Le premier débat télévisé des chefs de la campagne a rempli ses promesses. Si personne n’est sorti de là en vainqueur incontesté ou sonné à la suite d’un knock-out, l’exercice a permis aux participants de réaliser leurs objectifs et de mettre en lumière les angles morts de leurs adversaires.

Le face-à-face de TVA est souvent le débat le plus intéressant des campagnes électorales. Le format – qui favorise les affrontements à un contre un – ainsi que l’absence des chefs de partis qui ont peu ou pas de chance de faire élire de députés, améliorent la qualité des échanges.

Une leçon à retenir au Nouveau-Brunswick, où le chef du NPD est automatiquement invité à tous les débats télévisés, ou presque, même si le parti n’a pas passé près d’élire quiconque sur la scène provinciale depuis 2003.

Allons droit au but. Personne n’a gagné ou perdu ses élections, jeudi soir. Certains leaders ont toutefois trouvé la soirée plus longue que d’autres.

Justin Trudeau a encore dû justifier le fait qu’il a plongé le Canada en élections, se faisant même accuser d’avoir privilégié son intérêt personnel au détriment de l’intérêt collectif.

Le chef libéral a commencé en lion, passant souvent à l’attaque contre Erin O’Toole. Sa défense énergique et passionnée sur la force de la démocratie canadienne et le fait qu’elle ne peut pas être mise sur pause parce que plus ou moins 20% des citoyens refusent de se faire vacciner valait la peine d’être entendue.

En fin de compte, le fait demeure qu’il n’a toujours pas réussi à expliquer de façon convaincante pourquoi ces élections étaient nécessaires, ce qui a fini par lui faire perdre des points.

M. Trudeau a aussi été mis en difficultés sur différents enjeux, notamment son aide spéciale réservée aux aînés de 75 ans et plus ainsi que sur la question des agressions sexuelles dans l’armée.

Il a par contre bien réussi à mettre le conservateur Erin O’Toole sur la sellette en laissant entendre que celui-ci est en faveur d’un système de santé à deux vitesses qui favoriserait les plus riches.

Dans une tentative de répéter son «Toi, Andrew Scheer» de 2019, il a demandé à M. O’Toole si «les riches méritent plus de choix?» «Plus de privé (en santé), oui ou non?» Erin O’Toole n’a jamais répondu.

Plusieurs des enjeux abordés lors du débat ont d’ailleurs placé le chef conservateur dans une position difficile. Il est le seul qui a refusé de dire si tous ses candidats sont vaccinés. Il a été cuisiné par M. Blanchet sur les 6 milliards $ qu’il ne veut pas verser au gouvernement du Québec pour financer son système de garderie à bas prix. Il a passé la soirée à répéter qu’il a un plan et un contrat, au point de se faire ridiculiser dans les médias sociaux.

Cela dit, M. O’Toole, qui est en bonne position pour remporter le plus grand nombre de sièges le soir du scrutin, devait surtout s’assurer de ne pas nuire à ses chances. En tant que seul chef qui n’était pas des débats de 2019, il devait aussi laisser une bonne impression aux téléspectateurs et s’assurer de ne pas se laisser démoniser.

De ce côté-là, c’est mission accomplie.

Quant à Jagmeet Singh, nous avions parfois l’impression que personne ne souhaitait vraiment débattre avec lui. Il prenait position, livrait ses attaques, puis voyait les autres chefs passer au suivant.

Sans surprise, le débat a été très québécocentriste. Même le segment sur le déclin du français au Canada a longuement été abordé d’un point de vue montréalais.

Une question a porté sur le 3e lien à Québec. Des échanges corsés ont eu lieu sur la contestation judiciaire de la loi québécoise sur la laïcité. L’animateur Pierre Bruneau a aussi demandé aux chefs de se prononcer à savoir si une usine de vaccin de Moderna devrait être construite au Québec ou en Ontario. On vous laisse deviner ce qui, du point de vue de TVA, était la seule réponse acceptable.

Le sujet des Premières Nations n’a pas eu droit à beaucoup de temps d’antenne. Pire, il a surtout mené à des échanges intenses entre Yves-François Blanchet et Jagmeet Singh à savoir si les Québécois (et en particulier un député bloquiste) sont racistes. La question afghane n’a été abordée qu’à la toute fin de l’émission.

Il est peu probable que tout cela entraîne de grands bouleversements dans les intentions de vote.

Néanmoins, le face-à-face a remis à l’avant-plan certains enjeux (vaccination et passeport vaccinal, le privé en santé, armes d’assaut, etc.) qui pourraient prendre plus de place d’ici la fin de la campagne, tout en permettant de mieux faire comprendre aux électeurs les positions des différents partis sur ces enjeux importants.

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