Le premier ministre Blaine Higgs a enfin dévoilé son «chemin vers la phase verte». Si le plan est encourageant pour la suite des choses, il risque d’être appelé à changer en cours de route. Sa réussite est basée sur des éléments sur lesquels le gouvernement n’a pas le plein contrôle.

La stratégie néo-brunswickoise a le mérite d’être simple et facile à comprendre.

Elle s’appuie sur trois dates, au début juin, juillet et août. Des restrictions importantes seront levées chaque mois jusqu’à l’abandon de toutes les mesures et la levée de l’état d’urgence à temps pour la fête du Nouveau-Brunswick, le 2 août.

Nous avons toutefois des doutes sur la capacité du gouvernement et de la Santé publique à livrer les vaccins à suffisamment de Néo-Brunswickois dans les dates prescrites. La campagne devra s’accélérer. Or, depuis plusieurs mois, nous vaccinons à un rythme moins rapide que la moyenne canadienne et que la plupart des autres provinces.

Prenons la phase 1. Elle entrera en vigueur le 7 juin si 75% des citoyens âgés de 12 ans et plus ont reçu une première dose de vaccin.

Pour y arriver, la Santé publique devra administrer 10 639 doses par jour pendant dix journées consécutives, seuil qui n’a été atteint que quatre fois au cours des 25 derniers jours – dont aucune fois dans la dernière semaine.

Le défi pour respecter les conditions afin d’atteindre la phase 3 est encore plus gigantesque. Les restrictions – y compris le port du masque obligatoire dans les lieux publics – ne seront levées que lorsque 75% des Néo-Brunswickois auront reçu leur seconde dose.

Cela représente 8911 doses quotidiennes pendant 66 journées consécutives. Cela n’a été réalisé que huit fois au cours des 25 derniers jours.

Afin de vacciner un maximum de citoyens, certains doivent attendre plus de trois mois avant d’être inoculés une autre fois, ce qui amènera plusieurs d’entre eux bien après la date magique du 2 août.

Blaine Higgs a voulu se faire rassurant, lors de l’annonce de jeudi, en déclarant que les cibles ont été fixées en tenant compte de l’approvisionnement prévu. Mais la vérité est qu’il n’a aucun contrôle là-dessus.

Tenons néanmoins pour acquis que les calculs de la Santé publique sont bons, que le nombre de doses sera aussi élevé, sinon plus que prévu, que les Néo-Brunswickois répondront à l’appel et que la campagne de vaccination ne connaîtra plus de ratés.

Si tous ces éléments tombent en place, un autre problème risque quand même de se profiler à l’horizon.

Les passages d’une phase à l’autre sont conditionnels au fait que la situation sanitaire reste sous contrôle. Plus précisément, le nombre d’hospitalisations doit rester faible. Surtout, toutes les régions doivent être en phase jaune, sans exception.

En termes plus clairs, cela signifie que des éclosions localisées dans une région en particulier pourraient inciter le gouvernement à retarder le passage dans une nouvelle phase ou à remettre en place des restrictions dans toute la province.

L’impact ne serait pas énorme si cela devait survenir cette semaine, les règles à suivre étant déjà nombreuses et bien implantées dans nos vies. Mais imaginez un Nouveau-Brunswick en phase verte, sans masque et sans restrictions, un peu avant les festivités du 15 août et qui retomberait en phase orange parce que la situation s’est détériorée à St. Andrews ou à Oromocto. On peut deviner l’ampleur de la grogne à laquelle ferait face le gouvernement.

Pour le reste, nous trouvons aussi de bonnes choses dans le document qui a été rendu public jeudi.

Nous apprécions le fait que les régions québécoises frontalières sont incluses dans celui-ci. Par exemple, dès le 7 juin, les voyageurs en provenance d’Avignon (près du Resti­gouche) et du Témiscouata (près du Mada­waska) pourront venir au Nouveau-Bruns­wick sans période d’isolement ni test de dépistage. Leur accès à notre province n’est pas conditionnel, comme nous le craignions originalement, à l’amélioration de la situation en Nouvelle-Écosse.

Le plan comprend aussi des dates précises (avec conditions) à partir desquelles les entreprises pourront recommencer à fonctionner au maximum de leur capacité. Même chose pour l’assouplissement des exigences à l’endroit des travailleurs frontaliers, les camionneurs, ceux qui gagnent leur vie dans une autre province, etc. Ils peuvent donc planifier la suite en conséquence.

Ce plan était attendu et nécessaire. Il ne fonctionnera cependant dans les temps prévus que si la Santé publique parvient à vacciner les Néo-Brunswickois rapidement et en grand nombre. Il y a encore beaucoup de travail à accomplir pour y arriver.

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