Fredericton continuera de rendre à six communautés mi’kmaques la plus grosse part des taxes prélevées sur leur territoire jusqu’à la fin de 2023, le temps de négocier une nouvelle entente. Il s’agit d’un changement de ton de la part d’un gouvernement qui, trop souvent, traite les Premières Nations avec condescendance.

La nouvelle est tombée au début de la semaine, avant la fête du Canada.

Ce n’est pas une coïncidence.

Le premier ministre Blaine Higgs a ordonné à la mi-avril de mettre fin aux versements de millions de dollars aux Premières Nations.

En vertu de ces accords, le gouvernement provincial rembourse 95% des huit premiers millions de dollars perçus en taxe de vente provinciale et 70% des montants perçus par la suite. En 2019-2020, ces versements ont totalisé 47 millions $. Des miettes dans un budget provincial dont les dépenses dépassent 10 milliards $ annuellement.

Précisons que ces accords, créés en 1994, sont uniques au Nouveau-Brunswick. Les Premières Nations sont de juridiction fédérale. Normalement, ce serait à Ottawa de négocier des paiements de transferts avec les communautés autochtones. Pas à Fredericton.

Blaine Higgs n’apprécie manifestement pas ces ententes et a décidé unilatéralement d’y mettre fin. C’est au cours de cette conférence de presse et dans les heures qui ont suivi qu’il a fait quelques déclarations malheureuses. Il a indiqué que ces accords «se sont avérés injustes» et qu’elles ont permis la création de communautés «super-riches».

On ne peut s’empêcher de noter l’immense différence entre la façon dont le gouvernement Higgs traite les municipalités et les Premières Nations.

Le ministre des Gouvernements locaux et de la Réforme de la gouvernance locale, Daniel Allain, planifie depuis des mois une réforme majeure. Il a entrepris une grande tournée de consultations, il a déposé un livre vert comprenant plusieurs «possibilités», présentera ses intentions dans un livre blanc, s’entoure d’experts et est à l’écoute du monde municipal.

Nous ignorons si la réforme sera bien accueillie ni si elle sera une réussite, mais personne ne pourra accuser le ministre de l’avoir préparée en cachette sur un coin de table.

Pendant ce temps, l’annonce de la fin des accords de remboursement est tombée par surprise. Une fin brutale, sans consultation et sans avertissement. Surtout, un traitement indigne à l’égard des Premières Nations qui réclament depuis toujours d’être traitées comme des égaux.

Entretemps, la question autochtone est revenue dans l’actualité d’une manière que personne n’aurait pu prévoir, quand des restes d’enfants ont été retrouvés enterrés sur le site d’anciens pensionnats autochtones.

Il était connu depuis des années que des milliers d’entre eux, arrachés de force à leurs parents et à leur communauté, avaient perdu la vie dans ces institutions d’horreur pensées pour assimiler, humilier et maltraiter la jeunesse autochtone.

La découverte d’ossements et de tombes a toutefois permis à un grand nombre de gens de mieux réaliser, concrètement, ce qui s’est produit dans ces lieux lugubres.

Le gouvernement Higgs a vu l’évolution de l’opinion publique et a compris qu’il devait adoucir son discours. Le premier ministre a ainsi participé à la marche orange de Fredericton, le 1er juillet, qui a remplacé les festivités habituelles de la fête du Canada.

C’est aussi dans ce contexte qu’il a mis fin à sa stratégie de forcer les Premières Nations à négocier avec un fusil sur la tempe. Pour certaines d’entre elles, les accords venaient à échéance ce mois-ci. Elles viennent de gagner un sursis d’un peu plus de deux ans.

À court terme, l’impact financier sera minime sur le gouvernement. Les Mi’kmaqs ne sont pas les principaux bénéficiaires de ces remboursements de taxe. Des Premières Nations wolastoqeys, mieux situées le long du fleuve Saint-Jean (et donc, de la Transcanadienne), ont su tirer profit de leur position géographique avantageuse pour développer leur économie.

Il reste maintenant à voir si le gouvernement négociera de bonne foi ou s’il ne fait que gagner du temps.

Le Nouveau-Brunswick a une responsabilité à l’endroit des Premières Nations. Nous avons aussi une histoire de racisme systémique et de discrimination à leur endroit.

Nous ne devons pas faire preuve de jalousie à l’endroit des quelques communautés autochtones qui réussissent à tirer leur épingle du jeu. Le devoir du gouvernement est d’appuyer leur développement.

Le remboursement d’une portion de la taxe provinciale aux Autochtones est un rare outil financier qui a fait ses preuves. Il doit être maintenu.

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