La campagne électorale s’intensifie. Les libéraux reculent dans les intentions de vote et les partis qui forment l’opposition veulent en profiter. Cela a un effet jusqu’au Nouveau-Brunswick et dans les trois autres provinces de l’Atlantique.

Nous l’avons écrit en éditorial la semaine dernière, la domination libérale en Atlantique est plus fragile qu’elle en a l’air, particulièrement au Nouveau-Brunswick. Seuls les conservateurs sont toutefois en mesure de pleinement en profiter.

C’est ce qui explique que le chef Erin O’Toole a effectué une tournée éclair de 48 heures dans les provinces de l’Atlantique, en fin de semaine. Le néo-démocrate Jagmeet Singh et la verte Annamie Paul, qui ont peu ou pas de chance de gagner des sièges dans le secteur, n’ont d’ailleurs pas daigné faire campagne au Nouveau-Brunswick jusqu’à maintenant.

Le chef du Parti populaire, Maxime Bernier, a de son côté fait une première et – espérons-le – une dernière visite au Nouveau-Brunswick au cours des derniers jours. S’il dispose de très peu d’appuis en ce qui a trait au pourcentage de l’électorat, Bernier est toutefois un maître pour attirer l’attention.

À peine arrivé en sol néo-brunswickois, il s’est payé une engueulade avec le ministre provincial de l’Éducation, Dominic Cardy. Il a aussi organisé quelques rassemblements, au moins l’un d’entre eux ayant attiré environ 300 personnes.

Il est pathétique de voir Maxime Bernier utiliser la naïveté, la crédulité et la colère d’une partie de la population à des fins populistes et électoralistes. Il a parlé de la «tyrannie des élites politiciennes», du «contrôle gouvernemental» et a dénoncé toutes les mesures visant à combattre la pandémie. Pendant qu’il haranguait les citoyens devant lui, d’autres distribuaient une feuille de chou comparant la situation au Canada à l’Allemagne nazie.

Radicaliser une partie de l’électorat n’est pas sans risque. Pas plus tard que vendredi, le libéral Justin Trudeau a dû mettre fin précipitamment à une sortie publique quand une foule d’enragés a tenté de s’en prendre à lui et aux représentants des médias.

De toutes les tournées, c’est toutefois celle du chef Erin O’Toole qui a été la plus instructrice.

Au début de la campagne, les conservateurs avaient peu d’espoir de réaliser des gains en Atlantique. Le revirement dans les intentions de vote les a toutefois poussés à modifier leur plan de match, et parfois à seulement quelques heures d’avis!

À Fredericton, dimanche, Erin O’Toole a dû répondre à des questions sur l’accès à l’avortement dans la province. Il a beau se dire pro-choix, il a néanmoins répondu en prenant soin de se lier au premier ministre Blaine Higgs, lequel limite l’accès à la procédure, mais dont le gouvernement reste populaire au Nouveau-Brunswick.

Il a ainsi indiqué avoir parlé à M. Higgs et que celui-ci l’a rassuré sur le fait que l’accès aux interruptions de grossesse est suffisant au Nouveau-Brunswick. Une position simpliste, mais qui pourrait lui permettre de gagner des appuis dans certaines régions, en particulier à Saint-Jean.

Deux jours auparavant, M. O’Toole était à Terre-Neuve-et-Labrador. Là-bas, le principal enjeu consiste à savoir si un gouvernement conservateur honorera une entente de 5 milliards $ signée par l’administration Trudeau à propos du projet hydroélectrique de Muskrat Falls.

M. O’Toole avait tenté jusqu’à maintenant d’éviter la question. Sous pression, son équipe de campagne a finalement diffusé un communiqué de presse dans lequel le chef s’engage à respecter celle-ci.

Quant à Justin Trudeau, il s’est rendu dans Miramichi-Grand Lake il y a une dizaine de jours afin d’appuyer sa candidate, Lisa Harris, dans son duel face au conservateur Jake Stewart.

Il a déclaré ne pas être préoccupé à l’idée que son parti perde le siège. Il aurait été surprenant qu’il dise le contraire. Aucun chef, peu importe sa position dans les sondages, n’admettra jamais avoir baissé les bras dans quelque circonscription que ce soit.

Néanmoins, sa visite au Nouveau-Brunswick a servi de rappel que sa campagne peine à lever. Celle-ci est basée sur son bilan, en particulier pendant la crise de la COVID-19, et sur son programme national de services de garde à bas prix. Des ententes ont été signées avec la majorité des provinces – mais pas le Nouveau-Brunswick – avant même le début de la campagne électorale.

Dans un monde où les électeurs veulent que les politiciens leur disent ce qu’ils feront pour eux et non ce qu’ils ont accompli par le passé, ce n’est pas gagné d’avance pour M. Trudeau.

La bataille électorale se transporte maintenant sur une autre scène, celle des débats des chefs. Une occasion pour les leaders de renverser la tendance. Ou de l’accélérer.

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