Un recul insuffisant

L’Acadie Nouvelle, en éditorial, a été l’une des premières voix à s’élever contre la décision du gouvernement Higgs de forcer tous les Néo-Brunswickois qui se rendent ailleurs au Canada à s’isoler à leur retour dans un hôtel choisi par cette administration. Il n’aura fallu que quelques jours avant que le premier ministre recule en partie. Mais ce n’est pas suffisant. Cette mesure doit être annulée, sauf pour quelques rares cas d’exception.

Il y a un peu plus d’une semaine, le gouvernement provincial annonçait que quiconque arrivera au Nouveau-Brunswick après avoir voyager pour des raisons non essentielles devra s’isoler à ses frais dans un hôtel désigné pendant sept à 14 jours.

Il est de plus en plus clair que cette interdiction a été mise en place sur un coup de tête, sans réelle réflexion sur les conséquences de celle-ci.

Notons qu’elle est survenue alors que la situation de la zone 4 (Edmundston) s’améliorait, au point où celle-ci n’est désormais plus en phase de confinement.

Au même moment, le nombre de cas dans les zones du sud de la province a augmenté. Cette dégradation pandémique dans la cour arrière du premier ministre est sans doute ce qui l’a poussé à imposer en catastrophe cette mesure d’isolement extrême.

Celle-ci a été annoncée un vendredi après-midi, sans avertissement. Des centaines de Néo-Brunswickois déjà à l’extérieur de la province et qui respectaient les règles en vigueur ont ainsi appris qu’ils devront passer 14 jours dans une chambre d’hôtel.

Ceux et celles qui ont essayé au moins une fois dans leur vie de joindre un fonctionnaire, un relationniste ou un ministre un vendredi après-midi ou pendant une fin de semaine savent que c’est impossible. Les Néo-Brunswickois qui avaient des questions sur la façon de respecter cette nouvelle règlementation ont ainsi été laissés en plan.

Peut-être pour dorer la pilule, le premier ministre Blaine Higgs a d’abord laissé entendre que la mesure toucherait surtout les gens qui déménagent au Nouveau-Bruns­wick, les étudiants et les personnes qui font un voyage d’agrément. Difficile après tout d’avoir de la sympathie pour quelqu’un qui, en pleine pandémie, décide malgré tout d’aller passer une fin de semaine à Mont-Tremblant (au Québec) ou à Lunenburg (en Nouvelle-Écosse).

Il n’en était rien. La mesure ratisse très large.

Pire, le gouvernement n’avait pas réservé suffisamment de chambres d’hôtel pour accueillir tous les Néo-Brunswickois visés par la politique. Ceux-ci ont donc dû retarder leur retour au bercail.

Il est important de bien saisir l’énormité de la chose. Le gouvernement provincial interdit à des citoyens néo-brunswickois de passage dans une autre province de revenir chez eux tant qu’une chambre d’hôtel ne sera pas d’abord libérée afin qu’ils puissent y être placés en liberté surveillée.

En prime, personne à Fredericton n’a pensé au fait qu’en dévoilant publiquement la liste des hôtels retenus, ceux-ci verraient leurs clients réguliers les fuir comme la peste.

Par ailleurs, il n’est pas clair combien de temps le dispositif sera mis en vigueur.

La province vise la fin mai et estime qu’à ce moment-là, quelque 60% des citoyens seront vaccinés. On devine toutefois que si d’autres éclosions surviennent ou que si la campagne de vaccination continue d’avoir des ratés, l’échéancier pourrait être repoussé encore et encore.

Devant l’avalanche de critiques, de plaintes et de problèmes, le gouvernement Higgs a mis un peu d’eau dans son vin en fin de semaine. Chaque demande sera désormais évaluée au cas par cas. Les citoyens pris à l’extérieur de la province peuvent maintenant proposer leur propre plan d’isolement. S’ils ne répondent pas aux exigences, l’hôtel désigné les attend.

Un compromis acceptable, n’est-ce pas?

Pas du tout.

C’est le retour du règne de l’arbitraire. Souvenez-vous du fiasco de l’année dernière, quand les agents de la paix aux limites frontalières de la province déterminaient qui pouvait entrer dans la province et qui ne le pouvait pas. Le gouvernement disait une chose, les agents en disaient une autre. Les règles changeaient d’une journée à l’autre.

Cette fois-ci, des fonctionnaires décideront qui sera confiné à l’hôtel et qui pourra retourner directement à la maison. Aucun processus d’appel n’est prévu. Les décisions ne seront pas rendues publiques. Il sera impossible de savoir si elles sont basées sur des motifs politiques ou si elles sont liées à des impératifs de santé publique.

Nous l’avons écrit une première fois la semaine dernière et nous le répétons aujourd’hui: le gouvernement Higgs doit reculer. Il est inacceptable d’empêcher des citoyens du N.-B. de rentrer chez eux.

Ce l’est tout autant de donner à un fonctionnaire anonyme le pouvoir de déterminer qui pourra se rendre la maison et qui devra passer par un hôtel.