Les conservateurs fédéraux ont toutes les raisons du monde d’être déçus des résultats du scrutin de lundi. Il y a toutefois matière à voir le verre à moitié plein, y compris en Atlantique.

Le Parti conservateur est la seule formation politique qui a réussi à augmenter sa députation en Atlantique. Il a doublé son nombre de circonscriptions (passant de 4 à 8 sièges). Il a réussi des gains dans trois provinces sur quatre. Il a gagné un premier siège à Terre-Neuve en plus d’une décennie et a fait tomber une ministre (Bernadette Jordan, Pêches et Océans) en Nouvelle-Écosse.

Pourtant, c’est un sentiment de déception qui habite les conservateurs, particulièrement au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. Avec raison! Les bleus auraient pu faire beaucoup mieux dans notre région.

Le libéral Justin Trudeau est au pouvoir depuis six ans. Son gouvernement commence à être usé. Nombreux sont ceux et celles qui ont voté avec enthousiasme pour la Trudeaumanie, en 2015, mais qui en ont aujourd’hui assez de l’homme et de sa personnalité.

À l’inverse, Erin O’Toole est plus centriste, plus présentable et parle mieux français que son prédécesseur, Andrew Scheer. Moins identifié au conservatisme social et religieux de M. Scheer et de Stephen Harper, il était taillé sur mesure pour réaliser une percée plus significative dans l’est du pays.

La table était pourtant mise. En Nouvelle-Écosse, le gouvernement libéral a subi une lourde défaite face aux conservateurs cet été, si bien que leurs homologues fédéraux se sont mis à croire à la possibilité d’une vague bleue dans cette province.

Au Nouveau-Brunswick, où ils jouissent de l’appui inconditionnel du premier ministre Blaine Higgs, les conservateurs croyaient pouvoir l’emporter dans Miramichi-Grand Lake, dans Fredericton et dans Saint-Jean-Rothesay. Chaque circonscription de la province qui ne compte pas un pourcentage important de francophones aurait ainsi été représentée par un conservateur.

Ça ne s’est finalement pas matérialisé. Seule Miramichi-Grand Lake a changé de camp.

La défaite dans Fredericton a particulièrement fait mal.

La députée libérale Jenica Atwin est populaire. Elle a réussi à se faire élire une première fois en 2019 sous la bannière verte par la seule force de sa campagne et de sa personnalité.

En tant que transfuge, elle était cette fois-ci plus vulnérable. Le député libéral sortant (Matt DeCourcey) avait terminé 3e dans la circonscription lors des élections fédérales de 2019. Les libéraux provinciaux ont été complètement évincés de la carte en 2020.

La candidate conservatrice Andrea Johnson était de retour pour un match revanche. De plus, le Parti populaire de Maxime Bernier ne présentait aucun candidat dans la circonscription, en raison d’un problème avec la documentation remise à Élections Canada. Cette situation a donc empêché une division du vote de droite.

Malgré tout, les conservateurs ont dû s’avouer vaincus. Encore une fois.

Dans Saint-Jean-Rothesay, le PC pouvait compter sur un candidat vedette. Mel Norton est un ancien maire de la cité portuaire et a terminé deuxième lors de la course à la direction du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick de 2016, remportée par Blaine Higgs.

Dans un hypothétique gouvernement O’Toole, il aurait pu être nommé ministre. Or, M. Norton a subi une lourde défaite face au député libéral sortant, Wayne Long. Ce dernier est un électron libre qui s’est bâti au cours des années l’image d’un député qui défend sa région à tout prix, même contre le chef de son propre parti.

Néanmoins, le Parti conservateur du Canada aurait tort de changer de chef et d’élire un clone de Stephen Harper ou d’Andrew Scheer.

Si Erin O’Toole n’a pas obtenu les résultats escomptés, il a tout de même fait la démonstration qu’il y a en Atlantique de l’appétit pour un chef plus centriste.

L’une des raisons qui expliquent pourquoi il n’a pas réalisé une plus grande percée est le fait qu’il a trop tenté de ménager la chèvre et le chou, entre les candidats et les militants antiavortement et pro-armes de sa formation, et l’électorat plus progressiste d’autre part.

Il n’y aura pas d’élections fédérales avant 2023, peut-être même plus tard encore. Si Erin O’Toole réussit à se maintenir en poste, il devra consacrer ses prochaines années, dans l’opposition, à éliminer le flou sur ses intentions et celles de son parti.

C’est seulement en rassurant la population et en éliminant la méfiance à l’égard de son parti qu’il réussira un jour à remporter un plus grand nombre de circonscriptions, autant en Atlantique que dans d’autres régions plus riches en sièges, au centre du pays, où le conservatisme social ne passe pas.

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