Depuis deux semaines, le Nouveau-Brunswick se retrouve dans une situation peu enviable. Nous sommes la province où le salaire minimum est le plus bas au Canada.

Le 1er octobre, la Saskatchewan a fait passer son taux horaire minimum de 11,45$ à 11,81$, soit une augmentation de 36 cents.

Les émoluments versés en Saskatchewan n’ont pas l’habitude d’alimenter les conversations dans les cafés néo-brunswickois. Néanmoins, la situation est cette fois-ci un tantinet différente, en raison du caractère symbolique de l’annonce: elle permet à cette province agricole de sortir de la cave du classement.

Le Nouveau-Brunswick est officiellement devenu la province du cheap labour.

Cette situation ne date pas d’hier et n’est pas uniquement la faute du gouvernement progressiste-conservateur de Blaine Higgs.

À la fin des années 1980 et dans les années 1990, le premier ministre libéral Frank McKenna se faisait une fierté de convaincre les entreprises de créer des emplois au Nouveau-Brunswick en vantant «notre main-d’œuvre de qualité et à bon marché». Il s’agissait d’une façon polie de dire que les travailleurs néo-brunswickois sont sous-payés par rapport à ceux du reste du Canada et que les entreprises qui s’installent ici peuvent ainsi réduire leurs frais d’exploitation tout en améliorant leur marge de profits.

Les réticences de Frank McKenna sont les mêmes que celles de Blaine Higgs aujourd’hui: il faut trouver un équilibre afin de ne pas nuire à l’économie. En termes plus clairs: la santé financière de trop d’entreprises dépend de leur capacité à convaincre les Néo-Brunswickois à travailler en échange d’une faible rémunération. Dans ce cas-ci: 11,75$/h.

Les entrepreneurs néo-brunswickois ne sont évidemment pas plus pauvres que ceux de Terre-Neuve, de la Nouvelle-Écosse ou de la Saskatchewan. Si le taux horaire minimum provincial est si bas, c’est parce que nos politiciens l’ont voulu ainsi.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce débat a lieu. En septembre 2014, le Nouveau-Brunswick s’était aussi retrouvé en queue de peloton, à la suite de quatre années de règne du progressiste-conservateur David Alward.

Le libéral Brian Gallant lui a succédé et a entrepris de corriger la situation. Peu après son arrivée au pouvoir, il l’a bonifié de 0,30$ l’heure. D’autres hausses ont suivi.

Lors de la campagne électorale de 2018, le premier ministre Gallant a promis de faire passer le salaire minimum à 14$ l’heure en 2022. Malheureusement pour les quelque  15 000 Néo-Brunswickois qui seraient touchés par cette mesure, les libéraux ont été battus et leur promesse n’a pu être réalisée.

Les progressistes-conservateurs ont préféré indexer le salaire minimum selon l’indice des prix à la consommation, d’après une formule adoptée par l’administration précédente mais jamais vraiment mise en vigueur. Résultat, celui-ci a augmenté de 0,05$ l’heure en avril. Une décision qui démontre à quel point le sort des travailleurs à faible revenu ne préoccupe pas ce gouvernement.

La Saskatchewan utilise pour sa part une formule qui tient compte du taux d’inflation, mais aussi de la rémunération moyenne dans cette province. Cela permet d’éviter des augmentations faméliques comme celle accordée par le gouvernement Higgs plus tôt cet été.

Pendant longtemps, les politiciens qui se sont succédé à Fredericton ont justifié les faibles salaires versés au Nouveau-Brunswick par le fait que le coût de la vie est moins élevé ici que dans d’autres provinces.

Sauf que cela est de moins en moins vrai. Le coût des loyers est en forte hausse, une situation qui est tolérée et encouragée par l’inaction du gouvernement Higgs. La valeur des évaluations foncières explose. Et aux dernières nouvelles, le coût des aliments, de l’essence, des véhicules et de l’électricité est comparable à celui des autres provinces.

La Nouvelle-Écosse (12,95$/h), l’Île-du-Prince-Édouard (13$/h) et Terre-Neuve-et-Labrador (12,75$/h) imposent toutes une rémunération minimale qui est de loin supérieure.

Cette situation est inadmissible. Aucune raison ne justifie un si grand écart avec des provinces aux populations, à l’économie et aux défis semblables aux nôtres.

Le salaire minimum néo-brunswickois doit être immédiatement bonifié. Un plan de rattrapage doit être adopté afin de rattraper à moyen terme celui en vigueur dans les trois autres provinces de l’Atlantique. Une nouvelle formule doit ensuite être mise en place afin d’éviter d’autres hausses gênantes, comme celle (0,05$/l’heure) accordée au printemps.

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