La victoire décisive des progressistes-conservateurs en Nouvelle-Écosse est un rappel que les élections ne se jouent pas sur les intentions de vote en début de campagne. Les électeurs sont à l’écoute et miseront sur le parti qui saura le mieux comprendre leurs préoccupations.

Il faut faire attention avant de voir dans le résultat d’élections provinciales une tendance qui aura des répercussions au fédéral, ou vice-versa. Les progressistes-conservateurs néo-écossais ont bien peu en commun avec les conservateurs fédéraux et leur base de l’Ouest canadien.

De même, en 2019, la victoire à l’arrachée des troupes de Justin Trudeau n’a pas été annonciatrice d’un triomphe pour Brian Gallant quelques mois plus tard au Nouveau-Brunswick, bien au contraire.

Néanmoins, la lourde défaite des libéraux de la Nouvelle-Écosse, mardi soir, a de quoi préoccuper leurs cousins à Ottawa.

Le premier ministre Iain Rankin a tenté de surfer sur son bilan et sur la satisfaction générale de l’électorat face à sa gestion de la pandémie pour arracher une majorité à l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse.

Il a cependant mené une bien mauvaise campagne marquée par des controverses et l’expulsion de deux candidates. Pendant ce temps, ses adversaires progressistes-conservateurs et néo-démocrates ont su miser sur des enjeux importants pour les électeurs, en particulier la santé et la qualité de vie.

Il y a là des leçons à tirer pour les partis d’opposition néo-brunswickois, en particulier les libéraux qui se choisiront dans les prochains mois un nouveau chef et partiront ensuite à la reconquête du pouvoir.

En 2020, Kevin Vickers n’a jamais su mettre le doigt sur le pouls de l’électorat. Il avait fait campagne sur l’importance d’avoir de bonnes relations avec le fédéral et sur le développement de l’énergie nucléaire.

Pas tout à fait des enjeux qui troublent le sommeil des citoyens.

Les priorités qui ont causé la perte des libéraux néo-écossais et qui ont mené Tim Houston et les progressistes-conservateurs à la victoire étaient d’un tout autre ordre: fermetures d’urgence, pénuries de médecins, listes d’attente, hausses faramineuses du prix des loyers, etc.

Toutes des choses qui pourraient devenir des enjeux électoraux au Nouveau-Brunswick si les partis d’opposition jouent bien leurs cartes.

Cela dit, les prochaines élections néo-brunswickoises sont prévues dans trois ans. Le scrutin fédéral aura lieu dans un mois. Ce qui vient de survenir en Nouvelle-Écosse pourrait-il se répéter sur la scène nationale?

Ce n’est pas impossible. S’il y a une leçon à retenir, c’est que les plaques tectoniques peuvent bouger, parfois plus rapidement que l’on pense.

La campagne électorale compte.

Pour le moment, personne n’a toutefois encore réussi sur la scène fédérale à mettre de l’avant un enjeu électoral majeur, comme l’ont si bien réussi les progressistes-conservateurs néo-écossais.

Les premiers jours de la campagne ont laissé toute la place à la question de la vaccination obligatoire. Ni Justin Trudeau ni Erin O’Toole n’ont brillé. Il était pourtant prévisible que cette question prendrait beaucoup de place dans la campagne, ce qui rend d’autant plus étonnantes les hésitations et les maladresses des deux principaux aspirants au poste de premier ministre du Canada.

La question des garderies à 10$ n’a pas encore levé auprès de l’électorat. Les conservateurs s’y opposent et veulent plutôt offrir des crédits d’impôt aux parents. Une stratégie qui a peu de chance de soulever l’enthousiasme.

Le sort de l’Afghanistan, retombée aux mains des talibans, a été l’enjeu-surprise jusqu’à maintenant. Justin Trudeau fait les frais de l’apparente impréparation du gouvernement canadien et de sa lenteur à rapatrier les Afghans qui ont été nos alliés sur le terrain et qui sont aujourd’hui menacés de mort.

Il y a toutefois peu de chance que le sort de ceux-ci émeuve suffisamment l’électorat pour mener l’un ou l’autre parti vers la victoire. Contrairement aux États-Unis, les élections ne se gagnent pas et ne se perdent pas au Canada sur la politique étrangère.

Les libéraux fédéraux ont balayé les 32 circonscriptions de l’Atlantique en 2015, puis en ont remporté 26 en 2019. Il y a peu de doute qu’ils triompheront encore une fois dans la majorité de celles-ci.

La question n’est pas de savoir si la carte restera rouge, mais plutôt de prédire si les libéraux grappilleront quelques gains supplémentaires. Peuvent-ils l’emporter dans les deux seules circonscriptions qui leur ont échappé en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve-et-Labrador? Maintiendront-ils tous leurs autres acquis?

Au moment du déclenchement des élections, la réponse à ces questions semblait être: oui. C’est soudainement moins certain.

Les électeurs néo-écossais ont démontré que leur vote n’est pas acquis. Ceux des autres provinces pourraient envoyer un message semblable si l’envie leur prend.

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