clos, sans l’ombre d’un débat à la législature. Accusé de vouloir s’arroger des pouvoirs abusifs, le gouvernement Higgs (alors minoritaire) a fait marche arrière.

Bref, tout n’est pas permis au nom de la lutte contre la COVID-19.

Les événements des dernières semaines à Edmundston nous font oublier que cette 3e vague est moins virulente que celle qui a frappé le N.-B. en janvier-février; le plateau atteint de cas actifs est deux fois moins élevé.

Il y a eu seulement 4 nouveaux cas de COVID-19 annoncés dimanche; 7 lundi.

Ni le gouvernement provincial ni la Santé publique n’ont fait la démonstration qu’une proportion importante de Néo-Brunswickois ne respectent pas les règles.

Oui, il y a des tricheurs. Il y a des inconscients. Il y a des «covidiots». Surtout, des gens continuent de mourir de la COVID-19.

Sauf que les mesures restrictives en vigueur, y compris l’auto-isolement à la maison pendant 14 jours, ont fait leurs preuves. Le petit nombre de cas actifs dans notre province, comparativement aux autres juridictions, démontre qu’une écrasante majorité de citoyens respectent déjà les consignes.

La plus récente directive du gouvernement Higgs est indigne d’une démocratie.

Jusqu’à preuve du contraire, rien ne justifie de mettre en liberté surveillée, dans un hôtel gouvernemental, des citoyens néo-brunswickois qui choisissent de visiter un proche dans une autre province et qui le font en respectant les règles sanitaires.

Blaine Higgs doit annuler cette mesure.