Le Dr Jean-Robert Ngola a remporté sa bataille judiciaire avant que celle-ci ait commencé. Les accusations qui avaient été portées contre lui ont été abandonnées sans même qu’il y ait un procès. Il est temps pour le premier ministre Blaine Higgs de prendre acte de cette décision et de mettre fin à sa vendetta contre le médecin.

Le Dr Ngola était jusqu’à tout récemment médecin de famille dans le Restigouche. En 2020, il s’est rendu au Québec afin d’aller chercher sa fille à Montréal et obtenir un poste dans la région de la Mauricie.

À son retour, il ne s’est pas isolé pendant 14 jours. Une éclosion de COVID-19 est ensuite survenue dans le Restigouche et le Dr Ngola a été soupçonné d’en avoir été le patient zéro. Une accusation a été portée contre lui en vertu de la Loi sur les mesures d’urgence du Nouveau-Brunswick.

Se croyant victime d’une injustice et affirmant avoir été injustement ciblé, il a choisi de se battre plutôt que de payer l’amende.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick ne paraît pas bien dans cette histoire.

L’affaire Ngola est survenue à la fin mai l’année dernière. À ce moment-là, il y avait très peu de cas de COVID-19 au Nouveau-Brunswick. Aucun décès n’avait encore été enregistré sur notre territoire. Le gouvernement provincial ne cherchait plus à aplatir la courbe, comme on le disait à l’époque. Il avait plutôt en tête l’objectif zéro, c’est-à-dire aucun cas de coronavirus dans la province.

L’éclosion restigouchoise de mai et juin 2020 est venue ficher en l’air ce rêve irréaliste. Blaine Higgs ne l’a pas pris. C’est dans ce contexte qu’il a jeté le blâme sur un professionnel de la santé «irresponsable», qu’il n’a pas nommé, mais qui a rapidement été identifié quelques heures plus tard comme étant Jean-Robert Ngola. Le premier ministre s’était même interrogé à savoir si des accusations criminelles devaient être portées.

Cela n’a pas été le cas. Le médecin a néanmoins été accusé d’avoir enfreint la Loi sur les mesures d’urgence. La Couronne a par contre conclu que la possibilité d’une condamnation était trop mince pour justifier un procès.

Y a-t-il eu acharnement politique? Ce n’est pas impossible.

Le bureau du premier ministre Higgs n’a pas hésité par le passé à faire de la microgestion. Plus tôt cette année, il a tenté de convaincre la Commission de l’énergie et des services publics du N.-B. d’accorder à Irving Oil une hausse de sa marge bénéficiaire pour ses produits pétroliers. Un sous-ministre a même fait pression directement auprès du président par intérim de la commission, laquelle est un organisme quasi judiciaire.

Le Dr Ngola et son équipe judiciaire soupçonnent que Blaine Higgs et des hauts fonctionnaires de la Sécurité publique et de la GRC ont pris le dossier en main afin de cibler le médecin.

Cela n’a pas été prouvé devant un tribunal.  M. Higgs affirme que son bureau n’a pas été mêlé à cette histoire. Ses informations proviendraient plutôt de la Santé publique et lui auraient été communiquées verbalement.

La Couronne a toutefois expliqué avoir abandonné sa cause contre le Dr Ngola à la lumière d’éléments de preuve portés à son attention par les avocats de la défense. Il s’agirait d’une correspondance entre un haut fonctionnaire du gouvernement Higgs et un des responsables de l’enquête.

Depuis, Blaine Higgs et l’équipe du Dr Ngola se querellent à coups de déclarations incendiaires et de communiqués de presse.

La cause de la Couronne s’étant effondrée, la moindre des choses pour le gouvernement provincial est de s’excuser officiellement et de trouver une façon de tourner la page.

Or, Blaine Higgs a fait exactement le contraire cette semaine. Il a jeté de l’huile sur le feu en laissant entendre qu’il possédait des informations privilégiées et qu’il est prêt à les partager si le Dr Ngola lui donne la permission en abandonnant son droit à la vie privée.

Il n’y a aucune chance que cela arrive.

M. Higgs n’est d’ailleurs pas le premier à user de cette stratégie cousue de fil blanc. Après avoir congédié sans raison valable la médecin-hygiéniste Eilish Cleary, en 2015, le libéral Brian Gallant avait aussi dit être prêt à se mettre à table si celle-ci renonçait à son droit à la vie privée.

La Dre Cleary a plutôt poursuivi le gouvernement Gallant. Elle a obtenu une compensation de 720 000$.

Ce scénario risque de se répéter.

Les plus récentes déclarations de M. Higgs et son refus de s’excuser pousseront sans doute le Dr Ngola à poursuivre la province. Si la façon dont la cause de la Couronne s’est écroulée est annonciatrice de la suite des choses, il est fort probable que Fredericton devra négocier une entente hors cours.

Le premier ministre Higgs est déterminé à préserver son image et déteste admettre avoir tort. Dans ce dossier, il est toutefois temps pour lui de lâcher le morceau.

Le Dr Ngola a gagné. Ce que M. Higgs croit ou pense savoir n’a plus d’importance. Il doit mettre fin à ce conflit qui a trop duré.

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