Le secret le moins bien gardé d’Ottawa a été éventré, dimanche matin, avec la visite du premier ministre Justin Trudeau à la résidence de la gouverneure générale. Nous voilà donc en campagne électorale. Des élections que personne ne veut, qui ont lieu en pleine pandémie et qui ont été déclenchées dans un unique but: offrir au gouvernement libéral une majorité.

Nous parlerons de plusieurs enjeux importants d’ici le 30 septembre, jour du scrutin. Les chefs politiques partageront leur vision concernant le programme national de garderies à 10$ des libéraux, d’un plan de retour à l’équilibre budgétaire, de transferts en santé, de changements climatiques (en particulier avec les incendies de forêt qui ravagent la Colombie-Britannique) et bien plus encore.

Ne soyez toutefois pas dupes. La véritable question de l’urne est: «Voulez-vous donner un mandat majoritaire de quatre ans au Parti libéral?» C’est en effet la seule raison pour laquelle nous sommes en élections.

Le gouvernement Trudeau était minoritaire, mais stable. Il avait la confiance de la Chambre des communes, grâce à l’appui du Nouveau Parti démocratique. Rien ne le forçait à aller aux urnes.

Or, les plus récents sondages sont positifs pour les libéraux. Les partis d’opposition ont connu leur part de problèmes dans les derniers mois. La 4e vague de la pandémie a débuté, mais ses effets ne se font pas encore pleinement sentir.

Ce sont ces éléments qui font croire aux stratèges libéraux que c’est maintenant ou jamais que ça se joue pour la majorité.

La pandémie est l’élément X de cette campagne électorale, le grand facteur que personne ne peut contrôler.

Il est en effet possible d’organiser des élections malgré la COVID-19, comme l’a prouvé le Nouveau-Brunswick l’année dernière. Cela peut par contre tourner à la catastrophe, comme ce fût le cas à Terre-Neuve-et-Labrador au début de l’année.

En attendant, il est intéressant de constater que c’est le chef conservateur qui s’est retrouvé sur la défensive lors du premier jour de campagne. Alors que ses adversaires politiques ont fait savoir que tous leurs candidats étaient vaccinés, Erin O’Toole a maladroitement tenté de contourner la question.

Croit-il, comme Justin Trudeau, que tous les fonctionnaires fédéraux devraient être obligatoirement vaccinés? Encore une fois, M. O’Toole a patiné. Ce n’est que le lendemain qu’il a reconnu être contre cette obligation.

Bref, ce sont les libéraux qui ont déclenché des élections pandémiques, mais ce sont les conservateurs qui se sont retrouvés sur la sellette. Le monde à l’envers!

Cela ramène à l’avant-plan un vieux problème des bleus, soit cette impression qu’ils cachent leurs véritables intentions concernant certains enjeux.

Il y a deux ans, Andrew Scheer avait bousillé sa campagne dès le premier débat des chefs en refusant de répondre clairement aux questions de ses adversaires concernant le droit à l’avortement.

Cette fois-ci, c’est au tour de Erin O’Toole de tenter de séduire les électeurs centristes. Il essayera de le faire sans se mettre à dos ses militants antimasque, antivaccin et contre le passeport vaccinal. Un véritable numéro d’équilibriste l’attend. Contrairement à Andrew Scheer, réussira-t-il à se maintenir debout sur le fil de fer sans tomber?

Les hésitations de M. O’Toole ont contribué à faire oublier celles de M. Trudeau.

Ne pouvant pas jeter le blâme sur ses adversaires pour cette élection anticipée, comme avait tenté de le faire Blaine Higgs avec les libéraux de Kevin Vickers en 2020, le premier ministre a choisi un autre angle d’attaque.

Il a déclaré qu’il s’agit d’un moment «historique» dans notre histoire et a accusé les chefs de l’opposition de vouloir empêcher la population d’avoir son mot à dire. Un peu plus et il les accusait de s’opposer à la démocratie!

Or, cette élection n’a rien d’historique, du moins pas plus que les scrutins provinciaux qui ont eu lieu dans la dernière année, y compris celle au Nouveau-Brunswick.

Répétons-le: nous sommes en élections parce que le Parti libéral estime qu’un gouvernement majoritaire est à portée de main.

Le chef libéral s’est d’ailleurs trouvé en difficulté, à sa sortie de Rideau Hall, quand les journalistes lui ont demandé s’il démissionnerait dans l’éventualité où il échouerait à mener ses troupes vers une majorité aux Communes. Il a refusé de répondre à de multiples reprises à la question.

Cette hésitation, plus que toutes autres déclarations depuis le début officiel de la campagne, démontre pourquoi nous sommes en élections et quel est le véritable enjeu de ce scrutin.

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