Le gouvernement Higgs se flatte d’être non interventionniste. Il croit en la force du libre marché et se méfie comme la peste des nouveaux programmes et des dépenses qui les accompagnent. Il y a toutefois une exception: la grande industrie où, comme par hasard, oeuvre l’ancien employeur du premier ministre.

Par le biais d’Énergie NB, le gouvernement provincial subventionne les six principales usines de production de pâtes et papiers de la province. La moitié d’entre elles sont la propriété de JD Irving.

Sans doute pour éviter des mesures protectionnistes de la part des États-Unis, Frede­ricton fait par la porte arrière ce qu’il ne peut pas faire directement.

Au lieu d’annoncer des subventions, il achète plutôt à ces entreprises leur électricité au prix de 106,91$ par mégawatt-heure. Elle leur revend ensuite celle-ci à environ 72$ par mégawatt-heure. Ce sont des millions de dollars qui sont ainsi pompés directement dans les poches de ces grands employeurs.

Ce généreux programme réservé à l’industrie forestière a été mis en place en 2012 par les progressistes-conservateurs. Blaine Higgs était alors ministre des Finances.

Aujourd’hui premier ministre, M. Higgs et son gouvernement ont augmenté discrètement de 12,5% le prix payé par Énergie NB. Il sera indexé à l’indice des prix à la consommation et augmentera donc chaque année.

Évidemment, le gouvernement s’est bien gardé d’annoncer sa décision en conférence de presse. Il aura fallu le travail de la CBC pour déterrer cette histoire qu’on aurait bien voulu garder secrète dans la capitale.

Les doléances de l’industrie des pâtes et papiers concernant le prix de l’énergie sont connues depuis longtemps. En 2002, la multinationale Bowater, alors propriétaire d’une usine (aujourd’hui fermée) à Dalhousie, justifiait une partie de ses pertes par «l’augmentation saisonnière des coûts d’électricité».

Lors du Silvicon 2005, qui a réuni l’industrie forestière pendant trois jours à Fredericton, un porte-parole, Yvon Poitras, a déclaré: «Si Énergie NB va de l’avant avec une augmentation qui n’est pas raisonnable, il faudra répliquer. On est plutôt habitué à manger des claques. Les dirigeants d’Énergie NB seront peut-être raisonnables. On verra bien.»

Même dans leurs rêves les plus fous, les dirigeants de cette industrie ne réalisaient pas à quel point le gouvernement provincial finirait par devenir «raisonnable».

Il faut dire que celle-ci a passé à travers plusieurs tempêtes. Des usines ont fermé leurs portes. Des milliers d’emplois extrêmement bien rémunérés ont disparu en fumée. Croyez-vous que les anciens employés de la Smurfit-Stone, à Bathurst, ou de UPM à Miramchi, se seraient opposés aux généreux remboursements d’Énergie NB si cela avait permis de sauver leurs emplois?

Ces usines jouent un rôle crucial dans les communautés où elles sont établies. La fermeture de Twin Rivers, par exemple, serait vue comme une catastrophe pour Edmund­ston et tout le Madawaska.

Il est donc normal que les gouvernements fassent des pieds et des mains pour les appuyer. Il l’a fait souvent par le passé. En décembre 2007, le gouvernement libéral de Shawn Graham a annoncé une aide de 17 millions $ à l’usine AV Cell d’Atholville.

L’année suivante, ce même gouvernement débloquait 40 millions $ pour moderniser l’usine d’Edmundston et une scierie de Plaster Rock. «Nous voulons assurer la survie de Fraser Papers (l’ancien nom de Twin Rivers)», avait justifié le premier ministre.

Personne n’avait déchiré sa chemise à l’époque, bien au contraire.

Cette fois-ci, par contre, la situation est différente.

Insistons d’abord sur le caractère hypocrite de cette subvention. Cette aide est accordée en secret, sans le moindre débat public. En accordant celle-ci en douce à travers Énergie NB, le gouvernement passe la facture aux clients de la société de la Couronne (déjà endettée de 4,3 milliards $) et affiche ainsi un meilleur bilan financier.

De plus, cette aide financière est permanente, sans égard à la santé financière des bénéficiaires.

Ce dernier point est important. La situation a considérablement évolué depuis la crise qui a frappé l’industrie au début des années 2000. Elle fait aujourd’hui de l’argent comme de l’eau, résultat d’une spectaculaire hausse des prix depuis le début de la pandémie.

Surtout, elle n’a pas fait la démonstration qu’elle a besoin d’être subventionnée de cette manière année après année.

Que ce soit en appuyant les demandes de tarifs d’Irving Oil, en interdisant aux citoyens d’utiliser le bois de leurs terres pour construire un cabanon (la politique a depuis été annulée) ou en utilisant Énergie NB pour subventionner les géants forestiers ainsi que des pâtes et papiers, le premier ministre Higgs choisit systématiquement le camp de la grande industrie et de son ancien patron plutôt que celui des contribuables.

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