T.J. Harvey se porte candidat dans la course à la direction du Parti libéral. Pour les rouges, il s’agit d’une bonne nouvelle. Pas parce qu’il s’agit de T.J. Harvey, mais bien parce que cette campagne suscite déjà plus d’intérêt que celle qui a suivi le départ de Brian Gallant.

La course au leadership de 2019 a été désastreuse pour le Parti libéral du Nouveau-Brunswick. Les uns après les autres, tous les candidats pressentis ont enlevé leur nom du chapeau afin de laisser la place à Kevin Vickers, un ancien policier et ambassadeur avec aucune expérience pertinente en politique.

Le Parti libéral semble vouloir éviter de répéter les mêmes erreurs. Il a décidé de prendre son temps avant de nommer son prochain leader.

Celui-ci sera-t-il T.J. Harvey? Nous avons encore besoin d’être convaincus.

Le fait qu’il soit le premier candidat déclaré ne fait pas de lui le favori. Dans une course au leadership, les plus gros noms aiment souvent attendre un peu plus tard avant de dévoiler leurs intentions. Les candidats moins connus ou moins populaires profitent alors du vide médiatique au début pour prendre toute la place et se faire connaître.

En 2016, le député provincial Brian Macdonald avait été le premier à annoncer vouloir devenir chef du Parti progressiste-conservateur du N.-B. Jeune, dynamique et bilingue, il a néanmoins terminé 6e, ne devançant que Jean Dubé.

Cela dit, T.J. Harvey a des qualités qui jouent en sa faveur, la première étant qu’il n’est pas né de la dernière pluie. Il a été député fédéral de Tobique-Mactaquac de 2015 à 2019. Après le fiasco Vickers, on peut prévoir que les militants libéraux voudront un chef un peu plus rompu aux aléas de la politique. Il compte aussi sur l’aide du député libéral de Denis Landry.

Il est considéré comme quelqu’un proche de ses concitoyens. Pendant la campagne électorale de 2015, il s’était vanté d’avoir frappé à 12 000 portes, d’avoir parcouru 40 000 km et d’avoir usé quatre paires de souliers.

Il a aussi donné son appui au projet d’oléoduc Énergie Est (aujourd’hui abandonné), ce qui pourrait lui valoir de la sympathie dans la région de Saint-Jean, où les libéraux provinciaux devront absolument faire des gains lors du prochain rendez-vous électoral.

Tout n’est toutefois pas rose.

T.J. Harvey avait obtenu l’investiture libérale de sa circonscription dans la controverse en 2014. Des irrégularités avaient été soulevées. Son adversaire défait, Rick Lafrance, avait soutenu qu’il avait remis un formulaire d’adhésions pour l’inscription de 40 membres tout juste avant la date limite de l’investiture. Le paiement des adhésions se serait retrouvé sur une seule carte de crédit, ce qui est contraire aux règles.

Un comité d’appel du Parti libéral du Canada a toutefois fini par confirmer la nomination de M. Harvey. Celui-ci a ensuite causé la surprise en soutirant la circonscription aux conservateurs.

La question linguistique pourrait aussi devenir un boulet.

Lors de la campagne fédérale de 2015, M. Harvey était considéré comme étant unilingue anglais. Une fois élu député, il a toutefois annoncé s’être inscrit à six heures de cours de français par semaine à son bureau d’Ottawa.

Les résultats sont mitigés. M. Harvey est capable de comprendre une question posée en français et d’y répondre, ce qui est déjà mieux que le premier ministre Higgs. C’est toutefois pénible. Après deux questions et réponses en français, notre journaliste a jugé préférable, vendredi, de poursuivre en anglais, pour des raisons de clarté, son entrevue avec le candidat au leadership libéral.

Le candidat devra faire mieux. Ce qui est vrai pour Blaine Higgs est vrai aussi pour n’importe quel candidat libéral: nous nous attendons à ce qu’il puisse s’adresser à tous les Néo-Brunswickois dans leur langue.

Heureusement pour M. Harvey, la barre est basse au Nouveau-Brunswick. Sur la scène fédérale, Stephen Harper fait office de mesure étalon. Des chefs comme Erin O’Toole et Andrew Scheer, pourtant bilingues, ont été critiqués pour la qualité de leur français. Par la force des choses, les Acadiens sont beaucoup plus tolérants.

De plus, contrairement à M. Higgs, M. Harvey ne traîne pas de squelettes anti bilinguisme. Il ne suscitera donc pas le même type de méfiance. Nous croyons toutefois qu’il devra améliorer son français s’il est sérieux dans son désir de représenter autant les Acadiens que les anglophones à l’Assemblée législative.

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