Jenica Atwin, députée de Fredericton, a provoqué une commotion dans le monde de la politique fédérale en annonçant qu’elle quittait les verts pour les libéraux de Justin Trudeau. Peu importe ce que l’avenir réserve à Mme Atwin, il y a déjà un grand perdant dans cette histoire: le Parti vert du Canada.

Si vous êtes moindrement idéaliste ou que vous avez la conviction que la plupart des élus font de la politique pour les bonnes raisons, vous avez aujourd’hui des raisons d’être déçu.

Une personne qui se porte candidate pour le Parti vert ne le fait pas pour accéder au pouvoir ou parce qu’elle rêve à une carrière en politique. Il existe en effet des chemins moins jalonnés d’obstacles que de porter les couleurs d’un tiers parti.

Les verts, en particulier, ont la réputation d’avoir des principes qu’ils n’abandonnent pas facilement, et certainement pas pour augmenter leurs chances de former un gouvernement. Dans ces circonstances, voir Jenica Atwin devenir une transfuge et joindre un parti de pouvoir, comme le Parti libéral, représente une déception.

Cela dit, la nouvelle chef du Parti vert, Annamie Paul, n’a qu’elle-même à blâmer.

Disons clairement les choses. Quand on a seulement trois députés dans son caucus et que l’une d’entre elles est jeune, bilingue et vient d’être votée par ses collègues comme étant l’étoile montante du Parlement, il faut s’organiser pour ne pas la perdre. Et encore moins sur une différence d’opinions concernant Israël et la Palestine.

Le fait qu’un conflit à des milliers de kilomètres du Canada ait été la goutte qui a fait déborder le vase est ce qu’il y a de plus surprenant dans cette histoire.

Jenica Atwin est résolument pro-palestinienne. Elle a rédigé dans les médias sociaux des messages dans lesquels elle dénonce sans ambiguïté l’horrible traitement qu’Israël inflige à ce peuple.

Un conseiller et porte-parole d’Annamie Paul a répliqué en dénonçant les propos de Mme Atwin, en laissant entendre qu’ils sont antisémites et en promettant de trouver un nouveau candidat vert dans Fredericton.

La chef Paul n’a pas rabroué publiquement les propos de son conseiller et ne s’en est pas distanciée.

Cette histoire n’avait pas fait grand bruit au N.-B. Aussi tragique soit le sort des Palestiniens, ils ne représentent pas un enjeu électoral pour la plupart des citoyens d’ici.

Il est plus probable que Jenica Atwin se soit sentie isolée. Elle n’avait que deux collègues verts à Ottawa. Ils représentent des circonscriptions de la Colombie-Britannique.

Mme Atwin s’est portée candidate alors que Elizabeth May était encore la chef du Parti vert du Canada. Mme May est toujours députée, mais a démissionné de son poste de leader. Annamie Paul lui a succédé.

Mme Paul et Mme Atwin ont moins d’atomes crochus. Ce ne serait pas non plus la première fois qu’un nouveau chef tient à assumer son autorité et que cela provoque des grincements de dents dans son caucus. Le Bloc québécois a presque disparu de la carte en 2018 quand sept députés ont claqué la porte en dénonçant l’intransigeance de leur nouvelle chef Martine Ouellette.

Ceux-ci avaient choisi de siéger en tant qu’indépendants. Il faut dire qu’il n’y a pas d’autres partis souverainistes à Ottawa.

De son côté, la députée Atwin a préféré joindre le Parti libéral du Canada. Elle devient ainsi membre d’un caucus qui compte 155 députés et d’une formation qui partage certaines valeurs du Parti vert.

Lors de la dernière campagne électorale fédérale, le député libéral sortant de Fredericton, Matt DeCourcey, avait encouragé les électeurs à l’appuyer en votant pour un parti qui, selon lui, pouvait faire avancer la cause environnementale au lieu de critiquer à partir des banquettes de l’opposition.

Sur la scène provinciale, le député vert Kevin Arseneau avait d’abord tenté d’obtenir l’investiture du Parti libéral, alors dirigé par le premier ministre Brian Gallant. C’est seulement quand sa candidature a été rejetée qu’il s’est tourné vers les verts.

Bref, le mur qui sépare ces deux formations n’est pas infranchissable. Au contraire.

Ce n’est toutefois pas la même chose que d’avoir été élue sous une bannière puis de traverser la Chambre. Encore plus à propos d’un enjeu – le conflit israélo-palestinien – qui est loin des préoccupations de l’électeur moyen.

La bonne nouvelle est que les citoyens de la circonscription de Fredericton auront le dernier mot. Ils décideront lors du prochain scrutin s’ils appuient le changement d’allégeance de leur députée ou s’ils veulent la sanctionner.

Cela pourrait survenir plus tôt que tard. Les rumeurs parlent d’élections fédérales qui auraient lieu dès cet automne. À Jenica Atwin de leur prouver qu’elle n’a pas changé et qu’elle défendra les mêmes valeurs, même si elle porte désormais un manteau d’une couleur différente.

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