Avec la découverte de 751 nouvelles sépultures anonymes sur le site d’un ancien pensionnat autochtone en Saskatchewan, plusieurs s’interrogent à savoir s’il faut organiser des célébrations de la fête du Canada cette année. Des communautés ont tranché. Elles passeront leur tour. Cette décision est parfaitement justifiable. Ce pan d’histoire est une honte pour notre pays.

Pendant plus d’un siècle, le gouvernement canadien a ordonné d’arracher des enfants autochtones à leurs parents afin de les assimiler dans des pensionnats un peu partout au pays. Plusieurs ont fini par y trouver la mort, victimes d’agressions sexuelles et de mauvais traitements.

Si vous avez reçu votre éducation dans le système scolaire néo-brunswickois, il y a de fortes chances que vous en sachiez très peu à propos de cette politique raciste cautionnée par le gouvernement du Canada, le clergé et les autorités policières.

En gros, la place des Autochtones dans les manuels scolaires se résumait au fait qu’ils étaient présents sur le territoire à l’arrivée des explorateurs comme Jacques Cartier et Samuel de Champlain.

Des efforts ont eu lieu au cours des dernières années afin de rectifier la situation. Chaque année, le 30 septembre, les écoles de la province soulignent la Journée du chandail orange, qui visent à reconnaître l’horreur des pensionnats autochtones et à rendre hommage aux survivants.

C’est une ancienne élève de ce réseau de pensionnats, Phyllis Webstad, qui a inspiré ce concept partout au pays en racontant s’être fait enlever sa chemise orange à l’âge de 6 ans, lors de sa première journée d’école. La couleur est depuis devenue un symbole de toutes les injustices subies par les peuples autochtones.

Si vous n’avez pas le goût de lire sur le sujet, faites au moins une recherche à l’aide de Google en utilisant comme mots clefs le nom du peintre Kent Monkman. Sa peinture, intitulée Le cri, vous permettra en un coup d’oeil d’imaginer ce qu’ont vécu des générations de familles autochtones.

La découverte de centaines de sépultures anonymes, d’abord à Kamloops, en Colombie-Britannique (215 enfants), puis en Saskatchewan (751 sépultures), nous ramène notre lourd passé en plein visage. Et cette fois, plus question de balayer tout ça sous le tapis et de faire comme si cela n’avait pas eu lieu.

C’est dans ce contexte que des communautés ont choisi de ne pas organiser de célébrations officielles de la fête du Canada cette année.

La fête en tant que telle n’est pas annulée. Le 1er juillet sera férié comme à l’habitude. Néanmoins, un nombre grandissant de conseils municipaux ont jugé qu’il serait indécent d’organiser des célébrations avec lever du drapeau, l’Ô Canada et un gâteau décoré avec une grosse feuille d’érable rouge en son centre.

Au Nouveau-Brunswick, Cap-Pelé a été la première municipalité à tout annuler. «Bien que les Canadiens aient beaucoup de raisons d’être fiers et de célébrer, nous pensons que cette année, il est plus important que jamais de s’éduquer et de réfléchir sur les périodes plus sombres dans l’histoire de notre pays», a tranché le conseil.

Plusieurs autres villes suivront cet exemple, y compris Moncton, Fredericton et Bathurst. Elles ont jugé, avec raison, que l’heure est à la réflexion et à la réconciliation, pas à la fête.

D’autres communautés préfèrent toutefois aller de l’avant avec les activités prévues. Elles jugent que l’histoire du Canada ne se résume pas uniquement à la façon dont nous avons traité les Autochtones, que notre pays a accompli aussi de belles choses et qu’il mérite d’être célébré.

Vous savez quoi? Ces gens-là ont raison aussi.

Le Canada est un pays magnifique. La plupart d’entre nous sont chanceux d’y vivre. Il est légitime de vouloir le célébrer.

Nous invitons toutefois à le faire tout en trouvant une façon de souligner la tragédie vécue par les peuples autochtones. Cela peut être fait de différentes façons, par exemple avec des représentants d’une Première Nation voisine lors des cérémonies officielles. Ou encore en mettant le drapeau canadien en berne, tout de suite après l’avoir hissé, et en ordonnant une minute de silence après l’hymne national.

Évitez surtout de vous cacher la tête dans le sable. N’imitez pas le chef conservateur Erin O’Toole, qui a critiqué ceux qui annulent les célébrations en se vantant que l’année prochaine – à supposer qu’il devienne premier ministre – il donnera son aval à «la plus grosse fête du Canada que le pays n’aura jamais vue».

Ce que le Canada a fait subir aux Autochtones est une honte nationale. Il est temps de le reconnaître. En parler le 1er juillet est un bon point de départ.

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