Les récents propos de la nouvelle PDG du Réseau de santé Vitalité, Dre France Desrosiers, qui laissent entendre que la langue dans laquelle le patient est soigné n’a aucune importance, sont décevants et irresponsables. Ils ne devraient toutefois pas nous surprendre.

La Dre Desrosiers a défendu cette semaine sa décision de transférer des patients d’hôpitaux francophones dans des établissements anglophones (d’Edmundston à Fredericton et de Dr-Georges-L.-Dumont au Moncton Hospital).

C’est à cette occasion qu’elle a affirmé que «quand on parle de sécurité des patients et de capacité, la langue ne compte plus».

Nous pourrions laisser le bénéfice du doute à la Dre Desrosiers et supposer qu’il s’agit d’une déclaration malheureuse échappée sous pression. Sauf que le lendemain, elle en a ajouté une couche à l’émission La matinale, en déclarant cette fois que «en tant que présidente-directrice générale d’un réseau de santé, ma mission, c’est de livrer des soins. Ce n’est pas de discuter des droits de la langue.»

Il s’agit donc de déclarations réfléchies de la part d’une dirigeante qui avait pourtant indiqué, au moment de son embauche, que «le peuple acadien mérite de recevoir ses soins de santé en français».

Comment expliquer que la PDG d’une régie francophone, qui est à la tête d’une organisation et d’hôpitaux francophones, estime soudainement que «la langue est secondaire»?

Démêlons d’abord les choses.

La pénurie de professionnels de la santé est bien réelle. Les ressources – tant en argent qu’en main d’œuvre – ne sont pas infinies. Ce ne sont pas tous les médecins, toutes les infirmières et tous les spécialistes qui sont bilingues. De plus, les établissements de santé francophones et anglophones ne fonctionnent pas en vase clos. Il y aura toujours des Acadiens qui seront vus par des spécialistes unilingues.

Toute discussion sur la santé et la langue doit tenir compte de ces paramètres.

Néanmoins, la loi est claire. Chaque Néo-Brunswickois a le droit d’être soigné dans sa langue. Les efforts doivent tendre en ce sens.

Or, ce n’est pas ce qu’a dit France Desrosiers. Elle n’a pas soutenu que les pressions sur le réseau ont pour conséquence qu’il sera difficile ou impossible de respecter en tout temps les droits linguistiques de la population. Elle n’a pas non plus réclamé que la réforme de la santé à venir tienne compte de cette situation. Elle ne s’est pas interrogée à savoir pourquoi le Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont est en crise, alors que ce n’est pas le cas au Moncton Hospital, ni promis un plan d’action.

Elle a plutôt balayé du revers de la main l’obligation de respecter les obligations linguistiques protégées par la Loi sur les langues officielles du N.-B. et dans la Charte canadienne des droits et libertés. Elle soutient ne pas avoir à «discuter des droits de la langue».

Seul compromis, elle affirme ne pas parler ici de soins de base. C’est quand il s’agit «de questions de vie ou de mort» que nos droits linguistiques peuvent semble-t-il être jetés à la poubelle.

Nous le disions plus haut, ces déclarations ne devraient pas nous surprendre.

Dre France Desrosiers n’est pas redevable à la population, aux patients, au conseil d’administration du Réseau de santé Vitalité ou à l’Acadie. Elle est redevable au gouvernement provincial, et plus spécifiquement à la ministre de la Santé, Dorothy Shephard.

Elle a été embauchée avec un mandat clair. Et ce n’est pas de défendre les droits linguistiques de la population. Elle doit aligner ses positions sur celles du gouvernement.

Le mois dernier, la ministre a congédié le président du conseil d’administration du Réseau de santé Horizon, John McGarry, parce qu’il a critiqué la volonté du gouvernement de s’occuper du recrutement des médecins. En réaction, la Dre Desrosiers a indiqué que «le Réseau de santé Vitalité applaudit la ministre dans sa mission».

Les déclarations de Mme Desrosiers sur la santé et la langue montrent là aussi une volonté d’arrimer sa vision avec celle du premier ministre Blaine Higgs.

À la suite du discours du Trône, l’année dernière, ce dernier avait confirmé vouloir éliminer la duplication des services de santé. Aux Néo-Brunswickois qui n’auront plus accès à leurs services dans leur hôpital régional, il a prôné «l’excellent système d’autoroutes de la province».

Nous ignorons les intentions de la ministre Shephard. Transfert des services offerts dans les petits hôpitaux francophones vers les plus gros établissements anglophones? Création d’une régie de la santé unique et bilingue? Diminution des exigences linguistiques?

La Dre France Desrosiers n’a pas été recrutée pour combattre ces scénarios, advenant qu’ils deviennent réalité. Elle a été embauchée avec le mandat de respecter la volonté du gouvernement, quelle qu’elle soit. Et elle entend bien accomplir sa mission.

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