Homicide. Le mot a résonné à travers la salle de Beresford où s’est déroulée l’enquête du coroner concernant la mort de l’homme d’affaires Michel Vienneau. Pour la famille, c’est un semblant de justice pour la mémoire du disparu. Pour les autorités policières, c’est un rappel de leur responsabilité dans la mort de M. Vienneau et un signal qu’elles doivent améliorer leurs procédures.

Michel Vienneau a été abattu par un policier dans son automobile, à la gare de Bathurst, le 12 janvier 2015. Il était soupçonné à tort d’être en possession de drogues illégales, à la suite d’un signalement anonyme fait à Échec au crime.

L’intervention policière a été bâclée. Il n’y a pas d’autres façons de décrire celle-ci.

Les agents Patrick Bulger et Mathieu Boudreau ont néanmoins été blanchis par le système de justice, en plus de gagner leur cause lors d’une audience d’arbitrage qui avait pour but de déterminer d’éventuelles mesures disciplinaires à leur endroit.

En ce sens, l’ajout d’une enquête du coroner par-dessus cela pouvait sembler exagéré. Tant le système de justice qu’un arbitre indépendant ont déterminé que les deux hommes n’avaient pas à subir de mesures disciplinaires ou une condamnation. Pourquoi revenir à la charge avec une enquête du coroner?

Parce qu’un honnête citoyen a été abattu dans son auto par la police, que cela n’aurait pas dû se produire et que cela ne devrait jamais survenir dans un pays comme le Canada.

Le drame de Michel Vienneau aura été le fait qu’il n’a pas été un suspect parfait.

En voyant s’approcher des hommes armés et habillés en civil, il a paniqué, a heurté l’autopatrouille banalisée puis l’agent Bulger, lequel s’est alors retrouvé coincé sous le parechoc du véhicule. L’agent Boudreau a ensuite fait feu pour protéger son collègue, scellant du même coup le sort de M. Vienneau.

Les policiers ont le droit d’utiliser une force mortelle dans certaines circonstances, notamment quand ils sont eux-mêmes menacés ou pour protéger d’autres personnes.

Or, ce jour-là, les actions de la victime ont bel et bien mis en danger la vie d’un policier. C’est pourquoi un juge a éventuellement déterminé qu’aucune accusation ne devait être portée. Il n’y a même pas eu de procès. La situation n’est en rien comparable à celle du policier américain Derek Chauvin, qui a tué George Floyd en maintenant un genou sur sa gorge pendant neuf longues minutes.

Cela dit, le mouvement de panique de Michel Vienneau, le fait qu’il n’a pas réagi de la bonne façon, ne signifie pas qu’il méritait de mourir ou que sa mort était inévitable.

On retrouve souvent le syndrome de la victime parfaite dans les causes d’agressions sexuelles.

Une femme qui porte plainte peut-elle espérer gagner sa cause devant un tribunal? Oui. Mais trop souvent, ce doit être à condition d’avoir agi conformément aux attentes. De s’être suffisamment débattue contre son agresseur. D’avoir porté plainte immédiatement après les événements. De se souvenir de tous les menus détails de la journée et du drame. De ne pas avoir donné l’impression sur les médias sociaux dans les jours suivants que tout allait bien. Et, idéalement, d’avoir un témoin, un enregistrement, des preuves irréfutables ou quelque chose du genre.

Bref, d’être une victime parfaite. Sinon, elle risque fort d’être déboutée en cour, si même sa cause se rend jusque là. Ce qui est bien sûr inacceptable.

Nous pouvons dire la même chose à propos de nos interactions avec les forces de l’ordre. Au Canada, nous nous attendons à plus de leur part. Le fait de ne pas agir de façon parfaite devant un agent ne devrait pas mettre automatiquement notre vie en danger, comme ç’a été le cas pour Michel Vienneau.

C’est pourquoi cette enquête du coroner était importante.

D’abord, les jurés ont pour la première fois utilisé un mot pour décrire ce qui s’est produit: homicide. Pas un accident inévitable ou un acte de légitime défense. Michel Vienneau a été victime d’un homicide.

Deuxièmement, ils ont fait des recommandations.

Parmi celles-ci, l’obligation pour les agents de porter un vêtement qui les identifie clairement comme étant des policiers, ainsi que de s’assurer qu’une autopatrouille avec un policier en uniforme participe dorénavant à ce genre d’interventions.

Cela ne ramènera pas Michel Vienneau à sa famille. Mais au moins, cette enquête du coroner nous permet de tirer des leçons de ce drame et de réduire la possibilité qu’une telle situation se reproduise, à Bathurst ou ailleurs.

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