La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick a provoqué une sorte de mini-incident diplomatique en acceptant de rencontrer le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, puis en changeant d’idée à la dernière minute. Une histoire qui fait mal paraître la SANB et, par extension, le peuple acadien.

Nos brochures touristiques aiment bien vanter «l’accueil légendaire des Acadiens». Quand il est question de politique et plus précisément des souverainistes québécois, ce n’est pas la même chose.

Le BQ et la SANB ayant des versions partiellement contradictoires, il est difficile de savoir exactement ce qui s’est produit.

Nous savons que le Bloc québécois a approché la SANB afin d’organiser une rencontre et que cette requête a été acceptée.

Des membres du conseil d’administration de l’organisme de défense des droits des Acadiens ont toutefois partagé leur malaise face à cette décision auprès du président Alexandre Cédric Doucet ou du directeur général, Ali Chaisson. La rencontre a ensuite été annulée en catastrophe.

La SANB a plus tard diffusé un communiqué de presse dans lequel elle dénonce l’électoralisme du Bloc québécois, affirme qu’elle n’a pas besoin de son appui et soutient que seuls les Acadiens peuvent parler en leur nom.

Une position surprenante s’il en est une. En effet, la SANB a travaillé par le passé en collaboration avec les bloquistes, parfois publiquement et souvent en coulisses.

Nous ne sommes pas naïfs. Entre les intérêts des Québécois et ceux des Acadiens, le Bloc choisira toujours ceux des premiers.

Il est vrai que le Bloc québécois est souverainiste. Il joue néanmoins son rôle de parti d’opposition sur une foule de sujets. Il lui arrive de démontrer sa sympathie et son appui à la cause des francophones hors Québec et des Acadiens, quand nos intérêts convergent.

Lors du débat des chefs en anglais, sur les ondes de la CBC, Yves-François Blanchet est le seul qui a tenté d’aborder des enjeux qui nous concernent. Il s’est fait immédiatement rabrouer par la modératrice.

Lors de la campagne électorale fédérale de 2019, M. Blanchet a fait un arrêt dans la circonscription en majorité franco-ontarienne de Glengarry-Prescott-Russell, sans que cela ne provoque la moindre controverse.

Au cours de cette campagne, il avait exprimé son appui à «nos sœurs et nos frères franco-canadiens et Acadiens». Il est aussi le chef qui avait mentionné le plus souvent les Acadiens pendant les débats télévisés.

Le président (à l’époque) de la Fédération des communautés francophones et acadienne, Jean Johnson, avait déclaré après l’élection qu’avec ses 32 députés, le BQ pouvait devenir un allié de taille pour les francophones minoritaires. La présidente actuelle, Liane Roy, a discuté avec M. Blanchet pas plus tard que mercredi.

Après le succès de sa visite franco-ontarienne de 2019, M. Blanchet a voulu répéter l’exercice à Caraquet cette semaine. Dans ce fief libéral, il s’est heurté à la vieille façon de faire la politique, un monde binaire qui oppose les gentils fédéralistes aux méchants séparatistes.

La rencontre n’aurait sans doute pas fait autant réagir la vieille garde si elle avait eu lieu à Edmundston, disons.

Soyons clairs. La SANB n’était pas obligée de rencontrer le chef du Bloc.

Il est de plus inadmissible qu’Alexandre Doucet ait depuis été victime de critiques et même de «plusieurs menaces de violence physique». Tout comme lui, nous dénonçons l’Acadie-bashing qui a suivi.

En acceptant de recevoir M. Blanchet, puis en changeant d’idée, la SANB s’est toutefois ridiculisée. L’organisme a montré l’image d’une Acadie et d’une société civile trop insécures pour accueillir le chef d’un parti politique souverainiste.

Ça ne fait pas très sérieux.

La SANB a raison de dire que seuls les Acadiens peuvent parler en leur nom. Elle a toutefois tort de couper les liens.

Les Acadiens ont besoin de tous les alliés qu’ils peuvent trouver, y compris au Parlement et au sein du mouvement souverainiste.

C’est sans compter que le président Doucet aurait pu profiter de cette rencontre, si elle avait eu lieu, pour faire part de ses préoccupations au chef du Bloc.

M. Blanchet a passé la dernière semaine à présenter le Programme de contestation judiciaire comme étant une arme politique utilisée par Justin Trudeau contre le Québec. L’occasion aurait été belle de remettre les pendules à l’heure concernant le fonctionnement du programme et son rôle crucial.

Cette controverse ne devrait pas causer de dommages à long terme. Une fois la campagne terminée, il sera toujours temps de reconstruire des ponts.

Le Bloc pense avant tout aux intérêts du Québec. C’est son rôle, c’est sa mission. Mais il a aussi été un allié précieux pour les francophones hors Québec dans certains dossiers et peut l’être encore. C’est une erreur de rejeter cette collaboration.

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