Les chefs des cinq principaux partis politiques ont débattu en français, mercredi soir, et remettront ça en anglais jeudi. Ces deux affrontements ont lieu dans des conditions bien différentes que lors du face-à-face de la semaine dernière.

Il existe quelques règles cardinales en politique. Parmi celles-ci, l’importance pour un parti politique de ne pas voir sa popularité culminer trop tôt, ni laisser un vent favorable changer de direction.

C’est exactement ce qui se produit avec le Parti conservateur du Canada. Pour la deuxième élection consécutive, le premier débat des chefs de la campagne a contribué à faire dérailler la campagne conservatrice.

En 2019, Andrew Scheer a coulé quand ses positions rétrogrades en matière d’avortement ont été mises en lumières. Cette fois-ci, c’est plutôt la place du secteur privé en santé, la vaccination et, surtout, l’enjeu du contrôle des armes à feu qui font mal à Erin O’Toole.

Son incapacité à répondre clairement à des questions simples est en train de nuire au reste de sa campagne.

Il ne se passe désormais plus une journée sans que le chef conservateur doive répondre à des questions pointues portant sur ses déclarations passées, sur ses contradictions et sur son manque volontaire de clarté sur certains enjeux montés en épingle par ses adversaires.

Pendant la première moitié de la campagne électorale, c’est le libéral Justin Trudeau qui a subi ce traitement.

Il a dû répondre constamment à des questions sur l’utilité (ou l’inutilité) de ces élections qu’il a voulues et provoquées. Surtout, l’Afghanistan s’est invitée dans la campagne. Jour après jour, les mauvaises nouvelles se sont succédé.

Résultat, M. Trudeau avait beau étaler ses promesses électorales, celles-ci étaient invariablement éclipsées par le retrait d’Afghanistan, l’impréparation du gouvernement, le sort qui sera réservé aux Afghans qui ont aidé le Canada et dont la vie est menacée par les talibans ainsi que sur la possibilité que la campagne électorale a nuit aux efforts du gouvernement fédéral.

Le retrait terminé, l’Afghanistan est disparue de la campagne aussi rapidement qu’elle était apparue. De nouveaux enjeux ont pris l’avant-scène.

Cette fois-ci, c’est au tour des conservateurs d’en faire les frais.

Il n’y a rien que les électeurs détestent plus qu’un chef qui ne répond pas aux questions.

Lors du débat et dans les jours qui ont suivi, Erin O’Toole s’est plusieurs fois fait demander s’il désirait accorder une plus grande importance au secteur privé en santé. Sa réponse: «J’apprécie notre système de santé public et universel».

Il souhaite voir plus de 90% des Canadiens être vaccinés, mais refuse de révéler le pourcentage de ses candidats qui sont inoculés. Il a fallu attendre plus d’une semaine avant qu’il confirme que le ministre de la Santé d’un éventuel gouvernement O’Toole sera une personne vaccinée.

Ce n’est pas banal. En 2011, Stephen Harper avait nommé un climatosceptique, Peter Kent, en tant que ministre de l’Environnement. Il est donc d’intérêt public de savoir si Erin O’Toole nommera à la Santé une personne qui croit en la science et en la vaccination. Son hésitation à le confirmer en dit long sur les susceptibilités qu’il doit ménager au sein de sa formation politique.

Mais c’est la question des armes à feu qui lui fait le plus mal.

Erin O’Toole a tenté d’induire la population en erreur pendant le débat des chefs de TVA. Il a déclaré qu’il maintiendrait en place l’interdiction des armes d’assaut au Canada. Or, il faisait référence à une loi datant de 1977. Son programme électoral prévoit de renverser le décret de 2020 du gouvernement libéral interdisant la vente, l’achat ou l’utilisation de 1500 armes de style armes d’assaut, à la suite de la fusillade survenue en Nouvelle-Écosse (la pire de l’histoire du Canada).

Attaqué de toutes parts, M. O’Toole a passé la dernière semaine à éviter la question, à se contredire, à patiner et à tenir un double discours.

Bref, il a commis l’erreur qu’il cherche tant à éviter depuis son accession à la tête de son parti. Il s’est laissé démoniser par les libéraux. Le fait que son chef de cabinet soit un ancien lobbyiste de la National Firearm Association laisse planer le doute sur ses véritables intentions.

Est-il trop tard pour les conservateurs? Non. Ils restent au coude à coude avec les libéraux dans les intentions de vote. Mais le temps commence à se faire rare pour renverser la vapeur.

Le débat de mercredi et surtout celui de jeudi (le seul en anglais) sont toutefois importants. Le chef conservateur doit cesser de cacher son jeu. Sinon, les derniers jours avant le scrutin risquent de se transformer en véritable calvaire pour lui.

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