Dans une guerre traditionnelle, quand une armée est prise dans une situation intenable devant des forces supérieures, elle a généralement deux options qui se présentent devant elle: tenir jusqu’à la fin ou retraiter vers une position plus favorable. C’est un peu cette deuxième voie que vient de choisir le premier ministre Blaine Higgs.

Le gouvernement provincial est revenu, jeudi, sur sa volonté d’exiger du bois estampillé certifié pour de petits projets de construction. Cette règle, adoptée au début de l’année, signifiait qu’il était désormais illégal de construire un chalet avec le bois de ses terres.

La nouvelle, d’abord révélée dans les pages de l’Acadie Nouvelle, a soulevé un tollé.

Le Nouveau-Brunswick est une province rurale. Ils sont nombreux dans la province à posséder des terres ou de petits lots. Cela ne signifie pas que tous ces gens avaient l’intention de couper du bois pour se construire un garage ou autre chose du genre.

Néanmoins, il fallait que le gouvernement Higgs soit totalement déconnecté de la réalité pour imposer une telle interdiction sans prévoir le ressac qui allait nécessairement suivre.

Celle-ci touche en effet une corde sensible auprès d’une forte proportion de la population, autant chez les francophones que chez les anglophones. Les articles publiés à ce sujet depuis la semaine dernière dans l’Acadie Nouvelle figurent d’ailleurs parmi ceux qui ont été les plus lus sur notre site web au cours des dernières années.

À cela s’ajoute le fait que le prix du bois de construction vendu en quincaillerie a plus que triplé en quelques mois. Le moment ne pouvait pas être plus mal choisi pour imposer une telle mesure.

Il n’est pas impossible que la décision a été prise à l’origine par des fonctionnaires qui étaient de bonne foi. Blaine Higgs a d’ailleurs précisé vendredi que la suppression de l’exemption n’était pas intentionnelle et qu’il s’agissait d’une erreur.

Nous noterons tout de même que c’est seulement quand la nouvelle a été rendue publique qu’il a enfin reculé.

Il faut dire que des modifications comme celles-là ont généralement lieu à la suite de pressions de l’industrie. L’entreprise J.D. Irving compte pas moins de 22 entrées dans le registre des lobbyistes du Nouveau-Brunswick. Vous devinerez que ses lobbyistes ne se tournent pas les pouces.

Or, ce géant forestier était le grand bénéficiaire des changements apportés. Ceux-ci avaient pour conséquence de favoriser les entreprises en mesure d’estampiller le bois – ce qui est le cas des scieries Irving – et de pousser les consommateurs à acheter celui-ci dans les quincailleries, y compris celles qui sont la propriété de l’empire.

Coïncidence ou stratégie concertée? Allez savoir. Une chose est cependant claire: les liens entre Blaine Higgs, ses principaux ministres et son ancien employeur sont très étroits. Et ce ne serait pas la première fois que ce gouvernement privilégie les intérêts de la richissime famille au détriment de ceux de la population.

Les exemples récents sont nombreux.

En février, Blaine Higgs a dénoncé les intentions du gouvernement fédéral en matière de lutte aux changements climatiques, en affirmant que ceux-ci auront «des effets dévastateurs» sur la raffinerie Irving Oil de Saint-Jean.

À la même époque, son gouvernement a fait pression sur la Commission de l’énergie et des services publics du Nouveau-Brunswick afin qu’elle accorde à Irving Oil une hausse de ses tarifs et de ses marges de profit.

Si la commission avait accepté la requête d’Irving Oil et du gouvernement Higgs, cela aurait représenté une facture de 60 millions $ par année aux consommateurs d’essence, de diesel et de mazout. En aucun moment le premier ministre a-t-il exprimé une quelconque préoccupation à ce sujet.

Plus récemment, le gouvernement a balayé du revers de la main l’idée d’augmenter ses redevances de la part des entreprises forestières pour les arbres coupés sur les terres de la Couronne, et ce, alors que la loi l’oblige pourtant à le faire chaque année et que le prix du bois atteint des niveaux stratosphériques.

L’Alberta, qui n’est pas exactement un paradis socialiste, ajuste ses redevances en fonction de la véritable valeur marchande du bois. L’administration Higgs refuse de faire de même et se prive ainsi de dizaines de millions de dollars.

Dans tout ce qui touche les intérêts Irving, le premier ministre n’a pas droit au bénéfice du doute.

Cette fois-ci, il n’a pas eu le choix de reculer. Prise par erreur ou pas, la décision faisait trop mal à son image.

Toute cette controverse devra toutefois servir à quelque chose. L’occasion est belle pour le gouvernement Higgs de s’éviter de tels problèmes à l’avenir en mettant en place un système pour certifier le bois scié par les petits producteurs, tel que proposé par le député du Parti vert, Kevin Arseneau.

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