Nos attentes en matière linguistique à l’égard du gouvernement Higgs ont beau être au ras des pâquerettes, il y a néanmoins des coups qui font symboliquement plus mal que d’autres. La conférence de presse uniquement en anglais de la ministre Dorothy Shephard entre dans cette catégorie.

Ça ne va pas bien dans les hôpitaux du Nouveau-Brunswick ces jours-ci. La situation est telle que la ministre de la Santé, Dorothy Shephard, qui réduit normalement ses sorties publiques au minimum malgré l’ampleur de la pandémie, a jugé bon de participer à une importante conférence de presse, mardi. Elle a expliqué pendant celle-ci l’impact de la COVID-19 sur le système hospitalier et sur les patients.

Cela s’est passé in English only. Pendant toute la durée de son allocution, la ministre Shephard n’a dit qu’un seul mot en français, soit le dernier: «Merci». Ceux qui ne comprennent pas l’anglais ont dû se rabattre sur l’imparfaite traduction simultanée.

Il n’y a rien là de très surprenant. Le premier ministre Blaine Higgs refuse obstinément de nommer un porte-parole politique capable de s’exprimer en français. Il en fait un point d’honneur.

M. Higgs n’est pas plus bilingue que Mme Shephard. Lorsqu’il participe aux conférences de presse du gouvernement et de la Santé publique à propos de la COVID-19, il prend la peine de lire avec difficulté quelques petits bouts de phrase en français, ce qui reste à nos yeux insuffisant. Sa ministre ne s’est même pas donné cette peine.

À ce point-ci, on ne peut plus parler d’oubli ou d’insensibilité de la part du gouvernement à l’égard des francophones.

C’est un choix politique.

Pour des raisons idéologiques, partisanes ou autres, le premier ministre estime qu’il est plus important et surtout plus rentable électoralement de traiter les Acadiens comme des citoyens de seconde classe que de les informer convenablement dans leur langue. Et ce, même (ou particulièrement) en temps de pandémie et peu importe les conséquences sanitaires.

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick a déposé une plainte au Commissariat aux langues officielles à la suite de la conférence de presse de Mme Shephard. Nous saluons cette action. Le fait que ce simulacre de bilinguisme officiel soit devenu la norme à Fredericton ne signifie pas qu’il faille le tolérer sans rien dire.

Au final, cette initiative aura malheureusement l’effet d’un coup d’épée dans l’eau. La commissaire Shirley MacLean s’est déjà penchée sur cet enjeu l’année dernière. Elle avait recommandé que le gouvernement prévoie un porte-parole francophone ou bilingue dans ses conférences de presse et qu’il assure un usage équilibré des deux langues officielles.

Ce n’est pas demandé la Lune. Quand il était ministre des Finances de 2010 à 2014, Blaine Higgs était régulièrement accompagné du ministre Claude Williams lors des mises à jour budgétaires, afin que les explications puissent être données avec clarté dans les deux langues.

Devenu premier ministre, M. Higgs refuse désormais tout arrangement du genre.

Insistons sur ce point. Ce n’est pas par ignorance que le gouvernement choisit de ne pas communiquer en français pendant les conférences de presse sur la COVID-19, et ce, même à propos de questions de vie ou de mort.

Il sait qu’il va à l’encontre de la Loi sur les langues officielles du N.-B. Il sait qu’avec la traduction simultanée, son message passe moins bien dans les communautés francophones. Il comprend les conséquences. Et ça ne le dérange pas le moins du monde.

Qu’est-ce que ça aurait été de permettre à un fonctionnaire de lire en français la présentation de la ministre Shephard, à la fin de la conférence de presse? Les bulletins de nouvelles radio et télé auraient pu reprendre des extraits qui auraient ensuite été diffusés auprès de leurs auditeurs dans leur langue.

L’image et la crédibilité de ce gouvernement reposent-elles vraiment sur l’importance de laisser une ministre parler en anglais, accompagnée de la voix neutre et sans émotion d’un interprète?

Bien sûr que non. De toute façon, pour le premier ministre, là n’est pas la question.

Blaine Higgs rejette tout compromis parce qu’il ne veut surtout pas montrer à sa base anglophone – particulièrement la frange la plus intolérante, celle qui est susceptible de se tourner vers la People’s Alliance – qu’il accorde des «faveurs» à la minorité acadienne. Même en temps de pandémie.

C’est petit. Et pitoyable.

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