La décision du gouvernement français d’interdire à ses citoyens non vaccinés l’accès aux cafés, centres commerciaux et autres endroits du genre fait réagir dans ce pays, mais aussi à travers le monde, y compris au Canada. Au Nouveau-Brunswick, le premier ministre Blaine Higgs ne montre toutefois aucun intérêt pour le passeport vaccinal. Est-ce une erreur?

Le président français Emmanuel Macron vient d’imposer ce que nos cousins d’outre-mer appellent un «pass sanitaire». Seuls les détenteurs de ce passeport vaccinal ainsi que les personnes qui auront subi un test de dépistage négatif dans les 48 heures précédentes pourront entrer dans de multiples lieux publics, notamment les restaurants, les bars, les maisons de retraite, les trains et les avions.

À cela s’ajoute la vaccination obligatoire pour les soignants. À compter du 15 septembre, les employés des hôpitaux et des foyers ne pourront plus y travailler s’ils n’ont pas été immunisés.

La stratégie française est basée sur une prémisse, soit que la plupart des non vaccinés le sont pour des raisons égoïstes.

Il existe bien sûr de nombreuses personnes qui ne changeront jamais d’idée, peu importe les circonstances, pour des questions de principe ou religieuses, par peur ou parce qu’elles sont dans la mouvance complotiste.

C’est leur droit.

Par contre, une majorité des vaccino-hésitants finiront par se faire vacciner si cela est nécessaire à leur petit bonheur. Non à la vaccination, sauf si on m’y oblige pour aller visiter ma famille dans une autre province ou si cela m’empêche de m’envoler vers ma destination soleil favorite.

La France a poussé cette logique au maximum. L’impact a été immédiat.

Dans les heures qui ont précédé et suivi l’annonce, plus d’un million de Français ont pris rendez-vous. Tous des gens qui refusaient jusqu’alors de se faire immuniser, mais qui ont changé d’idée parce qu’ils craignent de ne plus pouvoir aller au restaurant ou d’entrer dans une salle de spectacle.

Cette stratégie fera des petits. D’autres pays et juridictions aux prises avec la COVID-19 seront tentés d’imiter le modèle français. Le Nouveau-Brunswick sera-t-il du lot? Surtout, devrait-il l’être?

La réponse courte est non. Le Nouveau-Brunswick n’est pas la France.

Si le président Macron a fini par se résoudre à imposer à aussi grande échelle son «pass sanitaire», c’est parce qu’il juge ne plus avoir le choix.

L’Hexagone est aux prises avec une forte recrudescence de la pandémie, et ce, alors que la campagne de vaccination était au ralenti. Le variant Delta, réputé être trois fois plus contagieux que la première souche du coronavirus, y fait des ravages. La quantité de nouveaux cas explose; le nombre de malades en soins critiques est élevé.

C’est tout le contraire de ce qui se passe au Nouveau-Brunswick.

La Santé publique n’a signalé aucun nouveau cas de COVID-19 au cours des neuf derniers jours. Près de 80% des Néo-Brunswickois ont une première dose d’un vaccin et 53% ont reçu leur deuxième dose.

Ces pourcentages sont beaucoup plus faibles en France.

Il n’y avait que deux cas actifs dans notre province en date de mercredi. Surtout, il n’y a présentement aucune personne hospitalisée en raison de la COVID-19.

Certains s’interrogent néanmoins à savoir s’il n’est pas imprudent d’attendre que la situation se détériore et que les morts s’accumulent, comme c’est déjà le cas dans plusieurs États américains, avant d’imposer le passeport vaccinal.

La position éditoriale de l’Acadie Nouvelle a toujours été claire sur le sujet. Les gouvernements ont le devoir et la responsabilité d’imposer des restrictions, aussi sévères soient-elles, afin de venir à bout de cette pandémie et de protéger la population.

Ces limites à nos libertés doivent toutefois être justifiées.

Le gouvernement de Blaine Higgs a franchi quelques fois cette ligne depuis le début de la pandémie.

Au cours des derniers mois, l’Acadie Nouvelle a notamment dénoncé en éditorial le blocus imposé par le Nouveau-Brunswick aux travailleurs étrangers, l’obligation à toute personne entrant dans la province de s’isoler dans un hôtel choisi par le gouvernement, le refus initial de créer des minibulles avec les régions frontalières québécoises et l’interdiction faite aux enfants de la Première Nation de Listuguj de fréquenter leur école à Campbellton.

L’imposition d’un passeport vaccinal pour pénétrer au Nouveau-Brunswick, pour entrer dans un commerce ou pour se rendre dans un endroit public entre pour l’instant dans cette catégorie.

Pour imposer une telle chose dans notre propre province, Fredericton devra faire la preuve que cela est absolument nécessaire.

Nous n’en sommes pas là.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle