La situation s’envenime entre la famille du résistant acadien Jackie Vautour, récemment décédé, et Parcs Canada. Et nous ne voyons pas comment les parties pourront trouver un terrain d’entente.

Jackie Vautour est décédé le 7 février 2021. Il était âgé de 92 ans. Le vieux rebelle s’est battu jusqu’à la fin de sa vie pour le droit de vivre sur le Parc national Kouchibouguac, où il s’est fait arracher sa maison et ses terres en même temps que 228 familles il y a un demi-siècle.

Au fil des ans, il est devenu un symbole. Son expropriation et celle de ses concitoyens rappellent la Déportation de 1755. Dans sa chanson la plus connue, le groupe Zéro Degrés Celsius met Jackie Vautour sur le même pied d’égalité que Louis Riel et Beausoleil Broussard. Son histoire a fait le tour du Canada.

À la longue, un modus vivendi a fini par s’imposer. Parcs Canada a accepté de laisser vivre Jackie Vautour et son épouse, Yvonne, dans leur vieille maison, sur le territoire du parc. Ceux-ci ne dérangeaient personne. Pour le gouvernement, cela a permis d’éviter une reprise des événements violents des années 1970. On s’en doute, une seconde expulsion du clan Vautour ne serait pas faite dans la dentelle.

Tout autre accommodement leur était cependant refusé. Une tentative communautaire de rénover la maison du couple, en 2014, a été bloquée.

Mais voilà, Jackie Vautour est mort. Et avec lui, la coexistence pacifique qui existait avec les autorités du parc.

On sent que Parcs Canada marche sur des œufs, même si le ministère a toujours considéré comme étant illégale la présence du couple sur ses terres.

Dans une première lettre envoyée à Mme Vautour, on lui propose de «collaborer avec vous» afin «d’aider à transporter vos effets personnels et les structures» à l’extérieur du parc national. Parcs Canada a aussi offert d’enterrer Jackie Vautour dans le cimetière Saint-Vincent-de-Paul, situé dans le parc.

Le ton conciliant n’a pas réussi à amadouer la famille, Edmond Vautour qualifiant même la lettre de «véritable honte».

Dans une deuxième missive, Parcs Canada, par la plume d’un avocat, a été plus direct: «Avec le décès de M. Vautour, la base de la clémence n’est plus effective concernant l’occupation illégale.»

Le message est clair. Jackie Vautour n’est plus de ce monde et il est hors de question d’accorder à sa veuve, ses enfants et leurs descendants le même type d’accommodement. Le «campement de Vautour» est considéré comme étant une intrusion et une nuisance publique.

Normalement, à ce point-ci de l’éditorial, nous lancerions un appel au compromis aux gens concernés. L’ennui, c’est que ce compromis-là n’existe pas.

Pour le clan Vautour, le combat n’a pas pris fin avec le décès du patriarche. Il ne fait que commencer. «Moi, mes frères, mes soeurs, nous allons toujours nous occuper du terrain. Mon père et ma mère n’ont pas fait tout ça pour rien», a déclaré le fils Edmond dans les pages de l’Acadie Nouvelle, en avril 2021.

À cela se mélangent de complexes histoires de terres autochtones non cédées, même si les Vautour ne sont ni métis acadiens (si tant est qu’une telle chose existe) ni mi’kmaqs.

Nous ne voyons que deux voies se profiler à l’horizon. Aucune d’entre elles ne laisse présager une conclusion positive pour les héritiers du rebelle.

Dans le premier scénario, Parcs Canada perd patience, lance un ultimatum puis détruit la maison. Edmond Vautour est prêt à cette éventualité. «On n’a pas peur de mourir. S’ils embarquent sur les terres des Vautour, ça ne sera pas beau.»

La deuxième possibilité suppose un long combat juridique, des injonctions et éventuellement un jugement que la famille a peu sinon aucune chance de gagner et qu’elle ne respectera pas de toute façon s’il ne fait pas son affaire. Jackie Vautour avait déjà tenté cette voie, autant pour nier l’existence même du Parc national Kouchibouguac que pour prouver l’existence de droits de pêche de subsistance en tant que soi-disant métis acadien.

En vain.

Il reste toujours la possibilité que Parcs Canada baisse les bras et maintienne l’arrangement avec les Vautour, même après le décès du paternel. Rien ne laisse toutefois croire que ce sera le cas.

L’histoire des Vautour et des autres habitants des villages expropriés est tragique et d’une grande injustice. Mais elle devra un jour avoir une fin. Faut-il vraiment laisser le sang couler dans le parc, pour reprendre une autre déclaration d’Edmond Vautour?

La famille, de même que de nombreux autres Acadiens, ne sont pas encore prêts à l’entendre. Ils devront pourtant s’y résoudre. Le Parc national Kouchibouguac est là pour rester. Il sera bientôt temps pour les Vautour de tourner la page.

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