Les deux débats des chefs à avoir eu lieu cette semaine font l’objet de critiques bien méritées. Entre un débat français qui n’a laissé aucune place aux francophones hors Québec et un débat anglophone où les candidats ont peiné à débattre entre eux, les électeurs n’ont pas eu grand-chose à se mettre sous la dent.

Crevons tout de suite l’abcès: le traitement réservé aux francophones de l’extérieur du Québec au cours de ces deux rendez-vous télévisés est une honte.

Lors du premier rendez-vous (en français), les chefs ont passé la soirée à débattre de toutes les questions sous un angle québécois.

Une question était posée à propos du sort des aînés dans les foyers de soins? Les réponses tournaient invariablement à propos des CHSLD. Une autre portait sur les garderies à 10$? Les leaders répliquaient en parlant de la part du Québec (un chèque de 6 milliards $ est en jeu).

Dans un moment particulièrement surréel, Erin O’Toole et Justin Trudeau ont débattu à propos de la meilleure manière d’aider les familles québécoises à faible revenu à payer les coûts de garderie dans l’unique province où ce service est abordable!

À la toute fin de l’émission, le modérateur Patrice Roy a enfin posé une question touchant plus spécifiquement les francophones hors Québec (à propos de l’avenir des universités en milieu minoritaire). Chaque leader n’a eu droit qu’à environ 20 secondes pour répondre.

Ça ne s’est pas amélioré le lendemain en anglais. Le chef bloquiste Yves-François Blanchet a demandé s’il aurait droit à quelques secondes pour parler des communautés francophones et des Acadiens pendant le débat.

Il s’est fait rabrouer par la journaliste Rosie Barton.

En point de presse, M. Blanchet a déploré que «quand on veut parler des francophones hors Québec et des Acadiens, on se fait ratatiner comme une crêpe». Nous ne l’aurions pas mieux dit.

L’affrontement de jeudi soir, en particulier, a fait sa part de mécontents. Un format bizarre a eu pour effet d’empêcher les chefs de débattre les uns contre les autres et de surtout favoriser les prises de bec… avec la modératrice, Shachi Kurl.

Celle-ci a passé la soirée à interrompre les leaders ainsi qu’à empêcher les répliques et les occasions d’échanges entre les principaux intéressés. On ne compte plus le nombre de fois où elle a accordé un droit de réponse de cinq  secondes (!) à un participant.

Nous attendions en particulier avec impatience des confrontations entre Justin Trudeau et Erin O’Toole (les deux principaux aspirants au poste de premier ministre), afin de voir si l’un réussirait à mettre l’autre en échec. Nous avons plutôt vu deux débats où la priorité était d’empêcher à tout prix la cacophonie et d’assurer que le nombre de minutes où chaque candidat prend la parole soit plus ou moins égal.

Qui a gagné ces débats? Personne, et certainement pas les téléspectateurs.

Dans un débat français ennuyant au possible, Justin Trudeau a tiré son épingle du jeu avec une sortie passionnée contre Yves-François Blanchet à propos de sa fierté d’être Québécois. Ça ne lui fera pas gagner de votes au Nouveau-Brunswick, mais cela lui a permis d’éclipser Erin O’Toole, qui a peiné à se démarquer.

La dynamique du débat anglais a été très différente.

Les premiers sujets abordés ont mis M. Trudeau en difficulté. Il s’est retrouvé à quelques reprises à 4 contre 1 sur des enjeux comme l’Afghanistan et le sort des deux Michael prisonniers en Chine.

Le format du débat ne lui permettait pas toujours de se défendre ni de contre-attaquer. C’est seulement quand la question du pétrole et des oléoducs est venue que la pression sur le chef libéral s’est relâchée un tantinet, au détriment d’Erin O’Toole.

Jagmeet Singh et Annamie Paul avaient été invisibles en français. Ils ont été meilleurs en anglais. Malheureusement, avec le vote par anticipation qui a débuté vendredi et le scrutin qui a lieu dans neuf jours, c’est trop peu trop tard, particulièrement pour Mme Paul.

Yves-François Blanchet, du Bloc québécois, est celui qui a passé la plus mauvaise soirée. Il a été médiocre. Dans le préambule de sa première question, la modératrice l’a accusé de défendre les «lois discriminatoires» du Québec. M. Blanchet a été ébranlé par l’attaque et n’a pas su bien se défendre.

Cela pourrait lui permettre paradoxalement de gagner des points. Dans les heures qui ont suivi, plusieurs dénonçaient que le débat avait été transformé en «procès des lois du Québec».

Résultat, le grand perdant du débat pourrait être celui qui en tirera le plus de bénéfices. Voilà qui en dit long sur la qualité de l’exercice auquel se sont astreints les cinq chefs.

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