Les Jeux olympiques auraient pu – et probablement dû – être annulés pour cause de pandémie. Ils ont lieu envers et contre tous, dans un pays (le Japon) qui n’en veut plus et où la COVID-19 se propage à une vitesse fulgurante. Ils sont malgré tout un succès, grâce aux athlètes qui brillent de mille feux dans des conditions extrêmes.

Les Jeux olympiques sont une drôle de bête.

Ils ont tout pour se faire détester. Ils auraient dû depuis longtemps s’écrouler sous le poids de leur gigantisme, des dépassements de coûts perpétuels et gargantuesques, de la corruption, de la tricherie, de leur tolérance au dopage, leur copinage avec les dictatures ainsi que de leurs règles rétrogrades et même sexistes (pensez au code vestimentaire imposé aux volleyeuses de plage).

Et pourtant! Les démons olympiques finissent toujours par être balayés sous le tapis, laissant ainsi toute la place aux athlètes et à leurs exploits.

Cette année ne fait pas exception.

Les Jeux d’été ont été repoussés d’une année en raison de la COVID-19. Ils ont lieu sans spectateurs. L’enthousiasme n’y était pas. Puis, les compétitions ont débuté et la magie a fait son œuvre.

De notre point de vue, la grande histoire est celle des athlètes féminines canadiennes, qui ont remporté les 13 premières médailles du Canada. Du même coup, la morosité et l’indifférence ont fait place à l’excitation.

Les nageuses ont été particulièrement exceptionnelles, avec à l’avant-plan Penny Oleksiak, qui a remporté avec l’aide du relais la 7e médaille olympique de sa carrière.

Quand les Canadiens brillent dans un sport en particulier, cela a souvent un effet d’entraînement. Les clubs de natation pourraient bien voir une augmentation du nombre de recrues cet automne.

Les athlètes olympiques sont une source d’inspiration, et pas seulement ceux qui remportent des médailles. Des performances comme celle du Canadien Mohammed Ahmed, 4e au 5000 mètres à Rio en 2016 et 6e au 10 000 mètres la semaine dernière à Tokyo, pèsent plus lourd que bien des médailles. Pensez aussi aux plongeuses Meghan Benfeito et Caeli McKay, qui ont terminé à un minuscule demi-point du bronze. McKay était blessée. L’image de sa coéquipière la transportant sur son dos, à la fin de l’épreuve, était émouvante.

En Acadie, les regards étaient tournés samedi soir en direction de Geneviève Lalonde.

En raison d’une très discutable décision de Radio-Canada de ne pas diffuser sa course de qualification en direct, il a fallu attendre tard en soirée pour voir en action la coureuse de Moncton, spécialiste du 3000 mètres steeple (il était toutefois possible de la voir en direct sur le web). Ceux qui ont veillé n’ont toutefois pas été déçus.

Elle s’est qualifiée sans trop de difficultés pour la finale olympique. Un exploit immense, qu’il est facile de sous-estimer, dans un sport dominé par les représentantes de l’Afrique et sans véritable tradition au Canada.

Geneviève Lalonde n’est pas la plus grande olympienne de l’histoire du N.-B. Des athlètes comme Marianne Limpert, en natation, et Catharine Pendrel, en cyclisme, sont médaillées olympiques. Elle n’est pas la première Acadienne à se rendre aux JO. Joël Bourgeois et Milaine Thériault ont ouvert la voie.

Néanmoins, en cette ère de médias sociaux où tous les résultats sont disponibles en quelques clics, Lalonde est probablement l’athlète acadienne à avoir inspiré le plus grand nombre de sportifs en Acadie.

À 29 ans, elle a désormais peu en commun avec la jeune athlète qui était surexcitée après avoir réalisé de justesse son rêve de se qualifier pour une finale olympique en 2016 et qui avait ensuite terminé 16e.

Sous un soleil de plomb, sans spectateurs et dans une humidité étouffante, Geneviève Lalonde a réalisé la meilleure course de sa vie. Derrière le trio de tête, mais devant le reste du peloton, seule au monde, elle a parcouru les sept tours de piste, franchi 35 obstacles, battu le record canadien, réalisé le 8e meilleur temps de la journée et assuré sa qualification pour sa deuxième finale olympique.

Elle sera de retour sur piste mercredi. Elle ne remportera pas de médaille, mais elle ne jouera pas non plus les figurantes. Surtout, elle sera – encore une fois – une source d’inspiration. Les jeunes seront nombreux, en voyant une Acadienne aux Olympiques, à avoir le goût de lacer leurs espadrilles afin de courir et de sauter “comme Geneviève”.

La machine olympique nous donne toutes les raisons au monde d’être cynique. Mais les athlètes qu’elle met en vedette n’ont pas encore perdu la capacité de nous faire rêver.

Y compris ici, dans notre petit coin d’Acadie.

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