C’est plus fort que lui. Chaque fois que Blaine Higgs a l’occasion de se poser en tant que rassembleur, il sème plutôt la division en laissant entendre que les droits linguistiques des Acadiens sont à la source des problèmes qui affligent le Nouveau-Brunswick. C’est lassant. Et préoccupant.

Le gouvernement est sous pression. Il y a une pénurie de professionnels de la santé. Il y a une dizaine de jours, le Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L.-Dumont a dû se résoudre à refuser d’accueillir les ambulances. La salle d’urgence a été qualifiée de zone de guerre. Des médecins ont dû jouer temporairement le rôle d’infirmières afin d’aider l’équipe à garder la tête au-dessus de l’eau.

Le CHU Dumont n’est pas le seul à vivre une crise. Le Réseau de santé Horizon prévient qu’un manque d’infirmières causera des problèmes à l’urgence de l’un des deux hôpitaux de Saint-Jean en fin de semaine. Cela pourrait bien n’être qu’un avant-goût de ce qui surviendra pendant les vacances estivales.

En réponse à ces situations, Blaine Higgs est revenu à la charge avec un de ses vieux dadas: les exigences linguistiques qui seraient un obstacle à l’embauche et pousseraient des unilingues à s’exiler dans d’autres provinces.

À entendre M. Higgs et ses collègues de la People’s Alliance, on imagine que des milliers d’infirmières néo-brunswickoises unilingues sont au chômage et se font refuser un emploi parce qu’elles ne parlent pas français.

Ce n’est évidemment pas le cas. Il  a plus de 700 postes vacants dans la province. Il est prévu qu’environ 3400 infirmières prendront leur retraite d’ici cinq ans. Les besoins sont criants. Il n’y a pas un seul hôpital dans la province qui refuse d’embaucher qui que ce soit pour des raisons linguistiques.

Si vous possédez un diplôme en sciences infirmières valide au Nouveau-Brunswick, il y a pas mal de monde qui souhaite vous embaucher, peu importe votre langue.

Blaine Higgs sait déjà tout ça. De quoi parle-t-il donc quand il affirme entendre que des barrières linguistiques «empêchent les gens de rester, de vivre et de travailler ici au N.-B.» et qu’il croit que la solution pourrait être d’embaucher des professionnels de la santé d’abord, puis de leur apprendre le français plus tard?

Après tout, M. Higgs n’a jamais présenté de statistiques à ce sujet. Il n’a jamais fait la démonstration d’un exode de travailleurs unilingues qui fuient les terrifiantes exigences linguistiques et constitutionnelles dans notre belle province.

Ses propos de cette semaine rappellent ceux de la campagne électorale de 2018, pendant laquelle il a faussement et volontairement laissé entendre que des ambulances étaient immobilisées dans des garages en raison d’exigences linguistiques.

Depuis sa tentative ratée d’éliminer certaines des exigences linguistiques auxquelles est soumise Ambulance NB, Blaine Higgs a affuté son discours. Son cheval de bataille est désormais celui des Néo-Brunswickois unilingues anglophones qui veulent travailler dans la fonction publique.

Il prend soin de préciser qu’il veut simplement savoir si la langue est un obstacle. S’il semble croire que le droit de travailler en anglais dans la fonction publique en tout temps, y compris au sein de postes désignés bilingues, est plus important à ses yeux que le respect des droits collectifs des Acadiens, il soutient tout de même officiellement que «l’un n’a pas à se faire aux dépens de l’autre».

L’intensification de la pénurie de main-d’oeuvre en santé est le prétexte idéal pour rogner sur le droit des francophones à être soignés dans leur langue. Ils sont nombreux à Fredericton, y compris au sein du gouvernement en place, à croire que les anglophones n’ont pas leur juste part des emplois dans la fonction publique. Que les promotions sont réservées aux francophones bilingues. Qu’au lieu d’avoir un hôpital francophone et un autre anglophone à Moncton, tout serait plus simple s’il n’y avait qu’un gros établissement anglophone en mesure d’offrir un minimum de services en français.

C’est sans oublier le Réseau de santé Vitalité, dont l’existence même est une source d’irritation majeure pour tous ceux qui rêvent d’une régie de la santé bilingue. Blaine Higgs s’est engagé à ne pas imposer une fusion. Nous saurons assez tôt s’il tiendra promesse.

La pénurie d’employés en santé est bien réelle. Il s’agit d’une menace pour la pérennité des soins de santé dans nos hôpitaux.

Les causes sont multiples. Le gouvernement a peu de contrôle sur certaines d’entre elles, comme le vieillissement de la population. Il peut par contre agir sur d’autres fronts (l’examen NCLEX, l’immigration, les conditions de travail, etc.).

Continuellement ramener cet enjeu au mythe de l’exode des unilingues victimes des droits linguistiques des Acadiens revient à faire preuve de mauvaise foi.

Nous attendons de la part du premier ministre un plan d’action et des solutions. Pas à ce qu’il fasse diversion en s’appuyant sur des préjugés.

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