Le débat ne date pas d’hier et ne prendra pas fin avec la publication de cet éditorial. Allons néanmoins droit au but: la Municipalité régionale de Tracadie a raison d’augmenter le salaire de son maire. De même, nous appuyons la volonté des membres de la Société de l’Acadie du N.-B. de bonifier la rémunération du président de l’organisme.

Deux annonces salariales ont fait réagir l’opinion publique dans les dernières semaines, bien qu’on ne parle pas ici de scandales ni de controverses.

Le maire de Tracadie, Denis Losier, reçoit un salaire de 45 000$ par année. Le conseil prévoit ajuster celui-ci à la hausse. Cela lui permettrait d’avoir une rémunération annuelle évaluée entre 67 000$ et 72 200$. Un bon de 49% à 60%, dépendant de ce qui sera décidé.

À la SANB, l’augmentation sera encore plus significative. Le salaire du président, Alexandre Cédric Doucet, passera de 45 000$ à 75 000$ annuellement (+67%).

Dans les deux cas, les critiques ne se sont pas fait attendre.

Une conseillère municipale de Tracadie, Dianna May Savoie, croit que le moment est bien mal choisi. Elle rappelle que les contribuables ont eu droit à une hausse de taxe foncière importante en 2019. Elle précise que plusieurs de ces concitoyens vivent des moments difficiles, en particulier avec la crise de la COVID-19. Et c’est sans compter que Tracadie doit prendre des décisions concernant l’entretien des routes rurales. Des millions de dollars sont en jeu.

Mme Savoie (et les personnes qui partagent son opinion) a raison sur toute la ligne. Tout cela est véridique et vérifiable.

L’ennui, c’est qu’il y aura toujours une crise, une hausse de taxation impromptue ou une décision cruciale à l’horizon pour justifier le statu quo. À un certain moment, il faut trancher.

La conseillère Savoie affirme d’ailleurs être en faveur d’une bonification du salaire de son maire, «mais pas aussi élevée que ce que l’arrêté propose».

C’est là où nous différons d’opinion. Avec sa déclaration, Mme Savoie tombe dans l’arbitraire. Elle ne nous dit pas comment déterminer ce qui est trop ou pas assez.

Or, ce n’est pas la voie choisie par le conseil municipal de Tracadie. Celui-ci s’est plutôt tourné vers l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick, laquelle a rédigé un guide en 2017. À l’aide de critères comme la population et l’assiette fiscale, une municipalité peut déterminer une rémunération juste et équitable pour les membres de son conseil.

Historiquement, la plupart des municipalités ont sous-payé leurs élus. Augmenter publiquement son propre salaire, ça ne parait pas bien. Mais grâce à l’AFMNB, villes et villages peuvent désormais s’appuyer sur une grille d’analyse et justifier plus facilement leur paie auprès de leur population.

Faire passer la rémunération du maire de Tracadie de 45 000$ à 67 000$ ou plus n’est pas exagéré ni de la gourmandise. C’est plutôt faire la démonstration que M. Losier et ses prédécesseurs étaient sous-payés.

De leur côté, les membres de la Société de l’Acadie du N.-B. ne peuvent pas s’appuyer sur une grille d’analyse comme celle de l’AFMNB pour déterminer les émoluments du président. Ils ont donc choisi de lui offrir un salaire de base (75 000$, plus 14 000$ pour les dépenses de déplacement et de restauration) qui se rapproche de celui d’un député provincial. Ceux-ci gagnent 85 000$ par an à Fredericton.

Là aussi, des préoccupations légitimes se sont fait entendre. Faudra-t-il diminuer le salaire si le prochain président de l’organisme ne fait pas du bon travail? Ne faudrait-il pas plutôt demander à un consultant externe d’évaluer la valeur des responsabilités attribuées à ce poste?

En fin de compte, la SANB doit surtout se rappeler qu’une grande partie de sa légitimité dépend de la crédibilité de son président.

Quand Alexandre Cédric Doucet prend la parole dans l’espace public, il faut que ses propos résonnent et importent autant au sein de la population en général que chez les décideurs. Son influence dépend de la crédibilité que lui accordent ses membres, les Néo-Brunswickois francophones et les gouvernements provincial et fédéral.

C’est ce qui fait que le gouvernement provincial, peu importe sa couleur, délègue généralement un élu (un ministre ou le premier ministre) à l’assemblée générale annuelle. C’est ce qui explique aussi que le premier ministre rencontre chaque année le président de la SANB autour du 15 août.

Une grande partie de tout ça part du président. À 75 000$, ce n’est pas trop cher payé annuellement pour améliorer ses chances de recruter et de retenir la perle rare.

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