À moins d’une ruée de dernière minute en fin de semaine, nous n’atteindrons pas dans les dates prévues les objectifs de vaccination décrétés par le gouvernement Higgs. Les restrictions finiront par être levées, mais avec un peu de retard. Personne ne devrait être surpris.

Les anglophones aiment répéter une expression qui, dans ce cas-ci, s’applique bien au gouvernement Higgs: think outside the box. «Penser à l’extérieur de la boîte» signifie faire preuve de créativité et éviter les façons de penser habituelles afin de trouver une solution originale à un problème.

En ce qui a trait à la campagne de vaccination, le premier ministre Blaine Higgs et sa garde rapprochée sont résolument enfermés dans la «boîte». Peu importe la gravité de la situation, la stratégie reste toujours la même: une conférence de presse dont la presque totalité se passe en anglais, avec traduction simultanée, en direct de Fredericton et diffusée sur YouTube.

Nos politiciens et fonctionnaires de la capitale sont apparemment convaincus qu’il s’agit de la meilleure façon de convaincre la population de se ruer vers la clinique de vaccination la plus proche.

Les politiciens des autres provinces sont plus actifs. Nous voyons régulièrement des premiers ministres ou des ministres de la Santé participer à des activités médiatiques, par exemple en se rendant en personne dans des cliniques.

Ces gouvernements organisent aussi des campagnes publicitaires musclées. Ils mettent sur pied des cliniques sans rendez-vous en grand nombre. Il est même possible de se faire vacciner sans quitter le confort de son automobile!

Le Nouveau-Brunswick se contente plutôt de suivre la parade.

Nous vaccinons moins de gens que la presque totalité des autres provinces.

Nous avons été plus lents à permettre aux jeunes de se faire vacciner.

Nous avons tardé à organiser des cliniques communautaires, le gouvernement ayant d’abord misé uniquement sur les pharmacies.

Nous sommes parmi les derniers à organiser des cliniques sans rendez-vous ou ouvertes après les heures normales de travail.

Nous n’avons toujours pas réduit le délai permis entre la première et la deuxième dose.

C’est tout cela, et plus encore, qui explique qu’à moins d’une grande surprise, le gouvernement Higgs n’entreprendra pas le processus de déconfinement ce lundi, comme le prévoit pourtant son plan.

Pourquoi le gouvernement éprouve-t-il de la difficulté à respecter les échéanciers qu’il a pourtant annoncés il y a seulement deux semaines?

Nous l’avons écrit en éditorial après le dévoilement du plan, ces objectifs sont très optimistes. Les prévisions tiennent plus de l’espoir que de la réalité. Elles supposent que le nombre de doses administrées chaque jour atteindra des seuils plus élevés que ce qui a été réalisé jusqu’à maintenant.

Le gouvernement provincial commence à comprendre son erreur. Il espère que les cliniques sans rendez-vous et en soirée permettront de renverser la tendance.

Des hypothèses permettent de mieux comprendre ce qui s’est produit.

Rappelons d’abord que le gouvernement Higgs n’avait pas de plan de déconfinement en main. C’est seulement quand le Québec, l’Ontario et la Nouvelle-Écosse ont présenté le leur à quelques jours d’intervalle que la pression est soudainement devenue grande à Fredericton pour produire son imparfaite feuille de route.

Il y a une volonté de faire coïncider le retour en phase verte avec la fête du Nouveau-Brunswick, le 2 août. Tout le reste du plan a été préparé en fonction de cette date arbitraire, sans que la stratégie ne soit adaptée en conséquence.

Le gouvernement semble aussi avoir erronément cru que l’annonce d’une feuille de route, avec des objectifs et des dates, servirait de puissant outil de motivation au sein de la population, un peu comme un grand projet de société rassembleur, sans que les autorités publiques n’aient besoin de lever le petit doigt.

Ces erreurs d’appréciation ne sont pas dramatiques.

Nous ne parlons que d’un retard potentiel de quelques heures ou quelques jours. Ce n’est pas comme s’il fallait patienter une année de plus que le reste de l’Amérique avant d’enfin retrouver une vie normale.

Ces problèmes ont néanmoins des conséquences économiques et bien sûr sanitaires.

Un 44e Néo-Brunswickois est décédé de la COVID-19 cette semaine. Des nouvelles inquiétantes en provenance de Shippagan et de l’île Lamèque font craindre que la Péninsule acadienne tombe en phase orange, ce qui ralentirait la levée de restrictions dans toute la province.

Nous avons la responsabilité collective de nous faire vacciner. Le gouvernement doit de son côté mieux jouer son rôle de leadership afin que plus de gens soient vaccinés plus rapidement.

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