Les Canadiens éliront leurs députés le 20 septembre. Un groupe d’électeurs sera sous-représenté. Et c’est la faute d’Élections Canada.

Les jeunes âgés de 18 à 24 ans sont moins nombreux à voter que toutes les autres tranches d’âge de la population canadienne. Le phénomène n’est pas nouveau et est étudié depuis au moins les années 1970.

Les étudiants, en particulier, font face à des obstacles. Le jour du scrutin, des milliers d’entre eux seront dans une autre circonscription que la leur, peut-être même dans une autre province. Si les parents n’ont qu’à se rendre en auto jusqu’au bureau de vote, c’est beaucoup plus compliqué pour leur progéniture.

Prenons l’exemple d’un adolescent de Petit-Rocher, nouvellement diplômé de l’École secondaire Népisiguit de Bathurst, et qui commence ses cours à l’Université de Moncton, campus de Moncton.

Du jour au lendemain, il est devenu résident d’une autre circonscription (Moncton-Riverview-Dieppe, au lieu d’Acadie-Bathurst), connaît peu ou pas du tout les candidats des différents partis, encore moins les enjeux, et n’a pas la moindre idée s’il a le droit de voter, et si oui, où.

Différentes options s’offrent à lui, mais aucune n’est simple. Il aurait pu voter chez lui, avant son déménagement, par anticipation. Il peut commander aussi une trousse de vote par correspondance et ainsi envoyer son bulletin de vote par la poste.

Une autre solution consiste à contacter Élections Canada afin de changer son adresse et de devenir un nouvel électeur de Moncton. S’il est admissible, il pourra alors se rendre au bureau de scrutin. Ne possédant peut-être pas une automobile, il devra d’abord s’informer auprès de Codiac Transpo afin de savoir quel arrêt d’autobus lui permettra de se rendre à destination.

Cet étudiant, qui tente déjà de s’adapter à un tout nouvel environnement, qui entreprend des études universitaires, qui occupe possiblement aussi un travail à temps partiel et qui n’est pas nécessairement un passionné de politique, finira par baisser les bras.

Après des années d’apathie, Élections Canada a enfin compris qu’elle a une responsabilité face à cette situation, d’autant plus que des études démontrent qu’un jeune qui ne vote pas est peu susceptible d’améliorer ses habitudes en vieillissant.

Élections Canada a mis sur pied en 2015 un projet pilote. Le Programme de vote sur campus a ensuite été étendu à une centaine de collèges et universités en 2019.

Le résultat a été spectaculaire. La présence de ces bureaux de scrutin temporaires, où les étudiants pouvaient non seulement voter dans leur circonscription d’origine sans quitter leur campus, mais aussi mettre à jour leurs informations d’électeurs, a poussé un grand nombre à voter pour la première fois de leur vie. Le taux de participation des 18 à 24 ans est passé de 38,8% (2011) à 53,9% (2019).

Nous ne devrions pas être surpris de ce succès. Il est prouvé depuis longtemps que les barrières au vote ont un grand impact sur le taux de participation.

Chez nos voisins du sud, les dirigeants de nombreux États républicains l’ont compris. Depuis la défaite du président Donald Trump, ils rivalisent d’imagination afin de décourager des groupes d’électeurs généralement acquis au Parti démocrate de voter, en particulier les Noirs. En restreignant l’accès au vote par correspondance, en diminuant le nombre de bureaux de scrutin dans certains secteurs et en rejetant automatiquement tout bulletin déposé au mauvais endroit, les républicains veulent empêcher un maximum de personnes de voter contre leur parti.

Les motifs d’Élections Canada ne sont pas aussi déplorables. Il n’y a pas en place un plan machiavélique pour priver les jeunes de leur droit de vote.

Un porte-parole a plutôt expliqué qu’il faut plusieurs mois de préparation pour organiser le programme de vote sur le campus. Avec un gouvernement minoritaire, des élections pouvaient être déclenchées à tout moment. Et c’est sans oublier la pandémie qui complique tout.

Nous croyons que si Élections Canada était aussi déterminée à maintenir son programme qu’elle ne l’est à trouver des excuses pour ne pas le faire, des solutions auraient été trouvées depuis longtemps.

Les gouvernements majoritaires se font de plus en plus rares au Canada. Il n’y en a eu que deux depuis le départ à la retraite de Jean Chrétien, en 2003: ceux du conservateur Stephen Harper (2011-2015) et du libéral Justin Trudeau (2015-2019).

Si Élections Canada ne veut faciliter l’accès au vote pour les jeunes qu’en temps de gouvernement majoritaire, aussi bien dire que l’organisme a baissé les bras.

L’annulation du Programme de vote sur campus est inacceptable. S’il est trop tard pour rectifier la situation cette année, cela ne doit plus se reproduire. Que le gouvernement soit majoritaire ou minoritaire et qu’une pandémie ait lieu ou pas, Élections Canada doit éliminer les barrières qui découragent tant de jeunes adultes de voter.

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