La résurrection du comité multipartite sur la COVID-19 est une excellente nouvelle pour le premier ministre Blaine Higgs. Les chefs de l’opposition commettent toutefois une erreur en acceptant de s’y joindre.

Le comité multipartite a été mis sur pied une première fois au printemps 2020, quand la COVID-19 a fait son apparition au Nouveau-Brunswick. Le gouvernement Higgs était minoritaire et avait tendu la main aux chefs des partis d’opposition afin de faire face à cette crise sans précédent.

La situation était alors exceptionnelle. Nous étions aux prises avec un nouveau coronavirus qui faisait des ravages, en particulier dans les foyers de soins. Aucun vaccin n’existait. Les gouvernements devaient imposer des mesures draconiennes comme on n’en avait pratiquement jamais vu dans l’histoire de la province, avec notamment la mise sur pause de l’économie, l’annulation de l’année scolaire, la fermeture partielle des frontières et l’interdiction de sortir, sauf pour des raisons essentielles.

La dernière chose dont nous avions besoin était de voir les politiciens se chamailler. Il était crucial que tout le monde parle d’une même voix afin d’éviter que la bataille contre la

COVID-19 se transporte dans l’arène partisane, comme c’est le cas aux États-Unis.

Nous n’en sommes plus là.

Après presque deux années de pandémie, il est plus important que jamais que les politiciens rendent des comptes. Leurs décisions et leurs tergiversations ont un impact.

Blaine Higgs a choisi de mettre fin à toutes les restrictions cet été et de dissoudre le comité. Il a tardé à agir quand l’augmentation du nombre de nouveaux cas s’est soudainement mise à s’accélérer à compter de la mi-août. Ses hésitations ont contribué à la dégradation de la situation sanitaire actuelle.

Le Réseau de santé Vitalité vient de mettre ses hôpitaux en «alerte rouge». Des chirurgies non urgentes et des rendez-vous médicaux sont annulés ou repoussés. La plupart des visites sont interdites.

Quelqu’un doit rendre des comptes. Cette personne est Blaine Higgs. Et c’est le mandat des partis de l’opposition de mettre cela en lumière, de remettre en question les actions du premier ministre lorsque cela est nécessaire ainsi que de proposer des solutions de rechange.

L’opposition n’a pas joué ce rôle comme elle aurait dû cet été. Elle a été timide à remettre en cause l’annulation des mesures.

Une vidéo circule beaucoup sur le web ces jours-ci. On y voit le premier ministre Higgs et la médecin-hygiéniste en chef, la Dre Jennifer Russell, en train d’effectuer une sorte de danse des canards en compagnie d’autres dignitaires (y compris le ministre de l’Éducation Dominic Cardy), lors de festivités de la fête du Nouveau-Brunswick, le 2 août. Dans cette vidéo, nous pouvons constater que le chef du Parti vert, David Coon, dansait lui aussi sur scène ce jour-là, sans masque ni distanciation…

M. Coon n’aurait jamais dû se retrouver sur cette scène (ni la Dre Russell d’ailleurs). Son devoir était de prendre la parole à propos du retrait de l’obligation du port du masque dans les lieux publics intérieurs ou de dénoncer avec force l’hésitation du gouvernement à imposer le passeport vaccinal.

Le gouvernement Higgs sort affaibli de la crise qui frappe présentement le système hospitalier. En remettant sur pied le comité multipartite, il reprend toutefois le contrôle de l’initiative et se donne l’image d’un chef rassembleur qui fait preuve de leadership.

L’ennui est que les discussions au sein de comité sont confidentielles. Cela a pour conséquence de museler l’opposition. Celle-ci ne peut plus condamner une décision gouvernementale ou exiger des alternatives, du moins en ce qui a trait à la pandémie.

M. Coon et le chef libéral Roger Melanson gagnent une influence discrète, mais abandonnent leur liberté de parole et d’action.

Avant d’accepter de rejoindre le comité, Roger Melanson a demandé à Blaine Higgs de lever l’exigence de confidentialité. Il a essuyé un refus.

Quant à David Coon, il a accepté l’invitation du premier ministre en échange d’une promesse que plus d’informations liées à la COVID-19 seront partagées à la population. Nous sommes sceptiques devant la volonté réelle du gouvernement d’obtempérer.

Nous saluons la volonté des politiciens des différents partis de travailler ensemble. Cette formule a fait ses preuves par le passé.

Néanmoins, les derniers mois ont démontré que ce gouvernement a aussi besoin qu’on lui pousse dans le dos, y compris publiquement. Un rôle crucial que l’opposition a choisi de ne plus pleinement jouer.

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