Des milliers de fonctionnaires ont voté ou sont sur le point de voter en faveur de la grève. Et le temps commence à manquer pour empêcher un conflit de travail qui aura d’importantes répercussions sur des pans entiers de notre société, à compter d’octobre.

Les négociations piétinent entre le gouvernement du Nouveau-Brunswick et le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). Entre une administration déterminée à obtenir des concessions et des syndiqués mobilisés, il est difficile d’imaginer de quelle manière il sera possible de dénouer l’impasse.

Un gouffre sépare les deux parties. Le problème dans ces cas-là est que personne ne veut faire de concessions significatives, de peur de «tomber dans le gouffre» en question. Les positions ont alors tendance à se radicaliser, le temps qu’un conflit de travail détermine qui a le meilleur rapport de force.

Les relations entre les deux parties se sont passablement détériorées. Le SCFP a porté plainte plus tôt ce mois-ci à la Commission du travail et de l’emploi, accusant le gouvernement provincial de mauvaise foi.

Moins d’une semaine plus tard, le gouvernement Higgs répliquait en déposant à son tour une plainte alléguant que l’une des sections du syndicat se livre à des pratiques de travail déloyales et à une négociation de mauvaise foi.

Ces batailles de tranchées ne mèneront à rien. Un terrain d’entente sera trouvé à la table des négociations. Pas à la suite d’un rapport de commissaires portant sur la validité du contenu d’une affiche syndicale mise en évidence dans un lieu de travail gouvernemental.

Or, les deux clans défendent des positions qui n’ont aucune chance d’être acceptées.

Le SCFP demande des augmentations salariales de 5% par année. Les employeurs qui accordent des hausses aussi généreuses ne sont pas légion au Nouveau-Brunswick, surtout en pandémie.

De son côté, le gouvernement Higgs propose une augmentation de salaire annuelle de 1,25% pendant quatre ans, puis 2% par an pendant les deux années suivantes. Cette offre est toutefois conditionnelle à ce que les syndiqués acceptent des concessions, notamment à leur régime de retraite.

Le premier ministre Blaine Higgs justifie l’avarice de son gouvernement en rappelant que la situation financière de la province est précaire. Pas de bol pour lui, les chiffres sont en train de démontrer le contraire. Comme l’a expliqué dimanche l’économiste Richard Saillant dans sa chronique hebdomadaire dans l’Acadie Nouvelle, la situation budgétaire du Nouveau-Brunswick s’est grandement améliorée dans les derniers mois, si bien que le surplus pourrait dépasser 100 millions $.

Comment sera dépensé cet argent? Tout est une question de priorités. Blaine Higgs ne s’est pas fait prier pour permettre l’injection de

10 millions $ en fonds publics dans la mise en place d’un nouvel institut de technologie et de transformation numériques à l’Université du N.B.

Les fonctionnaires estiment que leur tour est venu de passer à la caisse. Des sections du SCFP sont sans contrat de travail depuis des années. Il faudra plus qu’une pandémie pour convaincre leurs membres que le moment n’est pas venu de faire la grève et qu’ils doivent plutôt faire des compromis.

Le conflit de travail qui s’annonce n’est pas inéluctable. S’il devait avoir lieu, il aura toutefois des conséquences importantes.

Chaque groupe de fonctionnaires joue un rôle important dans la livraison de services gouvernementaux. Dans le cas d’un arrêt de travail, l’absence de certains d’entre eux se fera sentir très rapidement.

Si les conducteurs d’autobus cessent de travailler, la province invitera les parents à apporter eux-mêmes leurs enfants à l’école. Elle le recommande déjà afin de diminuer les risques de propagation de la COVID-19.

Par contre, si les concierges débrayent, toutes les écoles de la province fermeront leurs portes dans les journées qui suivront.

Un rapide coup d’œil à la liste des syndiqués qui ont voté en faveur de la grève montre l’ampleur des perturbations qui nous attendent. La santé, l’éducation, le système de justice, les prisons, le travail social et bien plus encore seront touchés.

Le gouvernement Higgs n’arrachera pas toutes les concessions qu’il réclame; le SCFP n’obtiendra pas les spectaculaires hausses réclamées pour ses membres. Nul besoin d’une longue grève pour en arriver à cette conclusion.

Les deux parties doivent retourner à la table des négociations et ajuster leurs demandes ainsi que leurs attentes afin de trouver un terrain d’entente raisonnable autant pour les fonctionnaires que pour les contribuables.

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