La ministre responsable des Langues officielles, Mélanie Joly, a pris beaucoup de temps avant d’enfin livrer son projet de loi modifiant la Loi sur les langues officielles du Canada. L’attente en aura toutefois valu la peine. Il y a bien peu à redire.

Ne cherchons pas des poux là où il n’y en a pas. Ce projet de loi, s’il finit par être adopté (nous y reviendrons dans un instant), représente une grande amélioration par rapport à la législation actuelle. Nous souhaitons le voir devenir loi le plus rapidement possible.

Il n’est pas facile pour un gouvernement de naviguer dans les flots tumultueux que sont les langues officielles. Encore moins de susciter l’espoir et l’enthousiasme. C’est pourtant ce que vient de réussir la ministre Joly, du moins en Acadie et dans le reste de la francophonie hors Québec.

Le président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, Alexandre Cédric Doucet, a déclaré que «nous sommes très contents aujourd’hui». Il se réjouit du fait que la ministre Joly a été à l’écoute et que «nos demandes ont été entendues».

Le juriste Michel Doucet a parlé d’un document «presque parfait». Il précise que le projet de loi contient «de belles initiatives et très peu de choses à critiquer».

La Fédération des communautés francophones et acadienne a parlé d’un «pas substantiel en avant pour la francophonie au pays». La Fédération des francophones de la Colombie-Britannique a été encore plus dithyrambique, en affirmant qu’il s’agit d’un «moment historique».

Même les partis d’opposition ont peu trouvé à redire de son contenu. Leur plan d’attaque aux Communes a plutôt consisté à présenter le dépôt du projet de loi comme étant une manoeuvre préélectorale.

Ce n’est sans doute pas faux. Les libéraux sont au pouvoir depuis six ans. Or, c’est à la toute fin d’une session, alors qu’il ne reste pratiquement plus de temps au calendrier législatif, que le projet de loi tant attendu a enfin été déposé.

C’est sans oublier que les libéraux ne seront peut-être plus au pouvoir cet automne. Les rumeurs d’élections sont en effet persistantes à Ottawa.

Si celles-ci sont déclenchées, rien n’empêchera les libéraux ou les conservateurs de reprendre plus tard le projet de loi et de le faire adopter. Tant Justin Trudeau que Erin O’Toole ont montré par le passé de l’ouverture sur l’enjeu des langues officielles.

Il faut dire que l’on retrouve de belles choses dans le projet de loi C-32.

Il a été rédigé en tenant compte du fait que le français et l’anglais ne sont pas de force égale. Une langue est menacée partout en Amérique, l’autre ne l’est nulle part. Le gouvernement fédéral le reconnaît et s’engage, selon la ministre Joly, à «utiliser tous les outils à sa disposition pour promouvoir et protéger le français».

La nouvelle loi permettrait d’assurer le bilinguisme à la Cour suprême et de renforcer les politiques linguistiques au sein de la fonction publique. Le ministre de l’Immigration serait aussi appelé à préparer une politique d’appui à l’immigration francophone hors Québec, ce qui est une demande de longue date.

La spécificité du Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue et avec des droits linguistiques enchâssés dans la constitution, est reconnue dans le préambule du projet de loi.

Il reste cependant quelques points d’interrogation, le plus important étant ce droit qui sera accordé aux francophones oeuvrant dans une entreprise de compétence fédérale de plus de 50 employés de travailler dans leur langue si celle-ci est située dans une communauté à forte présence francophone.

Cette règle sera symbolique si elle ne s’applique que dans des régions homogènes, comme le Madawaska ou la Péninsule acadienne. Si elle s’applique aussi à Bathurst ou à Moncton, nous pourrons alors parler d’une véritable avancée.

Ces régions seront définies plus tard par voie de règlement. Il faudra donc attendre un peu avant de connaître les intentions de Mélanie Joly et du gouvernement Trudeau.

Il faut néanmoins saluer le sérieux avec lequel la ministre a accompli son boulot. Tout le contraire du premier ministre Blaine Higgs, qui s’est lancé dans la révision de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick avec le même enthousiasme que lors d’un rendez-vous chez le dentiste.

Il est rafraîchissant de voir au moins un palier de gouvernement réviser sa Loi sur les langues officielles non pas à reculons, mais avec une volonté de l’améliorer.

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