Les mesures «coupe-circuit» mises en place dans toute la province pendant la longue fin de semaine de l’Action de grâce et qui se poursuivront pendant au moins deux semaines dans certaines régions représentent un changement de cap.

Depuis le début de la pandémie, le premier ministre Blaine Higgs a montré deux visages distincts.

Il n’a d’abord pas craint d’imposer certaines des mesures sanitaires les plus restrictives au Canada. Des régions entières ont été mises en confinement complet. Les frontières ont été partiellement fermées.

Quand est venu le moment d’encourager la population à se faire vacciner, nous avons toutefois vu un Blaine Higgs plus hésitant. Il a longtemps refusé de mettre en place des mesures incitatives. Il a d’abord rejeté la carotte (loterie, campagne publicitaire musclée) et le bâton (vaccination obligatoire, passeport vaccinal). Le laisser-faire albertain est devenu pour lui un exemple à suivre.

En l’espace de deux mois, le Nouveau-Brunswick est passé d’élève modèle à cancre. Vingt-deux personnes sont décédées de la COVID-19 au cours des 15 derniers jours; 16 en 9 jours. Le nombre de nouveaux cas quotidiens, de personnes hospitalisées et de malades aux soins intensifs est tel que le système de santé risque d’être submergé par ce raz-de-marée. L’accélération du nombre de décès depuis la mi-septembre est alarmante.

Le gouvernement Higgs ne pouvait plus rester les bras croisés. Il devait agir.

Il a paré au plus urgent en interdisant les rassemblements familiaux et sociaux partout au Nouveau-Brunswick pendant le week-end de l’Action de grâce.

Il a du même coup démontré qu’il a bonne mémoire. En effet, quand vient le moment de passer du temps entre amis et en famille, les gens ont tendance à baisser leur garde.

Rappelez-vous la période des Fêtes en 2020. La Santé publique avait mis fin à plusieurs restrictions sanitaires. Dans les semaines qui ont suivi, le nombre de nouveaux cas a explosé, forçant le gouvernement à faire passer toute la province en phase orange. Le Nord-Ouest et le Sud-Est étaient passés en phase rouge.

Il y avait le 4 février 256 cas actifs au Nouveau-Brunswick, contre 775 en date de mercredi. Dire que la situation s’est dégradée est un euphémisme. Une action était nécessaire. Après des semaines d’hésitation, le gouvernement Higgs s’est décidé à agir.

Les mesures coupe-circuit mises en place au N.-B. ne sont pas parfaites. Elles sont largement dépendantes de la bonne foi de la population.

La GRC ne postera pas un policier en faction en fin de semaine devant la porte de chaque domicile afin de vérifier si vos contacts sociaux seront bien limités aux membres de votre ménage. Des barrages ne seront pas érigés afin d’empêcher les gens de voyager dans les régions sanitaires les plus durement touchées par la pandémie.

Toutefois, en limitant les rassemblements à des endroits contrôlés où le passeport vaccinal est obligatoire, le gouvernement met les chances de son côté.

La clef reste la vaccination. La grande différence est que les vaccins sont aujourd’hui accessibles pour tout le monde, ce qui n’était pas encore le cas au début de l’année.

Néanmoins, des dizaines de milliers de Néo-Brunswickois continuent de bouder la science. Tant qu’il en sera ainsi, ce sera cause perdue.

Sur ce front, le premier ministre Higgs semble avoir – enfin! – abandonné ses réserves.

Les travailleurs des services publics (fonction publique, sociétés de la Couronne, hôpitaux, écoles, etc.) qui ne seront pas pleinement vaccinés le 19 novembre seront suspendus sans salaire.

La règle sera aussi imposée dans les garderies éducatives. Celles qui ne se conforment pas risqueront de perdre leur permis.

Les mesures annoncées suffiront-elles à empêcher le coronavirus de se propager toujours plus vite ainsi qu’à redonner de l’oxygène au système hospitalier? Rien n’est moins sûr. L’expérience des autres provinces nous démontre que quand la propagation prend de l’ampleur, il est très difficile de reprendre le contrôle.

Le plan Higgs est moins musclé qu’il en a l’air et ne changera pas tant de choses dans nos vies. Aucune région n’est pleinement confinée. Aucune entreprise n’est forcée de restreindre ses activités. Bref, le gouvernement provincial hésite encore à prendre les grands moyens pour résoudre la crise.

Nous n’avons pas fini de compter nos morts.

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