La décision de la Nouvelle-Écosse d’imposer des règles sévères aux voyageurs en provenance du Nouveau-Brunswick ne passe pas. Alors que la Transcanadienne a été bloquée en guise de protestation, cette situation est un rappel que les gouvernements ne peuvent pas nous enlever des droits de façon arbitraire, et surtout pas pour des raisons politiques qui n’ont rien à voir avec des impératifs de santé publique.

Le Nouveau-Brunswick a présenté à la fin mai sa feuille de route en trois étapes vers la levée des restrictions sanitaires. Celle-ci prévoyait que les voyageurs du reste du Canada ayant reçu au moins une dose du vaccin contre la COVID-19 soient autorisés à rentrer dans notre province sans devoir s’isoler à compter du 1er juillet.

Or, les conditions (75% des Néo-Bruns­wickois admissibles qui ont reçu une première dose et 20% des personnes âgées de 65 ans et plus qui ont reçu une deuxième dose) ont été remplies plus rapidement que prévu, à la mi-juin. Le premier ministre Blaine Higgs a donc permis le passage à la phase 2.

Iain Rankin, qui n’est premier ministre de la Nouvelle-Écosse que depuis quelques mois, ne l’a pas pris. Il a affirmé que cela ajoutait un élément de risque et a fini par imposer de nouvelles restrictions.

Parmi celles-ci, même les citoyens en provenance du Nouveau-Bruns­wick ayant reçu une deuxième dose de vaccin depuis au moins 14 jours devront s’isoler une fois rendu en Nouvelle-Écosse, et ce, jusqu’à l’obtention d’un résultat de test négatif.

La Nouvelle-Écosse est une province enclavée, dont le seul accès terrestre au reste du continent passe par le Nouveau-Brunswick. L’annonce du prolongement des restrictions y a été très mal accueillie. Iain Rankin est accusé de brimer les droits de tous ses concitoyens afin de mener une vendetta avec Blaine Higgs et d’être revenu sur sa parole.

Il faut dire que M. Higgs n’a rien fait pour éteindre le feu qui couvait. Il n’a pas jugé bon de consulter ses partenaires de l’Atlantique avant de changer les règles du jeu. M. Rankin affirme aussi avoir tenté de joindre M. Higgs pour discuter de la situation il y a de cela plusieurs jours, mais en vain.

Nous ne sommes pas surpris.

Blaine Higgs ne s’est jamais distingué par sa capacité à tisser des liens, en particulier avec ceux qui ne portent pas les mêmes couleurs politiques que lui (les libéraux sont au pouvoir en Nouvelle-Écosse).

Dans ce qui a tous les airs d’un coup de tête, le premier ministre Rankin a imposé des restrictions aux voyageurs en provenance du Nouveau-Brunswick, sans faire la preuve qu’elles sont efficaces, justifiées et nécessaires.

Cela lui est retombé dessus. Une députée de l’opposition a lancé un appel à la mobilisation, qui a été entendu.

Les quatre premiers ministres de l’Atlantique ont discuté mercredi, mais n’ont pu dénouer l’impasse.

La GRC a dû de son côté se résoudre à intervenir. En effet, le blocus routier a des conséquences. Il y a un hôpital à Amherst, tout près de la frontière néo-brunswickoise. Des patients mais aussi des professionnels de la santé n’ont pu se rendre à destination.

Nous croyons que le gouvernement néo-écossais doit marcher sur son orgueil et reculer. Et pas seulement en raison du blocus.

Il n’est pas facile de rester du bon côté de la ligne, entre les restrictions nécessaires et celles qui ne le sont pas.

Prenons l’exemple du Nouveau-Bruns­wick. Le choix de fermer nos frontières au reste du Canada pendant la majeure partie de la crise de la COVID-19 était le bon et a contribué à sauver des vies.

Par contre, l’exclusion initiale du Témis­couata et d’Avignon de la bulle de l’Atlantique, alors que la pandémie était maîtrisée dans ces régions, était inacceptable. L’inter­diction aux élèves de Listuguj de fréquenter leur école à Campbellton était honteuse. Forcer les voyageurs à rester en liberté surveillée dans un hôtel choisi par le gouvernement l’était tout autant.

Restreindre les droits et les privilèges d’une population est une responsabilité immense. Cela ne peut être fait à la légère.

Dans ce cas-ci, rien ne démontre que le passage accéléré du Nouveau-Brunswick à sa deuxième phase de déconfinement, incluant l’ouverture des frontières aux autres provinces, a un impact négatif sur notre situation sanitaire et celle de nos voisins.

Blaine Higgs a raison de maintenir le cap.

La Nouvelle-Écosse a agi de façon précipitée et imprudente. Elle en subit les conséquences économiques, politiques et sociales. Il n’est pas trop tard pour qu’elle reconnaisse son erreur.

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