Ne pas se priver d’AstraZeneca

Alors, on jette le vaccin AstraZeneca à la poubelle ou non? Le message de la Santé publique du N.-B. n’est pas aussi tranché que nous l’aurions souhaité. Permettons-nous de donner un coup de main aux services de communication gouvernementaux avec ce message d’intérêt public: AstraZeneca doit continuer d’être offert à la population.

Le gouvernement Higgs et la Santé publique ont organisé une conférence de presse, jeudi, pendant laquelle ils ont annoncé… Mais qu’ont-ils annoncé, au juste?

Le vaccin d’AstraZeneca n’est plus offert en première dose. Le Nouveau-Brunswick suit ainsi l’exemple d’autres provinces, notamment le Québec, l’Ontario et la Nouvelle-Écosse, qui ont tous pris cette décision dans les jours précédents.

La décision a été prise parce que les stocks sont à leur plus bas. Le Nouveau-Brunswick n’a dans ses entrepôts que 4000 doses. La province réserve donc celles-ci à certaines personnes: ceux et celles qui auront bientôt besoin d’une deuxième dose, qui sont confinés à la maison et n’ont pas accès à un autre vaccin, etc.

Il continuera par contre d’être proposé à tous les Néo-Brunswickois de 55 ans et plus qui le souhaitent aussitôt que l’approvisionnement augmentera, mais à condition que les intéressés comprennent bien les risques et donnent un consentement éclairé.

Ça donne le goût, n’est-ce pas?

Ce méli-mélo de décisions plus ou moins claires donne l’impression d’un compromis qui a été négocié et conclu à l’arraché dans la capitale provinciale.

Les risques de complication avec ce vaccin sont très faibles: environ 1 cas sur 100 000. Or, pour une raison ou une autre, les cas de thrombose sont plus nombreux au Nouveau-Brunswick. Nous comptons déjà quatre cas; l’une des personnes atteintes est décédée.

La pression publique est grande sur les épaules du gouvernement Higgs pour qu’il imite les autres juridictions qui ont choisi de faire la fine bouche avec AstraZeneca.

Les discussions ont dû être très musclées au Cabinet et à la Santé publique afin de déterminer quoi faire de cette patate chaude. Pas plus tard que la semaine dernière, le ministre Dominic Cardy traitait pratiquement de complotiste le Comité consultatif national de l’immunisation qui déclarait que, si c’est possible et si vous ne vivez pas dans une zone chaude, vous devriez prendre autre chose que AstraZeneca.

Le Nouveau-Brunswick a finalement décidé de ne pas suspendre l’utilisation de ce vaccin. Il semble toutefois se dédouaner en ajoutant au processus ce concept de «consentement éclairé». Un peu comme une entreprise touristique qui vous permet de faire une activité risquée, mais seulement après vous avoir fait signer une lettre dans laquelle vous retirez toute responsabilité à l’entrepreneur et promettez de ne pas le poursuivre en cour si un accident devait survenir.

Ainsi donc, tout le monde a gain de cause. Le ministre Cardy qui appuie l’utilisation de ce vaccin et certains de ses collègues ministres qui, on le présume, se sont battus à l’interne pour qu’on cesse son utilisation.

Ce compromis a pu être négocié parce qu’il n’y a presque plus de doses d’AstraZeneca en banque de toute façon au Nouveau-Brunswick. Bien avant la conférence de presse de jeudi, un Néo-Brunswickois qui prenait rendez-vous pour se faire immuniser n’avait le choix qu’entre Pfizer et Moderna.

Qu’en sera-t-il dans un mois quand nous recevrons des milliers de doses d’AstraZeneca? Le Nouveau-Brunswick se résoudra-t-il à jeter celles-ci par manque d’intérêt?

On se pose déjà ces questions au Québec, où des pharmaciens sont pris avec des doses qui seront périmées à compter du début juin et qu’ils ne peuvent plus offrir à leurs clients, par ordre du gouvernement Legault.

Soyons clairs: le Nouveau-Brunswick doit éviter cette situation. Notre campagne de vaccination est déjà trop lente comparativement au reste du pays.

Si le Nouveau-Brunswick veut atteindre son objectif de donner une première dose à tous les citoyens âgés de 16 ans et plus d’ici la fin juin, il doit vacciner 46 645 personnes pendant huit semaines consécutives. Il y a deux semaines, il en a vacciné… 15 501, soit le plus petit total en sept semaines.

Il y a un mois, le taux de vaccination néo-brunswickois était de deux points de pourcentage sous la moyenne nationale. Il est maintenant de 5,5 points de pourcentage plus bas. Pendant que le Québec se vantait jeudi d’avoir battu son record du plus grand nombre de personnes immunisées en une seule journée, le Nouveau-Brunswick perd du terrain. Seules deux provinces font pire que nous (la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard).

Si nous voulons sortir un jour de ce cauchemar pandémique, n’avons pas les moyens de nous priver d’un produit qui a fait ses preuves et qui est beaucoup moins risqué que d’attraper la COVID-19, une maladie qui a déjà causé la mort de 41 personnes au Nouveau-Brunswick.