La décision du gouvernement Higgs de devancer la levée des restrictions se défend même si, paradoxalement, elle représente aussi un aveu d’échec.

Le gouvernement provincial et la Santé publique ont annoncé la semaine dernière que le Nouveau-Brunswick passera en phase verte dans la nuit de vendredi à samedi. Cela signifie que nous reviendrons à la «vie normale». Ce sera la fin des restrictions liées aux voyages, aux frontières provinciales et aux rassemblements. Terminée aussi l’obligation de porter le masque en public (quoique de nombreux commerces et organismes continueront de l’exiger).

Ajoutons à cela qu’Ottawa rouvrira la frontière internationale aux Américains pleinement vaccinés le 9 août. Bref, les nouvelles sont excellentes sur tous les fronts.

Ces annonces sont rendues possibles en raison de la baisse du nombre de cas de COVID-19 au Canada, de la réduction du nombre d’hospitalisations et d’un fort taux de vaccination. Ces trois statistiques sont liées. Si les antivax avaient eu le dernier mot, nous serions plutôt en confinement et nos hôpitaux seraient débordés.

Ça va mieux, ça va même bien, parce que la majorité d’entre nous avons suivi les restrictions sanitaires, puis avons choisi de se faire vacciner.

Ce n’est pas plus compliqué que cela.

Dans notre province, plus de 81% des Néo-Brunswickois âgés de plus de 12 ans ont reçu une première injection, alors que plus de 64% sont pleinement vaccinés. Ce sont ces statistiques et la conséquence de celles-ci (peu de cas de COVID-19, aucune hospitalisation) qui ont poussé le gouvernement Higgs a devancé l’échéancier.

Sa décision reste néanmoins surprenante.

En effet, le plan de déconfinement prévoyait le passage en phase verte quand 75% de la population éligible aurait reçu sa deuxième dose. Les autorités planifiaient atteindre cette cible autour de la fête du Nouveau-Brunswick, le 2 août.

Un ralentissement marqué de la campagne de vaccination laissait toutefois présager un retard, si bien que la levée des restrictions n’était désormais prévue qu’une semaine plus tard, peut-être même à la mi-août.

Le gouvernement Higgs reconnaît tout cela. Il estime qu’environ 70% des gens éligibles seront vaccinés d’ici vendredi, ce qui est soudainement devenu suffisant à ses yeux.

Nous avons déjà vu le premier ministre être moins compréhensif.

La première étape de déconfinement, qui comprenait notamment l’ouverture des frontières avec les provinces de l’Atlantique, le Témiscouata et Avignon, devait avoir lieu quand 75% des Néo-Brunswickois éligibles auront reçu leur première dose du vaccin.

Or, la cible a été atteinte plus tard que prévu. Le 11 juin, le taux de vaccination était de 73,6%. Le 13 juin, il était à 74,6%. Le lendemain, c’était 74,8%.

Chaque fois, le gouvernement n’a pas bronché. Ce n’est que le mardi 15 juin, quand le pourcentage a atteint 75,1%, que le plan a été enclenché. «Ça y est, nous y sommes arrivés!», avait célébré la médecin-hygiéniste en chef, la Dre Jennifer Russell.

Cette fois-ci, Fredericton ne joue pas avec les virgules. Le taux de double vaccination, en date de lundi, était de 64,4%, bien loin de la cible des 75%. Et pourtant, la province appuie sur l’accélérateur.

Comment expliquer ce changement majeur d’attitude?

Blaine Higgs a été avare d’explications. Nous savons toutefois que la situation a évolué depuis juin.

Au moment du passage à la première phase, le Nouveau-Brunswick comptait 85 cas actifs de COVID-19, contre seulement six lundi. La situation s’est aussi beaucoup améliorée à travers le Canada, notamment dans la province voisine du Québec.

En tenant compte de cela, il est permis de croire que le gouvernement et la Santé publique, sans avoir complètement baissé les bras, ont accepté le fait qu’un pourcentage notable de la population refusera toujours de se faire immuniser.

Plutôt qu’attendre que la cible magique soit atteinte, ils ont donné le feu vert au déconfinement, même si cela enlève un incitatif à la population pour se faire vacciner.

Est-ce la bonne décision?

Ce n’est pas facile de répondre. L’objectif de 75% a toujours été arbitraire. Dans le fond, pourquoi pas 70% ou 80%? Ou même 90%!

Au final, tout revient à une évaluation des risques. Y a-t-il une possibilité, même faible, qu’en mettant fin de façon prématurée à l’état d’urgence, que les éclosions augmentent? Que notre système de santé soit dépassé par les événements? Que les morts se multiplient?

Rien n’est impossible. Mais depuis le début de la pandémie, le Nouveau-Brunswick a brillé dans sa capacité à limiter les effets de la pandémie. Nous avons mérité, collectivement, cette marque de confiance.

Va pour la levée des restrictions sanitaires le 30 juillet, même si les double vaccinés sont moins nombreux que nous l’aurions espéré.

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