Le premier ministre Blaine Higgs a causé une commotion en annonçant qu’il rendra la vaccination obligatoire au sein de toute la fonction publique néo-brunswickoise. Un plan inattendu et incomplet, mais qui se défend bien.

Insistons d’abord sur le caractère surprenant de cette annonce.

Si Blaine Higgs n’a jamais hésité, au plus fort de la pandémie, à instaurer des restrictions parmi les plus sévères au Canada (notamment la fermeture des frontières provinciales), il a toutefois été beaucoup moins décisif en ce qui a trait à la vaccination.

Il a par le passé refusé de mettre en place des mesures spéciales pour encourager la population à se faire immuniser plus rapidement. Il a rejeté d’emblée l’idée d’une loto-vaccination, comme en Alberta et au Québec. Il n’a pas vraiment démontré d’intérêt pour le passeport vaccinal.

Il a par ailleurs permis le retour du Nouveau-Brunswick en phase verte et levé toutes les restrictions sanitaires même si la cible qu’il avait lui-même fixée, soit la double vaccination de 75% des citoyens admissibles, n’a toujours pas été atteinte.

Ajoutez à cela que les politiciens de droite sont généralement plus frileux à imposer des mesures vaccinales obligatoires, comme on l’a constaté avec les hésitations du chef conservateur fédéral Erin O’Toole, en début de campagne. Sans être un trumpiste, Blaine Higgs a plus en commun avec Doug Ford (le premier ministre de l’Ontario) et Jason Kenney (Alberta) qu’avec Justin Trudeau.

Bref, rien ne laissait croire que ce gouvernement réaliserait un coup d’éclat. C’est pourtant ce qu’il vient de faire.

La nouvelle exigence, annoncée mercredi, est à première vue musclée. Elle ne s’applique pas seulement aux travailleurs qui oeuvrent auprès de citoyens à risque, comme dans le système de santé, mais à l’ensemble de la fonction publique de même que dans les endroits sous réglementation provinciale.

Cela inclut donc les hôpitaux, mais également les foyers de soins, les écoles et n’importe quel lieu de travail où oeuvrent des fonctionnaires, y compris ceux en télétravail.

Tous les nouveaux employés du gouvernement devront avoir été au préalable double vaccinés. Quant à ceux qui sont déjà à l’emploi de la province, ils devront – si ce n’est pas déjà le cas – faire de même ou subir des restrictions additionnelles tels que le port du masque, la distanciation et des tests de dépistages à intervalles réguliers.

Le Nouveau-Brunswick va ainsi beaucoup plus loin que le Québec, dont le plan se limite pour le moment uniquement au personnel soignant en contact avec les patients.

Nous ignorons pourquoi Fredericton a décidé de ratisser aussi large. La hausse récente du nombre de personnes atteintes de la COVID-19 (34 cas dans la seule journée de vendredi), le fait que 88% d’entre elles n’étaient pas pleinement vaccinées et l’approche de la rentrée scolaire sont des éléments qui poussent à la réflexion.

Que penser de tout ça?

Ces nouvelles exigences doivent être saluées. Ce n’est pas tout le monde qui peut se faire vacciner. On retrouve dans les hôpitaux des malades avec un système immunitaire déficient pour qui la COVID-19 représente un risque mortel.

Le vaccin n’a pas non plus été encore approuvé pour les enfants âgés de 12 ans et moins. Certes, la COVID-19 ne fait pas de ravages au sein de cette tranche d’âge. Néanmoins, il serait contreproductif de laisser un enseignant en contact avec ses élèves sans adopter des mesures préventives.

Dans le grand portrait, tout cela aura peu d’impact sur la propagation du coronavirus. Une très forte majorité d’employés gouvernementaux sont déjà vaccinés.

Néanmoins, nous croyons que nos dirigeants doivent montrer l’exemple, en particulier auprès des vaccino-hésitants et ceux qui, par paresse ou insouciance, tardent à se faire immuniser. C’est ce que fait le gouvernement provincial.

La mesure a aussi l’avantage de ne pas brimer les droits de qui que ce soit. Personne ne se fera vacciner contre son gré. Ceux qui résistent pourront continuer de le faire. Ils devront simplement se soumettre à plus de restrictions pour leur protection et la nôtre.

Cela dit, il faudra voir comment tout ça va s’exprimer sur le plancher des vaches. Le gouvernement Higgs a fait cette annonce de façon précipitée. Il y a plusieurs zones de brouillard.

Il n’a pas pu dire quand la mesure sera mise en vigueur ni ce qui adviendra des fonctionnaires qui refuseront d’être vaccinés, d’être testés et de collaborer. Qu’en sera-t-il des nombreux fournisseurs indépendants du gouvernement? Cette initiative sera-t-elle permanente ou sera-t-elle levée advenant que le taux de vaccination provincial dépasse un certain seuil?

L’administration Higgs va dans la bonne direction, mais a encore beaucoup de questions à répondre.

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