L’éducation en français en milieu minoritaire a déjà eu meilleure mine au Canada. La semaine dernière, les dirigeants de trois établissements postsecondaires ont réclamé du gouvernement fédéral un financement stable et surtout permanent. Ce message doit être entendu et mener à des actions concrètes.

Le nouveau recteur de l’Université de Moncton, Dr Denis Prud’homme, a témoigné le 8 juin devant le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes. Il n’était pas seul. Des représentants de la nouvelle Université de l’Ontario français et du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta étaient aussi présents.

Leur message, à quelques nuances près, était le même: les établissements postsecondaires francophones du Canada anglais ont besoin de l’aide financière d’Ottawa.

Ils ont eu droit à une oreille sympathique et attentive. «Vous êtes les porte-parole des grands vaisseaux amiraux de la francophonie canadienne et vous jouez un rôle extrêmement important», a déclaré le conservateur Steven Blaney. «Vous êtes des symboles de résistance», a ajouté le libéral René Arseneault.

Le gouvernement Trudeau reconnaît déjà qu’il peut et doit jouer un rôle de leadership.

En 2018, le gouvernement conservateur du premier ministre Doug Ford a annulé la création de l’Université de l’Ontario français, provoquant une levée de boucliers. La ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, s’est mêlée du dossier. Finalement, une entente a été signée. Le fédéral s’est notamment engagé à couvrir les dépenses encourues lors des quatre premières années du projet.

Ottawa ne peut toutefois pas tout faire. L’éducation est une compétence provinciale.

Quand l’Université Laurentienne (une institution bilingue du nord de l’Ontario) s’est retrouvée en faillite, le gouvernement ontarien n’a pas levé le petit doigt pour l’aider. Il l’a laissé sabrer le tiers de ses programmes, y compris les cours en français dans une proportion plus importante.

L’Université de Moncton n’est pas dans une situation aussi dramatique. Personne ne parle de faillite dans l’Édifice Taillon. Mais la gestion de la décroissance fait partie des réflexes de survie. Le budget de l’établissement a été réduit de plus de 25 millions $ en seulement une décennie. C’est énorme.

Cela a un impact à la longue sur la capacité de l’U de M à offrir des programmes de qualité. Et cela ne semble pas le moins du monde préoccuper les gouvernements qui se succèdent à Fredericton.

L’un des problèmes est que les établissements postsecondaires sont financés essentiellement selon le nombre d’étudiants. Le fait que l’Université de Moncton soit l’unique université francophone du Nouveau-Bruns­wick, qu’elle dessert une population plus petite et qu’elle ne compte pas sur autant de généreux donateurs que l’Université du Nouveau-Brunswick, vieille de plus d’un siècle, n’entre pas en ligne de compte quand un gouvernement (libéral ou progressiste-conservateur) décide d’imposer des compressions. Tout le monde est traité également, même si les conséquences de ces décisions sont bien inégales.

Face à des gouvernements provinciaux peu enclins à leur accorder des faveurs, les dirigeants universitaires ont demandé au fédéral de jouer un plus grand rôle.

Le recteur Prud’homme a réclamé un appui financier permanent, indexé à l’inflation et destiné aux opérations. Présentement, le fédéral accorde de l’aide financière aux universités en milieu minoritaire, mais il s’agit souvent de montants ponctuels liés à des projets précis et limités dans le temps.

Ces demandes sont légitimes, mais mettent le gouvernement du Canada dans une situation délicate.

D’une part, la défense et la promotion des langues officielles font partie de sa responsabilité constitutionnelle. Il peut et a le devoir d’intervenir.

D’autre part, il ne veut pas, pour des raisons évidentes, inviter les provinces à se déresponsabiliser. Si le gouvernement Trudeau injecte du jour au lendemain des millions de dollars dans l’Université de Moncton, mais que le gouvernement Higgs réagit en réduisant d’autant ses subventions, personne ne sera plus avancé.

Cela dit, il n’est pas question d’attendre que l’Université de Moncton éprouve des difficultés comme le Campus Saint-Jean ou que sa survie soit menacée comme l’Université Laurentienne avant de se mettre en mode solutions.

Le gouvernement canadien doit travailler en collaboration avec le Nouveau-Brunswick afin de trouver des façons de contribuer à la pérennité de l’U de M.

Cela passe par des investissements fédéraux plus généreux, constants et à long terme.

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