Au moment où le gouvernement Higgs donne l’impression d’enfin enlever ses œillères et de voir un peu plus loin qu’à Saint-Jean, Fredericton et Moncton, le voilà qu’il nous déçoit à nouveau. Avoir une vision provinciale qui n’englobe pas que le sud de la province est trop lui demander.

Le Nouveau-Brunswick a dévoilé la semaine dernière son plan de déconfinement. À compter du 7 juin, si 75% des Néo-Brunswickois âgés de 12 ans et plus ont reçu au moins leur première dose du vaccin, les voyageurs en provenance des provinces de l’Atlantique n’auront pas à effectuer de quarantaine à leur entrée dans la province.

La mesure exclut la Nouvelle-Écosse, aux prises avec des éclosions, mais inclut les régions frontalières québécoises du Témiscouata et d’Avignon. Une agréable surprise.

On sous-estime en effet tout le chemin que le premier ministre Blaine Higgs et sa garde rapprochée ont dû parcourir pour avoir le réflexe de pondre un plan qui inclut ces secteurs québécois dans leur plan dès le départ, sans se faire forcer la main.

Rappelez-vous la création de la première bulle de l’Atlantique, en juillet 2020. Le gouvernement Higgs annonçait en grandes pompes l’ouverture des frontières et la libre circulation des citoyens sur ce territoire.

Le Nord avait toutefois été oublié. Les frontières avec le Québec continuaient d’être verrouillées, et ce, même si l’épidémie était (à ce moment-là) maîtrisée en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent. Indifférence au sort des Acadiens du Nord et à l’économie de ces régions, mauvaise foi et méfiance à l’endroit du Québec faisaient office de stratégie sanitaire.

Il aura fallu un peu plus d’un mois avant que Fredericton ne lâche un peu de lest et accepte de créer des «minibulles» avec le Québec.

Cette fois-ci, il a présenté un plan qui tient compte dès le départ de la situation de tout le Nouveau-Brunswick. Nous l’en félicitons.

Malheureusement, l’embellie n’a pas duré longtemps.

Le gouvernement provincial a prolongé son programme d’incitation au voyage, qui avait été en vigueur l’année dernière jusqu’en mars 2021. Explore NB permet aux citoyens néo-brunswickois d’obtenir un remboursement de 20% jusqu’à concurrence de 1000$ sur certaines dépenses admissibles pendant leurs vacances, à condition de payer une nuitée dans un hébergement de la province.

Au début de la semaine, nous avons appris que les touristes de l’Atlantique pourront aussi bénéficier de ce rabais.

Nous sommes d’accord avec cette décision. Nous avions d’ailleurs défendu cette position en éditorial après l’annonce de la création du programme, il y a un peu moins d’un an, en juillet 2020.

Il est toutefois déplorable que l’initiative s’adresse uniquement aux citoyens des trois autres provinces de l’Atlantique et exclut les citoyens québécois, y compris ceux de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine.

La manne des touristes néo-écossais et prince-édouardiens profite surtout au sud du Nouveau-Brunswick, plus particulièrement à la région de Moncton. Le Nord francophone est traditionnellement plus prisé par les visiteurs québécois, notamment en raison du fait que nous partageons une même langue et des liens culturels très étroits.

En restreignant son programme aux gens de l’Atlantique, le gouvernement Higgs démontre une nouvelle fois son désintérêt et sa méconnaissance de l’Acadie du Nord. N’importe quel restaurateur ou hôtelier de la Péninsule acadienne, de la région Chaleur, du Restigouche ou du Madawaska pourra vous le confirmer, les visiteurs des Maritimes ne constituent pas une manne pour eux. La clef, c’est le Québec.

Le choix d’exclure les Québécois est plus symbolique qu’économique.

En effet, rien ne démontre qu’Explore NB est une réussite. La preuve n’a pas été faite qu’il encourage les touristes à voyager dans notre province. Au contraire, les témoignages recueillis l’été dernier démontrent que la plupart des voyageurs se seraient déplacés de toute façon, remboursement ou pas. Des exploitants touristiques devaient rappeler à leurs clients l’existence du programme et insister pour qu’ils conservent leur reçu.

L’initiative est politique et idéologique. Idéologique parce que le gouvernement Higgs répugnait à l’idée d’accorder une aide financière directe à une industrie pourtant touchée durement par la pandémie. Il a préféré remettre les chèques dans les poches des Néo-Brunswickois. Politique parce qu’il ne se gêne pas pour brandir cet exemple chaque fois qu’il est accusé de ne pas en faire assez pour appuyer l’économie.

Même en tenant compte de ces paramètres, il n’y a aucune raison logique de préférer aider des touristes de certaines provinces plus que ceux d’une autre. Blaine Higgs doit admettre son erreur, reconnaître que son programme défavorise les régions acadiennes et l’étendre aux touristes en provenance du Québec.

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